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18/09/2013

Huit questions, huit réponses sur «indépendance syndicale et politique»



par Denis Horman

La FGTB de Charleroi Sud Hainaut explique le sens de son appel du 1er mai

Le 1er mai 2012, le secrétaire régional de la FGTB Charleroi Sud Hainaut, Daniel Piron, lançait, au nom du comité exécutif de la régionale FGTB, un appel à un rassemblement politique large, sur le champ politique et électoral, à la gauche du PS et d’Ecolo, dans le but de promouvoir une véritable alternative anticapitaliste. Quelques semaines plus tard, le secrétaire général de la CNE (CSC), Felipe Van Keirsbilck, s’exprimait dans le même sens. Plusieurs responsables syndicaux faisaient de même.
Le 27 avril 2013, cet appel suscitait le rassemblement, à Charleroi, de près de 400 personnes: syndicalistes, militant·e·s des mouvements sociaux, des organisations de la gauche radicale... «La vraie gauche est en marche, plus rien ne l’arrêtera», c’est sur ces mots que Daniel Piron allait conclure cette journée de débats et de lutte, appelant à élargir cette initiative en Wallonie, à Bruxelles et en Flandre. 
Conférence de presse FGTB Charleroi ce 18/09 : de gauche à droite Antonio Zonca (Métal), Carlo Briscolini (Président de la régionale)  et Daniel Piron (Secrétaire Régional)


Pour expliquer le sens et la démarche de son appel du 1er mai, la FGTB de Charleroi vient de sortir, à plusieurs milliers d’exemplaires, un petit fascicule, sous forme de huit questions et réponses,  intitulé «Indépendance syndicale et politique».

La responsabilité du mouvement syndical
«Le syndicat peut-il s’occuper de politique»? C’est la première question à laquelle la FGTB Carolo répond d’emblée: «Non seulement il le peut, mais il le doit». Et de rappeler la Déclaration de Principes de la FGTB mettant l’accent sur la défense d’un projet de société sans classes incompatible avec le capitalisme. Ce qui implique «l’abolition de ce système et son remplacement par un autre, socialiste et démocratique».
Pour la FGTB de Charleroi, «c’est au nom de notre objectif ultime d’une société sans classes que nous luttons contre le pouvoir de la minorité capitaliste et pour le pouvoir aux travailleurs et aux travailleuses. En ce sens-là, oui, nous devons nous occuper de politique».
Pour stopper la régression sociale et imposer des revendications anticapitalistes, «nous avons besoin en premier lieu d’un syndicalisme plus combatif et démocratique», souligne  la brochure de la FGTB Charleroi Sud Hainaut, qui précise en même temps que l’action syndicale ne suffit pas, qu’elle doit être prolongée par une action politique, à tous les niveaux de pouvoir: «Le syndicalisme pur, sans relais politique, n’est pas une solution».
Et là, le constat, déjà avancé dans l’appel du 1er mai 2012, est lucide et tranchant: «Ceux qui se disent nos ''amis politiques'' au parlement et au gouvernement, la social-démocratie et les Verts (…) se sont convertis aux dogmes néolibéraux de la compétitivité et de la privatisation (…). Ces partis ont collaboré et continuent à collaborer à construire l’Europe capitaliste, qui est une machine de guerre contre le monde du travail (…). Du Plan global aux mesures Di Ruppo, en passant par le pacte des générations, ils aident délibérément à faire passer la pilule de l’austérité contre la résistance syndicale». 
Les exemples de la Grèce, de la Grande-Bretagne, du Portugal, de l’Italie et de l’Espagne, avancés dans la brochure syndicale, montrent que les politiques gestionnaires, pratiquées et  appuyées par les partis sociaux-démocrates, ont fait et font le jeu de la droite et de la droite extrême: «Dans ces pays, cette droite en a profité pour former des gouvernements encore plus agressifs contre les travailleurs. Dans ces conditions, la stratégie de l’aiguillon est un piège mortel, nous devons en sortir d’urgence».
La FGTB de Charleroi veut-elle créer un nouveau parti politique?
«Non, nous ne créons pas un parti, ce n’est pas notre rôle. Nous proposons que la FGTB favorise activement l’apparition d’une nouvelle force anticapitaliste sur le champ politique et électoral. Ce n’est pas la même chose».
Comme Daniel Piron l’avait déjà signalé dans l’appel du 1er mai, la brochure souligne que cette force, ce regroupement, qui pourrait à terme devenir un parti, doit avoir pour vocation de s’élargir. Si, sur Charleroi, s’est formé un comité de soutien à l’appel, avec les partis de la gauche radicale, la FGTB de Charleroi invite les membres de gauche du PS et d’Ecolo à rejoindre la dynamique qui se met en place. Elle invite également les intellectuels de gauche, les militants associatifs à se solidariser avec l’appel.

Comment faire concrètement?
Pour la FGTB Charleroi Sud Hainaut, la première chose à faire, c’est de rompre les liens privilégiés avec le PS. C’est ce qu’elle a déjà fait depuis quelque années: «Il ne s’agit pas de dénoncer le PS comme un ennemi ou de le calomnier, mais de comprendre que les liens privilégiés de la FGTB avec le PS, dans le cadre de l ’Action Commune Socialiste, nous empêchent de sortir de la stratégie de l’aiguillon qui nous enfonce dans l’impasse».
En conclusion de la journée du 27 avril à Charleroi, Daniel Piron signalait que le comité de soutien à l’appel du 1er mai était chargé d’élaborer un plan d’urgence anticapitaliste. C’est la deuxième tâche évoquée dans la brochure: «Il s’agit d’élaborer le programme anticapitaliste que nous, en tant que syndicalistes, voulons voir relayé sur le terrain politique (...). Un programme anticapitaliste est la seule alternative possible face à la situation. Nous n’avons pas la prétention, à nous seuls, de l’élaborer dans toutes ses dimensions. Nous en proposerons une  première ébauche, à compléter et enrichir avec d’autres».
Quant au nouveau relais politique, là non plus, il ne s’agit pas seulement d’un relais politique de la FGTB: «Nous voulons que se forme un nouveau relais politique du monde du travail dans son ensemble». Le fait que, du côté chrétien, la CNE s’est associée à la démarche de l’appel du 1er mai est considéré par la FGTB de Charleroi comme un fait d’une très grande importance: «Cela montre que notre stratégie, loin d’être une source de division, peut contribuer au contraire à dépasser certaines divisions historiques du monde du travail».
Cette possibilité de convergence autour d’un projet politique commun n’est pas seulement perçue comme une chance par la FGTB de Charleroi, qui l’a stimulée. Cette démarche montre à la fois la lucidité et la responsabilité assumée par cette régionale syndicale, face à tous ces «experts» et politiciens qui nous prédisent la fin du tunnel pour bientôt: «Nous devons bien voir que cette possibilité de convergence trouve son origine fondamentale dans l’extrême gravité des menaces qui pèsent sur le monde du travail. La classe dominante européenne a lancé une attaque  frontale contre nos acquis sociaux et démocratiques. Elle peut feindre de lâcher un peu du lest à un moment pour éviter une explosion sociale ou une déroute électorale des partis établis. Mais elle n’a pas d’autre voie que de continuer son œuvre de destruction sociale et écologique pour le profit d’une minorité de la population».

Sans le PS, ce sera pire?
C’est parce que ce leitmotiv va inévitablement revenir dans la campagne électorale du PS que la FGTB de Charleroi pose elle-même la question: «Mais tout cela (l’appel du 1er mai, ndlr) n’est-il pas une dangereuse utopie, alors que la droite et le patronat sont à l’offensive et que la Belgique est «au bord du gouffre», ce qui fait courir de graves dangers à la Sécurité Sociale?».
«Au contraire», répond la FGTB régionale, «croire qu’en se pliant à la logique capitaliste, faire le gros dos en attendant que ça passe, cela va nous aider, c’est être particulièrement naïf. Nous sommes le dos au mur, nous n’avons pas d’autre issue que la lutte et l’unification internationale des luttes dans la perspective d’une autre Europe (…) et aider à l’émergence et au développement de cette force politique nouvelle, anticapitaliste, à gauche du PS et d’Ecolo, pour qu’elle devienne la plus large possible. Voilà la stratégie politique que nous proposons à la place de celle de l’aiguillon. C’est le sens de l’appel que nous avons lancé le premier mai 2012».
Quant au «sauvetage de la Belgique», c’est souvent un faux prétexte pour imposer des reculs sociaux: «Après 540 jours de négociations «communautaires», la note du premier ministre Di Rupo, au nom du compromis «pour sauver la Belgique», comprenait toute une série de revendications de la N-VA, alors même que ce parti n’était finalement pas partie prenante de la majorité gouvernementale».
Pour la FGTB Charleroi Sud Hainaut, la solidarité nationale, «celle de la solidarité de classe, celle des travailleurs», est fondamentale et «toute rupture de cette solidarité nationale conduit à moins de moyens pour organiser la solidarité». Et de prendre l’exemple de la Sécurité sociale,  sachant que  dans la prochaine campagne électorale, le PS reviendra sur un autre de ses leitmotiv: «Nous sommes le dernier rempart, au gouvernement, contre la scission de la Sécurité sociale»!
C’est vrai qu’une grande menace pèse sur notre Sécurité sociale. «Sa scission serait une catastrophe pour le monde du travail», reconnaît la régionale FGTB: «il faut l’éviter, mais comment? En acceptant la poursuite du démantèlement des acquis sociaux? En soutenant la monarchie, soi-disant ''trait d’union entre les Flamands et les wallons''. Ce choix entre la peste et le choléra est celui que le gouvernement Di Rupo nous impose. Nous le refusons».
Et là, la régionale FGTB avance une revendication qui devrait être portée par le mouvement syndical sur le terrain politique: «Nous disons aux politiques: la Sécurité sociale appartient aux travailleurs et travailleuses; les cotisations patronales ne sont pas des ''charges'', mais du salaire différé et collectivisé; nous exigeons la gestion ouvrière et démocratique de la Sécurité sociale».

Et notre indépendance syndicale dans tout ça?
«Nous sommes un contre-pouvoir indépendant de tout parti politique et nous le resterons toujours, même dans une société non capitaliste». Et la FGTB carolo de préciser: «Ce qui menace l’indépendance syndicale aujourd’hui, ce n’est pas que nous nous occupions de politique, c’est la manière dont nous nous en occupons (…). Nous organisons des mobilisations contre l’austérité et, systématiquement, la stratégie de l’aiguillon nous amène à sacrifier nos revendications pour ne pas mettre en danger la politique du PS et d’Ecolo, au nom de ce ''moindre mal''. On en arrive à un point tel aujourd’hui que certains responsables syndicaux, au nom de ce ''moindre mal'', ne veulent même plus organiser la lutte contre l’austérité».
La stratégie alternative proposée par la FGTB Charleroi Sud Hainaut permet, à ses yeux, de retrouver «une vraie indépendance syndicale»: élaborer nous-mêmes, en tant que mouvement syndical, notre programme de lutte, en fonction d’une seule préoccupation: les besoins des travailleur·euse·s. En les encourageant à s’impliquer activement et démocratiquement, afin que ce programme et ces luttes soient les leurs. «Alors, au lieu que les partis nous dictent leur politique, c’est nous qui exigerons des partis qu’ils s’engagent à lutter avec nous pour ce programme».
Tout en proposant que le mouvement syndical «favorise activement l’apparition d’une nouvelle force anticapitaliste sur le champ politique et électoral, une force aussi fidèle aux intérêts du monde du travail que les forces existantes sont fidèles aux intérêts des patrons», la régionale FGTB Charleroi Sud Hainaut tient à rappeler, en tant qu’organisation syndicale, son indépendance absolue vis-à-vis de tous les partis politiques.

En soutien à la démarche de la FGTB Charleroi Sud Hainaut
Ayant compris immédiatement l’importance de l’Appel lancé le premier mai 2012 par le secrétaire régional de la FGTB Charleroi Sud Hainaut, notre organisation, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) s’est investie activement dans le comité de soutien à cet appel.
Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de notre pays que des secteurs du mouvement syndical rompent avec le Parti socialiste, mais c’est la première fois qu’un pan entier de la FGTB se prononce pour une alternative politique à la gauche du PS et Ecolo et se met à agir concrètement pour favoriser le rassemblement et la structuration d’une nouvelle force politique anticapitaliste et son développement sur  le champ politique et électoral.
La LCR a compris immédiatement l’importance de cet événement. Elle appelle la gauche anticapitaliste à prendre ses responsabilités sans esprit de boutique pour que la brèche s’élargisse au maximum.

02/05/2013

Nous avons besoin d’un nouveau départ

 
Par Daniel Piron, 
Secrétaire Régional de la FGTB Charleroi Sud-Hainaut



Chers Camarades, Chers Amis,
Au nom de la FGTB CHARLEROI & SUD-HAINAUT, je souhaite à chacun d’entre vous la bienvenue en cet après-midi de réflexion qui a pour thème « Construisons ensemble une alternative de gauche à la crise capitaliste » et déclare nos travaux ouverts.
Avant toute chose et avant de céder la parole à ma collègue, oserais-je dire ma Camarade, Isabelle WANSCHOOR, Secrétaire Principale de la Centrale Nationale des Employés Hainaut de la CSC, co-organisatrice de cette journée, j’ai l’immense plaisir de saluer la présence parmi nous de Charlotte BALAVOINE, qui nous vient de France et plus particulièrement du PCF et qui représente ici, en tant qu’observatrice, le Parti de la Gauche Européenne.
Bienvenue à toi Charlotte, rapporte notre salut fraternel au PCF et au Parti de Gauche Européenne.
Comme si la seule présence de Charlotte ne suffisait pas à nous convaincre de l’intérêt que porte le Parti de la Gauche Européenne à notre initiative de ce jour, j’ai à vous transmettre le message de soutien de Pierre LAURENT, Président du Parti de la Gauche Européenne. Le voici.  (lire ici)
Camarades, d’autres en France également suivent attentivement l’évolution de notre démarche. Olivier BESANCENOT et le Nouveau Parti anticapitaliste s’adressent à vous en ces mots. (lire ici)
Last but not least (le dernier mais non le moindre), le dernier message de soutien nous vient de la patrie de Shakespeare. Il s’agit d’un message de Ken LOACH, réalisateur britannique de cinéma et de télévision à qui l’on doit entre autres « Le vent se lève », « Looking for Eric », « Land of freedom », « It’s a free world », « My name is Joe », « Bread and Roses », « Carla’s song », « The navigators » ou encore « Father land ». Tant de films qui ont fait la renommée de ce cinéaste profondément de gauche et qu’il y a peu encore appelait à la privatisation des funérailles de Margaret Tatcher. Voici ce qu’il a à vous dire. (lire ici)
Chers Camarades, Chers Amis, je ne vais pas vous refaire mon discours du 1er mai 2012. Vous en connaissez la teneur parfaitement. Quant à mon discours du 1er mai 2013, il vous faudra être devant notre Régionale FGTB mercredi prochain à 9h30 pour l’entendre.
Chers Camarades, Chers Amis, le 1er mai prochain, il y aura 1 an que la FGTB Charleroi & Sud-Hainaut lançait un appel à la formation d’une alternative politique à gauche du Parti Socialiste et d’Ecolo. Au début de cette année 2013, une fois passé le cap des élections communales d’octobre 2012, à l’initiative toujours de la FGTB, un comité de soutien à cet appel s’est constitué à Charleroi, autour des membres du Comité Permanent (représentants de toutes les centrales) qui y participent activement.
Le comité regroupe les représentants du PTB+, du PH, du Mouvement de gauche, de la LCT, du Front de Gauche de Charleroi, du PSL, du PC et de la LCR.
Dans une ambiance fraternelle et amicale que je me plais à souligner et à l’occasion de plusieurs réunions de travail depuis janvier 2013, ils ont œuvré ensemble à la construction de cette journée et à la réalisation du texte sur lequel s’appuieront tous nos travaux et que je pense utile de vous communiquer.
(Lire ici le texte « Construisons ensemble une alternative de gauche à la crise capitaliste »)

Chers Camarades, Chers Amis, la FGTB CHARLEROI & SUD-HAINAUT est particulièrement fière d’avoir ouvert cet espace de dialogue et d’action. Puissions-nous, tous ensemble, c’est notre vœu le plus cher, poursuivre cette démarche en l’élargissant progressivement.
Chers Camarades, Chers Amis,
Pas plus que le discours du 1er mai 2012 de la FGTB CHARLEROI & SUD-HAINAUT n’était, comme Paul MAGNETTE l’a déclaré dans la presse, un épiphénomène ou un coup de gueule récurrent et quinquennal, cette journée n’est une fin en soi. Ce n’est qu’un début !
Au sortir de nos travaux en ateliers, il nous faudra, grâce à votre participation et avec vos apports, définir la stratégie la plus adéquate et les actions communes que nous devons mener dans les prochaines semaines et les prochains mois pour faire émerger du monde du travail et de nos organisations syndicales respectives cette alternative de gauche à la crise capitaliste.
Ce ne sera pas sans difficultés, soyons-en conscients, mais je nous sens tous déterminés à y parvenir. Nous agirons sans précipitation pour éviter les écueils sur lesquels se sont heurtées les tentatives similaires par le passé et mettrons le temps qu’il faudra puisque de commun accord, nous n’agissons pas dans la perspective de quelque échéance électorale que ce soit.
Sachez toutefois que, dès à présent, de nombreux regards sont braqués sur nous. Ceux de celles et ceux qui partagent notre point de vue d’abord, qui n’ont pu être présents physiquement aujourd’hui mais qui nous rejoindront bientôt dans la réflexion et l’action. Et ils sont plus nombreux qu’il n’y paraît, croyez-moi !
La presse nous observe aussi. Elle qui était si encline à n’avoir fait de nos déclarations du 1er mai 2012 qu’un timide écho, s’intéresse chaque jour un peu plus à ce qui se passe à gauche de la gauche. C’est un signe qui ne trompe pas ! Notre visibilité et notre détermination grandissent de jour en jour et je puis vous rapporter qu’au Boulevard de l’Empereur à Bruxelles et à l’Avenue de la Marlagne à Namur, d’aucuns décortiquent notre dynamique et préparent une campagne médiatique visant à nous discréditer.
Plutôt que de s’en prendre à nous, qu’ils fassent d’abord leur examen de conscience ! Nous, nous avons choisi notre camp. Celui des travailleurs. Et nous assumerons nos responsabilités jusqu’au bout !
Comme le soulignait Ken LOACH dans son message de soutien « les vieux partis de centre gauche sont maintenant compromis par leur soutien aux programmes d’austérité. Leur idée d’un capitalisme ouvert au compromis que l’on pourrait faire fonctionner selon les intérêts de tous est clairement frauduleuse. Lorsqu’ils sont confrontés à cette réalité, ces partis, sans surprise, s’alignent sur les partis de droite. Nous avons besoin d’un nouveau départ. Nous avons besoin de nouveaux partis de la gauche qui comprennent et défendent les intérêts des gens ordinaires ».
Chers Camarades, Chers Amis, je nous sens toutes et tous déterminés à faire de cette journée une date historique pour la gauche de la gauche.
Je vous souhaite, après avoir entendu nos témoins, un excellent travail dans les ateliers. Rendez-vous à  17h00 pour la synthèse des travaux y hasta la victoria siempre !

Daniel Piron

01/05/2013

1er Mai à Charleroi - vidéo

Le discours de Daniel Piron, Secrétaire Régional de la FGTB Charleroi Sud-Hainaut est en ligne ci-contre.

08/03/2013

« Le besoin de gauche est plus fort que jamais »



Une Interview de Felipe Van Keirsbilck, Secrétaire général de la Centrale Nationale des Employés (CNE-CSC) 


La Gauche : Cela fait près d'un an que la FGTB Charleroi a appelé à la création d'une alternative anticapitaliste à gauche du PS et d’Ecolo. Tu t'es prononcé sur cette question dans une interview de La Gauche en novembre 2012. La CNE a ensuite envoyé une représentante à la dernière réunion à Charleroi autour de cet appel. Est-ce qu’aujourd’hui la nécessité de cette alternative politique est toujours d’actualité ? Que signifie la présence de la CNE dans ce processus ?
Felipe Van Keirsbilck : La présence d’une représentante de la CNE à la dernière réunion était le reflet de notre intérêt pour la démarche de ce groupe unitaire en formation. L'actualité sociale et politique, avec les ravages des licenciements massifs et fermetures à Arcelor, Ford-Genk, et tout récemment Caterpillar, démontrent l’urgence du « besoin de gauche ». L'appel de Daniel Piron et ses camarades carolos est pertinent. Cette actualité prouve une fois encore que la politique libérale d’austérité menée en Belgique comme ailleurs en Europe détruit l’emploi. Nous avons conscience de la radicalité et de l’urgence de la situation européenne. Aujourd'hui plus que jamais, il faut arrêter les petits jeux de compromis, le consensus mou des partis du libéralisme social...Continuer les faux-semblants dans les débats politiques devient suicidaire pour les travailleurs, cela donne la dégressivité du chômage, les exclusions, le démantèlement des services publics, des prépensions et des conventions collectives, etc. Cette situation exige de nous le courage de s’exprimer clairement pour faire exister de  réelles alternatives de gauche.  Comme je le disais en novembre dernier, le besoin d’un grand parti de gauche se fait de plus en plus urgent chez nous. Nous avons besoin de réponses convaincantes et, en Belgique, le problème de la représentativité politique des intérêts des travailleurs n’est toujours pas résolu. Notre intervention ne signifie pas nécessairement d’abandonner nos attentes à l’égard du PS et d’Ecolo, voire du CDh, et c'est une des nuances que je souhaite apporter par rapport à l'appel de mai 2012. Aujourd’hui 80%, voire 90% de la population, ont des intérêts similaires concernant les politiques à mener, nous parlons des ouvriers, des employés, des cadres, des pensionnés, des petits indépendants, des chômeurs, des femmes, des jeunes, des migrants, etc… Toutes ces personnes ne trouvent pas aujourd’hui de grande force représentative de leurs intérêts. Il leur faut une force politique d'une taille significative, pas une force qui fait 3 ou 4% aux élections, même si ce résultat pourrait être vu comme positif au regard des résultats de la gauche radicale depuis 30 ans. Pour les syndicats c’est une urgence de faire réapparaître des forces politiques qui rompent dans les faits, dans les actes, avec le pouvoir de la finance, avec  les idées libérales dont la social-démocratie européenne (y compris une bonne part du PS) est complètement imprégnée. Nous avons besoin de partis qui défendent les intérêts de la majorité sociale. Ce besoin est toujours aussi clair qu’il y a 6 mois, il n’y a toujours rien de résolu à ce stade-ci, même si je salue l’initiative prise à Charleroi.
Quels ont été les échos à la CNE et plus largement à la CSC de l’appel de la FGTB Charleroi Sud Hainaut, et de ton interview en novembre ?
L’écho de l’appel fut limité dans l’opinion publique en général, mais j’ai reçu énormément de messages positifs de militants dans la CNE et ailleurs dans la CSC, les échos étaient vraiment positifs, parce que les demandes sont très fortes à l’idée de résoudre le problème de représentativité politique. Les syndicats doivent faire un travail pour qu’un ou plusieurs partis larges et réellement de gauche prennent place en Belgique. Ça pose la question de la stratégie à suivre, or les partis de la gauche radicale  ont différentes stratégies liées entre autres à leur implantation. Par exemple, le PTB n’a pas encore de députés et a un certain nombre d'élus locaux, là où le Mouvement de Gauche voudrait probablement conserver son député régional.
Lors de la dernière réunion à Charleroi, un communiqué unitaire fut rédigé, annonçant la création d’un comité de soutien à l’appel du Premier Mai 2012 et l’organisation d’une rencontre de lutte juste avant le Premier mai 2013, à l’issue de laquelle une déclaration sera adoptée. Quel est ton avis sur la création de ce comité ? Que penses-tu du fait que toutes les formations de la gauche radicale y soient présentes ? Quels sont les échos de cette nouvelle étape à la CNE et à la CSC ?
D'abord, un point très positif que je tiens à souligner, c'est le front commun qui se dessine sur cette question entre des composantes de la CSC et la FGTB, au départ  au niveau local, sur Charleroi - il faut bien commencer quelque part. Toutes les victoires sociales en Belgique ont été des victoires obtenues en front commun. Et il est également très positif que les différentes organisations de la gauche de gauche continuent à dialoguer. Troisième élément positif, l’idée d’adopter une déclaration en front commun pour le Premier mai constitue une réappropriation de la symbolique de lutte du Premier mai, par rapport à l’évolution de cette journée, aujourd'hui dépolitisée et presque folklorique, que le PS et même le MR tentent de récupérer. On pourrait rêver, comme dans tous les autres pays, d’en faire une fête unitaire et de lutte des travailleurs. L’histoire a fait que la CSC n’a  jamais mis à l’honneur cette journée, mais les temps changent et je me réjouis à l’idée de ce meeting unitaire. Cependant, j’ai aussi deux inquiétudes quant à la formation de ce comité de soutien, la première étant de clarifier que notre un soutien est non partisan et ne contribue au comité que pour signifier notre « besoin de gauche », pas un soutien à tel ou tel parti présent ou à venir. La CNE et la CSC ont une indépendance syndicale qu’elles n’abandonneront ni aujourd’hui ni demain, et ne peuvent s'identifier ou se réduire ni à un parti politique ni à un front d'organisations politiques tel que celui qui est en gestation. L’émergence souhaitable d’un front unitaire de gauche à la recherche d’unité et de cohérence ne signifie pas un chèque en blanc de la CNE. En cas de concrétisation vers un nouvelle force politique anti-austérité, la relation de la CNE avec celle-ci serait la même (exigeante et indépendante) qu’avec les autres organisations politiques. Nous attendons des partis de gauche, de tous les partis de gauche, qu’ils joignent les actes à la parole, qu’ils amènent la preuve que la gauche ce n’est pas juste une étiquette, mais bien le contenu du flacon. C’est pourquoi, pour nous, ce comité ne doit pas se constituer dans une démarche excluant a priori le PS et Ecolo.  Il ne serait pas opportun de déclarer que l’avenir des travailleurs se fera totalement en-dehors des membres des partis qui ont des restes d'une tradition et d'une histoire sociale et ouvrière. Il reste des militants au PS, chez Ecolo et même au CDH qui défendent une voix de gauche, et ces gens doivent être encouragés au lieu d’être rejetés loin du processus. Le comité devra choisir entre apporter son soutien à quelques partis ou bien constituer une unification de la gauche courageuse et claire.
Dans l'interview récente de Daniel Piron sur le site web de La Gauche, suite à la décision de créer ce comité, il a déclaré qu’il y a une différence entre l’indépendance syndicale et l’apolitisme, les syndicats ayant une responsabilité politique, d’où la nécessité d'aider un relais politique dont il faut pourtant rester indépendant. Partages-tu son point de vue ?
D’accord à 100% sur l’impossibilité de faire du syndicalisme « apolitique ». Ça n’aurait aucun sens ! Dès lors, contribuer à la construction d’un comité tout en gardant notre indépendance syndicale constitue le point le plus délicat pour les syndicalistes politisés mais non partisans. Cela constitue une réflexion importante pour les militants de la CNE. La coalition d’organisations va devoir travailler sur un contenu programmatique, une plateforme de défense des intérêts des travailleurs, se pencher sur la question de la dette, de la fiscalité, de l'Europe, des mesures d’austérité,… Sur ce point je suis complètement en accord avec Daniel, et nous jugerons les différents partis par rapport à leur contenu, qui devra être réellement de gauche. Ce qui compte c’est la rupture avec le libéralisme. Et pour cela ce serait bien de pouvoir compter sur des organisations politiques qui ont des députés. Un parti dont on soutiendrait la création aura pour point de départ la défense des intérêts des travailleurs au sens large. La CNE devra se prononcer et définir son implication en avançant comme organisation – et non pas au nom de quelques individus. Le point fondamental, en résumé, c'est d'aboutir à une base programmatique aussi radicale dans son contenu que l'est la situation actuelle, défendant la sécurité sociale, le plein emploi, le partage du temps de travail, et s’opposant à l’austérité sur une série de points concrets. C'est cette base programmatique à laquelle devrait s'atteler à l'avenir le comité de soutien unitaire, qui servira d'outil pour interpeller les formations politiques, et pourra aider à l'émergence d'une nouvelle force politique significative à gauche, et aider les partis qui se prétendent de gauche à gagner de la cohérence.
Justement, quelles sont les prochaines étapes pour la CNE ? Comment vois-tu son implication dans le comité ?
Avant tout nous allons prochainement avoir des discussions internes, un débat dans nos instances qui va se concentrer d’avantage sur la stratégie et les méthodes que sur l’objectif en soi, avec lequel nous sommes largement d'accord. Ensuite nous devrons nous concentrer sur la construction, en Belgique francophone, d’une coalition large des organisations qui partagent les mêmes intérêts, dans  la CSC et la FGTB. Et enfin, il va falloir se concentrer sur le contenu, sur la situation dramatique de l’Europe aujourd’hui, et établir un programme concret pour combattre la politique d’austérité.
Face à l'austérité et aux licenciements, des luttes plus ou moins importantes émergent un peu partout en Europe. Quels liens ou quelle relation dialectique vois-tu entre les luttes sociales et l'émergence d’une alternative politique ?
Le lien entre les luttes sociales et la question de l'alternative politique est bien évidemment très fort et direct, et d’autant plus marqué par la grande actualité politique. Les travailleurs de Caterpillar savent de quoi je parle... Les travailleurs, rouges et verts, cherchent des solutions et manifesteront d'ailleurs le 14 mars contre l’austérité imposée en Belgique et en Europe. Beaucoup de travailleurs sentent bien que ce qui leur arrive est lié aux politiques d’austérité. L'impact de l'austérité et de la crise en Europe pose à chaque fermeture ou licenciement massif, à chaque dégradation des conditions de travail, la question d'une alternative politique anti-austérité. Et il faut arrêter de s’emmêler les pinceaux dans les discussions stupides pour savoir s’il faut faire de la politique au plan national ou au plan européen. La force perverse du système politique européen est que le pouvoir y devient introuvable. C’est un jeu de miroirs : vous voulez confronter votre gouvernement national, on vous dit « le pouvoir c’est l’Europe » ; vous vous attaquez alors à l’Europe et on vous dit « ah mais ce sont les Etas qui décident ». Il faut briser les miroirs, comprendre le système comme un tout. Les luttes sociales et politiques sont en définitive inextricablement liées, et le renforcement des résistances sociales ne pourra qu'être utile à l'émergence de nouvelles grandes forces politiques de gauche, un bloc de gauche  contre l'austérité.
Interview réalisée par Charlotte et Mauro
publié sur www.lcr-lagauche.be/

24/02/2013

Daniel Piron et la FGTB Charleroi persistent et signent : "Il faut un levier politique pour concrétiser les revendications du monde du travail"

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Daniel Piron et la FGTB Charleroi persistent et signent : "Il faut un levier politique pour concrétiser les revendications du monde du travail"

La Gauche : Il y a près d'un an, la FGTB Charleroi Sud-Hainaut lançait un appel à un rassemblement à gauche du PS et d'Ecolo, pour présenter une alternative politique anticapitaliste. Le contexte actuel vous incite-t-il à maintenir le cap?

Daniel Piron : Plus que jamais ! Le contexte ne s'est pas amélioré en un an. Il s'est plutôt détérioré. Il n'y a aucune différence avec la situation qui nous a motivés à lancer cet appel. Même si nous savons qu'il faut prendre le temps de construire une telle alternative politique, nous savons aussi qu'il y a urgence face à la situation politique, sociale et économique. Il y a donc toujours la nécessité de créer une grande force politique, on n'est pas encore au stade du parti, à gauche du PS et d'Ecolo.
Comment juges-tu l'écho de cet appel, quelles réactions avez-vous reçues, notamment de la part d'autres syndicalistes?
Pour l'instant, à l'intérieur de la FGTB, les échos n'ont pas été très nombreux. Il n'y a pas eu beaucoup de réactions. Ce qui est réjouissant, de notre point de vue, c'est la position de Felipe Van Keirsbilck et de ses camarades à la CNE. La CNE, c'est une centrale importante de la CSC, ce n'est pas rien de les voir s'impliquer à leur tour dans le processus. Du côté des militants de la FGTB, à Charleroi nous avons eu de nombreux militants sensibles à cet appel, qui nous ont interpellés et qui voulaient connaître l'avancement du projet. Des militants d'autres régionales de la FGTB ont également réagi positivement, que ce soit à Liège, à La Louvière ou à Verviers par exemple. C'est plus au niveau des structures de la FGTB, des centrales et des régionales, qu'il n'y a pas encore eu, à ce stade-ci, de réelles réponses à cette initiative.
Le communiqué que vous avez diffusé évoque la création d'un comité de soutien avec toutes les organisations de gauche et une première étape: une rencontre de lutte et de débat, avant le premier mai prochain, au cours de laquelle sera adoptée une déclaration commune. Cela vous satisfait?
Pour nous, il s'agit en fait de prendre les choses comme elles viennent. Dès le début, nous avons prévenu que nous ne voulions pas précipiter le processus, aller trop rapidement. Les différentes formations politiques qui ont répondu favorablement à l'appel (NDLR : il s'agit pour le moment du PTB, de la LCT, du MG, du PH, du Front de Gauche de Charleroi, du PSL, du PC et de la LCR) n'ont pas pour habitude de travailler ensemble. C'est pourquoi nous avons été ravis et très satisfaits, avec nos camarades de la FGTB Charleroi Sud-Hainaut, de voir que l'ensemble de ces forces étaient enfin prêtes à travailler ensemble, ce qui est déjà significatif ! A l'extérieur des participants à la réunion, un certain nombre de personnes ont été agréablement surprises de voir que l'ensemble de la gauche radicale est volontaire pour prendre part à ce comité. On aurait tout à fait pu imaginer que ces organisations se déchirent. C'est déjà un pas en avant, mais l'avenir nous dira comment cela va évoluer. Nous ne voulons pas faire de plans sur la comète, je le répète, mais avancer pas à pas. Nous ne boudons pas notre plaisir avec ce résultat qu'est l'organisation unitaire de la journée de lutte programmée pour la fin avril.
En posant la question du débouché politique et en affirmant que vous voulez contribuer à la résoudre, vous adoptez une démarche  inhabituelle dans le mouvement syndical. Abandonnez-vous l'indépendance syndicale? Comment voyez-vous le rôle respectif du syndicat et des partis?
Pour nous, il ne s'agit en aucun cas d'abandonner notre indépendance syndicale. Le syndicat est un contre-pouvoir, tandis que le parti politique vise la conquête du pouvoir. Cela étant, il y a une grande différence entre l'indépendance syndicale et l'apolitisme. Nous avons la responsabilité de nous prononcer sur ce qui se passe au niveau politique. Nous savons aussi qu'il faut un levier politique pour parvenir à concrétiser les revendications du monde du travail. Un parti anticapitaliste qui atteint une taille critique fait partie des outils pour renverser la vapeur par rapport aux choix dominants actuellement. L'optique que nous défendons est donc celle d'aider à la création d'un relais politique, mais avec lequel nous ne serons pas « cul et chemise » ! En effet, si demain ce grand parti à gauche voit le jour, il ne sera pas nécessairement à l'abri de dérives. Je suis d'ailleurs persuadé que nos camarades de l'époque des débuts du POB à la fin du XIXème siècle se retourneraient dans leur tombe en voyant le PS d'aujourd'hui. Pourtant, ce parti, ils l'ont soutenu et il a contribué à des victoires du monde du travail à l'époque. Donc, nous ne voulons vendre notre âme à qui que ce soit. Nous devons créer des relais vers les partis en phase avec nos revendications. Mais si d'aventure cette future force politique devait faillir, nous serions alors aussi critiques que nous le sommes avec le PS aujourd'hui.
Quel message souhaitez-vous faire passer suite à cette dernière réunion ?
Nous souhaitons tous que ce comité de soutien s'étende et s'élargisse encore et que de nombreux autres le rejoignent. Ceux qui ont la gauche dans leur cœur et sont convaincus que le système capitaliste va droit dans le mur ont toute leur place dans cette démarche et nous serions vraiment heureux de les y accueillir. « Dans le pluralisme et la démocratie la plus large», comme le dit notre communiqué du 22 février !
Propos recueillis par Mauro Gasparini

© photo : LCR-SAP

Daniel Piron sera présent à l'école anticapitaliste de printemps où il participera au débat sur l'alternative politique, le samedi 16 mars après-midi. Voir programme ici

17/11/2012

"La Libre" en parle...



"Un nouveau parti de gauche doit émerger"
"Ce sera peut-être un coup dans l'eau, mais cela va alimenter une demande sociale qui pourra peut-être, un jour, trouver une expression politique". "Il faut qu’émerge rapidement une force politique de gauche, suffisamment radicale pour affronter les dogmes néolibéraux et qui ait l’ambition de peser sur le cours des choses et de quitter la sphère protestataire." Celui qui s’exprime ainsi n’est pas un quidam, c’est Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général de la Centrale nationale des employés (CNE), une centrale qui compte au sein de la CSC, dans une interview publiée sur le site LCR-La Gauche (Ligue communiste révolutionnaire).

http://www.lcr-lagauche.be/cm/images/Rafik-2012/filip.jpgretrouvez l'interview complète de Felipe Van Keirbilck  sur notre site :
«Vivement un grand parti de gauche! » Une Interview de Felipe Van Keirsbilck, Secrétaire général de la Centrale Nationale des Employés (CNE-CSC) 
et l'article dans "La Libre" ici

 

17/10/2012

Débat à Verviers le 25 octobre


22/06/2012

L’Appel de la FGTB de Charleroi a résonné à Liège !

Par Denis Horman
Le 15 juin 2012, à l’initiative de la Formation Léon Lesoil, l’asbl culturelle de la LCR,  c’est dans une salle bien remplie de la FGTB de Liège que Daniel Piron, secrétaire régional de la FGTB de Charleroi-Sud Hainaut, est venu expliquer, devant une centaine de participant/e/s, le sens et les objectifs de l’Appel qu’il a lancé, le premier mai dernier à Charleroi, au nom de l’ensemble des centrales de la régionale FGTB. A la même tribune, Nico Cué, secrétaire général des Métallos FGTB Wallonie-Bruxelles, allait appuyer et conforter cet Appel.
Dans la salle, les secrétaires des régionales de la FGTB  de Verviers et Namur, des délégué/es syndicaux, des militant/e/s des organisations de la gauche radicale -LCR, PTB, PC, PSL-,  du Mouvement de Gauche également, des mouvements sociaux ou encore des personnes qui aspirent à la mise en œuvre d’une véritable alternative anticapitaliste, au rassemblement des forces de gauches pour la mettre en œuvre.
Appel à un rassemblement politique à  gauche du parti socialiste et d’Ecolo
« Il faut le dire clairement, signale d’emblée Daniel Piron, le Parti socialiste ne représente plus pour nous aujourd’hui le relai naturel de la FGTB ». Et d’évoquer, ces 20 dernières années, avec le retour des socialistes au gouvernement, la réforme de l’enseignement durement payée par les enseignants, le plan global, le pacte des générations, le contrôle de la disponibilité des chômeurs, et, pour couronner le tout, les décisions budgétaires 2012 du gouvernement Di Rupo 1er, « ce plan d’austérité et de régression sociale le plus dur qu’on ait connu, avec ce bain de sang social surtout pour les chômeurs ». « Après la grève générale de fin janvier 2012, continue le secrétaire régional de la FGTB de Charleroi, nous avons tenu une assemblée des militants syndicaux. Nombre de ceux-ci, en proximité avec le PS, ont dit « le PS nous a trahis ».
Daniel Piron a précisé le sens de l’appel du 1er mai : appel à un rassemblement politique à gauche du PS et d’Ecolo. « Ce que nous voulons, ce n’est pas  pousser à la création d’un parti de plus à gauche, mais  de fédérer à la gauche du PS et Ecolo. Il y a là des forces vives, actives, militantes et anticapitalistes porteuses d’espoir pour le monde du travail ». Appel sans exclusives : « la FGTB de Charleroi a rencontré d’abord la section du Hainaut de la LCR, suite à la lettre ouverte, adressée aux syndicalistes par la Ligue Communiste révolutionnaire. Nous sommes en contact également avec le PTB, le PC, PSL ; et puis, on peut aussi rallier des militant/e/s  de la gauche chrétienne, également du PS, d’Ecolo, déçus, sans pour autant faire un rassemblement des déçus ».  Appel à un rassemblement sur la base d’un programme anticapitaliste : « C’est en toute indépendance syndicale –car le syndicat n’a pas vocation d’être un parti-, mais sur la base d’un programme syndical anticapitaliste, déjà présent, pour une bonne part, dans les congrès de la FGTB wallonne, que nous allons continuer à interpeller les organisations et les militants de la gauche de gauche ». Un appel à concrétiser, mais pas de manière précipitée : «  il faut prendre le temps de dialoguer avec l’ensemble des forces de gauche, ce que nous ferons après les élections communales. Mais, l’urgence est là également. Attention à l’extrême-droite ! ».

Nico Cué enchaîne sur le constat fait par Daniel Piron : « le PS est au pouvoir depuis 25 ans. Après le plan global, la norme salariale en 1996, le Pacte des générations, soi-disant pour garantir l’avenir des plus jeunes, nous voici maintenant avec un plan d’austérité, de régression sociale du gouvernement Di Rupo, un programme du MR au carré ! ». Et de souligner, lui aussi, les violentes attaques contre les chômeurs : « Plus de 100 000 personnes vont voir, dans les deux prochaines années, leurs indemnités de chômage diminuer de manière drastique ; 30 000 jeunes vont perdre leurs indemnités de chômage. Est-ce que la situation économique justifie de telles mesures ? Non ! ». « A la FGTB Métallos Wallonie-Bruxelles, continue son secrétaire général, on considère que nous sommes dans un changement de régime. C’est le président de la Banque centrale européenne lui-même, Mario Draghi, qui le dit en proclamant que le modèle social européen est mort.  Un « modèle » établi après la 2ème guerre mondiale entre patronat, syndicats et gouvernements, impliquant une répartition plus ou moins équilibré des fruits de la croissance, de la production des richesses. C’en est fini : le grand capital et la dictature des marchés en ont décidé autrement ».  Nico Cué  souligne également un autre aspect de ce  changement de régime : « Est-on encore en démocratie ? L’Europe, la commission européenne, le Conseil européen sont en train d’imposer, avec la fameuse « règle d’or », des mesures d’austérité à l’ensemble des pays, sans que les parlements nationaux, démocratiquement élus, aient leur mot à dire ».
« On a un énorme besoin d’une alternative politique à gauche, une vraie alternative anticapitaliste », souligne notre syndicaliste. Et de lancer un appel : « Il est temps qu’on prenne bien conscience qu’il faut se rassembler à la gauche du PS. Il est grand temps que les organisations de la gauche de gauche arrêtent de se diviser, de penser dans sa chapelle, d’avoir raison contre les autres ».

Un débat constructif !
Le PS en a pris pour son grade ! « La politique social-démocrate a viré au social-libéralisme », constate un ancien secrétaire régional de la FGTB ; le relai politique du PS, « sans nous ce serait pire, ce serait le bain de sang social », a servi à faire passer des mesures de plus en plus antisociales ». Un délégué syndical parle du « pire plan d’austérité de l’après-guerre » et y va d’une réflexion quelque peu truculente : « Les cadres du MR n’ont plus besoin de viagra, parce qu’ils bandent tous les jours ». Un autre délégué pose la question aux deux orateurs: « l’appel au rassemblement politique de gauche a-t-il pour fonction d’être un aiguillon du PS ? Celui-ci peut-il encore  se replacer dans la défense inconditionnelle des travailleurs ? ».
« Nous sommes bien dans un basculement du monde », constate un autre intervenant. Au-delà des mesures d’austérité, c’est la destruction de tous les acquis du mouvement ouvrier depuis la 2ème guerre mondiale dont il s’agit ». Et d’ajouter : « comme le souligne la lettre ouverte de la LCR aux syndicalistes, ce gouvernement, comme les autres en Europe, veut casser la résistance du mouvement syndical, pousser les syndicats dans le coin pour lancer demain des attaques encore plus grandes. Il y a, dans plusieurs pays, de grande mobilisations sociales, des grèves générales, mais elles butent contre le mur du pouvoir en place. Le verrou est politique ».
Une grande partie du débat porte précisément sur le sens, la concrétisation de l’Appel à un rassemblement politique des forces à la gauche du PS et Ecolo, son caractère anticapitaliste, sa résonnance actuelle dans le mouvement syndical, les initiatives en cours et à poursuivre.
Attention à la précipitation, mais aussi à la lenteur, car il y a des opportunités à savoir saisir ! Attention à l’électoralisme, d’où l’importance d’articuler le débouché politique avec les luttes sociales.
Une autre réflexion largement partagées par plusieurs interventions : « Ce qui est fondamentalement différent de ce qu’on a connu jusqu’à présent, c’est que cet appel vient du mouvement syndical lui-même  et qu’il place les organisations de la gauche anticapitaliste devant leurs responsabilités. Cette responsabilité pourrait par exemple se concrétiser, à l’initiative  des porteurs de l’Appel syndical, en des actions, des mobilisations unitaires sur les principales attaques actuelles du gouvernement et du patronat, la suppression et la dégressivité des allocations de chômage, les prochaines mesures budgétaires, par exemple ».

Quelques éléments de clarification      
Daniel Piron et Nico Cué, sur la même longueur d’onde, allaient, en conclusion, apporter quelques éléments de réponse aux questions et aux nombreuses interventions.
« Un sursaut à l’intérieur du PS, on aimerait bien, mais nous n’y croyons pas. Le rassemblement auquel nous voulons travailler, en toute indépendance syndicale,
c’est bien pour nous la construction d’une force politique de gauche anticapitaliste, crédible, unitaire pour concrétiser une véritable alternative, pas seulement sur la plan électoral, mais pour agir et peser sur le terrain,  dans la lutte de classe, une lutte qui va être de plus en plus dure ».
« Il faut se dépêcher lentement », souligne Nico Cué. « Il faut s’accorder sur le rythme, car nous sommes dans un tournant historique. Si on ne saisit pas ce moment, je ne donne pas cher pour que, dans les 5 années qui viennent, on ne se retrouve en prison pour des faits de grèves, pour des actions syndicales un peu musclées. Voyez Mme Milquet, notre ministre de l’Intérieur, qui, après les incidents de Molenbeek, fait le forcing pour interdire les organisations radicales ». Et d’insister à nouveau sur la responsabilité des organisations de la gauche radicale.
« Ca commence à bouger au sein de la FGTB », soulignent nos deux syndicalistes. Au-delà de la FGTB de Charleroi, l’Exécutif des Métallos FGTB est dans cette démarche ; la Centrale Générale lance le débat et à la FGTB wallonne, on en discute également. Mais, pour nos deux syndicalistes, l’important aujourd’hui, « c’est de mener un débat en profondeur en interne, dans les structures syndicales, jusque dans les entreprises ».
« L’histoire nous donnera raison », conclut Daniel Piron. « Un plan de relance comme nous le voulons, ça ne se fera pas. Le gouvernement a décidé d’aller trouver encore quelque 15 milliards d’euros, d’ici 2015, pour combler le déficit budgétaire. Cela va encore donner une plus grande résonnance à notre Appel.
En attendant, on ne se croise pas les bras. Nos orateurs  ont annoncé la préparation de mobilisations syndicales pour la mi-septembre.
A nous d’être à leurs côtés !    

16/06/2012

SETCa Charleroi : la Gauche est-elle soluble dans l’austérité ?


Ce jeudi 14 juin, le SETCa de Charleroi a offert une tribune aux partis « de gauche » devant son Comité Exécutif. C’est évidemment dans le cadre de la dynamique lancée par la FGTB Charleroi le 1er mai autour de la constitution d’une force politique à gauche du PS et d’Ecolo que cette initiative se situe. Devant quelques dizaines de militants, le Secrétaire Général du SETCa, Rudy Pirquet, plante d’emblée de débat dans un cadre clair : les partis de gauche doivent-ils se retrouver dans un gouvernement pour appliquer des mesures de droite ? Sont-ils encore de gauche ?
En obtenant la parole en première, Ozlem Ozen, vice-présidente de la Fédération PS de Charleroi et députée fédérale, n’avait pas vraiment un cadeau. Il fallait un certain courage pour oser dire que « le PS se bat pour faire barrage au maximum aux politiques libérales »… et d’ajouter que c’est grâce au PS qu’on n’a pas de nouveaux impôts et qu’on a gardé l’index ! Elle reprend alors tout les arguments (« le moindre mal », « sans nous, ce serait pire, regardez la Grèce et la Roumanie », « on a augmenté le salaire minimum, ailleurs il baisse », « on n’a pas limité le chômage dans le temps ») que le Secrétaire de la FGTB avait démonté lors de son discours de 1er Mai.
Benjamin Dusaussois pour le PSL et Bernard Wesphael (MG en constitution) repartent du cadre européen, niveau auquel de nombreuses politiques d’austérité sont élaborées. B Wesphael, rappelle qu’il fut seul en 2005 à voter contre le traité constitutionnel européen, au niveau Wallon. Il rappelle qu’à l’époque la Confédération Européenne des Syndicats était pour…
Au nom de la LCR, Freddy Mathieu a rappelé la « lettre ouverte aux syndicalistes » qui circule dans les milieux syndicaux depuis la mi-janvier : partant du constat que la social-démocratie (rose ou verte) est totalement convertie « au marché » il décrit comment le mouvement syndical a été conduit dans une impasse. Les « relais politiques » et la « courroie de transmission » fonctionnent à contresens, pour faire passer les mesures antisociales auprès des travailleurs. Il prend à contrepied les arguments de la représentante du PS en décrivant comment trente années du PS au pouvoir ont abouti au détricotage de la Sécurité Sociale (notamment en matière de chômage et de pensions) et à la « note Di Rupo » de juillet 2011, un copié/collé du fameux « modèle allemand » qui brade les conditions de travail et la protection sociale. Si le syndicat veut sortir de cette ornière, dit-il, il doit prendre des initiatives, en toute indépendance. Cela changerait la donne à gauche.
Germain Mugemangango (du PTB) a acté plusieurs points de convergence avec les trois intervenants qui le précédaient. Il a marqué son intérêt pours les déclarations de Daniel Piron le 1er mai, mais il pense que les organisations de la gauche radicale doivent prendre des initiatives diverses (notamment lors de scrutins comme les élections communales) pour se rapprocher et offrir la réponse unitaire attendue par le syndicat.
Isabelle Meerhaeghe (Ecolo) a critiqué vertement le PS mais n’a pas pu démarquer la politique gouvernementale d’Ecolo aux gouvernements, wallon et communautaire, de « la bonne gouvernance » qui est un des thèmes chers aux milieux pro-austérité européens. Elle s’est empêtrée dans une pseudo explication du vote des écologistes en soutien au MES (« le mécanisme pas le traité »)… Ce qui lui valut une réplique vive de Freddy Mathieu et Bernard Wesphael à propos des conséquences automatiques, inéluctables d’une acceptation parlementaire de ces nouveaux mécanismes européens. « Des gouverneurs intouchables, incontrôlables, décideront du montant que les pays devront débourser pour aider d’autres pays à aider leurs banques comme en Espagne, sans débat, sans décisions démocratiques et puis on nous redira encore que c’est l’Europe qui décide au-dessus » s’emporte Freddy Mathieu d’accord avec B. Wesphael pour dire que le mouvement syndical doit bloquer ce dossier par une mobilisation urgente et vigoureuse.
Plusieurs militants de l’Exécutif du SETCa sont intervenus notamment à propos de la coupure qui s’approfondit entre le PS et les travailleurs, à propos de l’index, de la pauvreté galopante, particulièrement dans la région de Charleroi.
Dans la deuxième partie du débat, la question centrale était de définir les possibilités de « création d’un nouvelle force politique à gauche du PS et d’Ecolo » ainsi que l’exprimait la FGTB le 1er mai. Rudy Piquet rappelle que Paul Magnette trouve cette proposition « folklorique »…
C’est Freddy Mathieu qui ouvrait le feu sur cette question. « Pour la LCR dit-il, petite organisation on ne vient pas vendre nos salades, on pense que c’est au mouvement syndical de donner le tempo et le contenu d’un telle dynamique, il en a la représentativité (3 millions de syndiqués) ; la compétence, l’expertise (il défend au quotidien les travailleurs avec ou sans emploi et connait leurs situations concrètes) ; les forces militantes (des milliers de délégués dévoués, élus par les travailleurs). » L’addition des petites forces des petites organisations de la gauche radicale est souhaitable mais pas suffisante, estime t’il, on a besoin d’une autre alchimie pour (re)construire une vrai parti de classe qui s’appuie avant tout sur la lutte des travailleurs. Appuyant les  interventions dans la salle, il continue « C’est totalement réducteur de dire que c’est le PS qui a sauvé l’index ; la droite et les milieux patronaux ont peur d’attaquer de front sur cette question à cause de la force de mobilisation syndicale qui reste, malgré les coups, relativement intacte, nous ne pouvons compter que sur nos forces».
Bernard Wespahael estime qu’avec la création du MG il n’y a rien à créer en plus, se défendant de diviser la gauche, comme certains le lui ont reproché personnellement. Le PSL s’est dit d’accord avec la notion de « parti de classe » plaidant pour un vrai débat entre les différents courants de la gauche radicale qui devraient y coexister. Le PTB et Ecolo sont restés assez évasifs sur cette question. Ecolo en particulier se limitant à reparler des « convergences à gauche », projet sans lendemains du PS pour phagocyter Ecolo,  auxquelles le parti vert préfère une « gauche réunie, pluraliste », comment ? avec qui ?
Ce débat a mis en évidence la recherche d’alternatives chez les militants syndicaux, mais aussi l’immense travail de conviction qui doit être fait avec les bases syndicales que l’offensive idéologique de la droite, soutenue et répercutée par la pseudo-gauche, a labouré pendant des décennies.

Correspondant
14 juin 2012