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18/09/2013

Huit questions, huit réponses sur «indépendance syndicale et politique»



par Denis Horman

La FGTB de Charleroi Sud Hainaut explique le sens de son appel du 1er mai

Le 1er mai 2012, le secrétaire régional de la FGTB Charleroi Sud Hainaut, Daniel Piron, lançait, au nom du comité exécutif de la régionale FGTB, un appel à un rassemblement politique large, sur le champ politique et électoral, à la gauche du PS et d’Ecolo, dans le but de promouvoir une véritable alternative anticapitaliste. Quelques semaines plus tard, le secrétaire général de la CNE (CSC), Felipe Van Keirsbilck, s’exprimait dans le même sens. Plusieurs responsables syndicaux faisaient de même.
Le 27 avril 2013, cet appel suscitait le rassemblement, à Charleroi, de près de 400 personnes: syndicalistes, militant·e·s des mouvements sociaux, des organisations de la gauche radicale... «La vraie gauche est en marche, plus rien ne l’arrêtera», c’est sur ces mots que Daniel Piron allait conclure cette journée de débats et de lutte, appelant à élargir cette initiative en Wallonie, à Bruxelles et en Flandre. 
Conférence de presse FGTB Charleroi ce 18/09 : de gauche à droite Antonio Zonca (Métal), Carlo Briscolini (Président de la régionale)  et Daniel Piron (Secrétaire Régional)


Pour expliquer le sens et la démarche de son appel du 1er mai, la FGTB de Charleroi vient de sortir, à plusieurs milliers d’exemplaires, un petit fascicule, sous forme de huit questions et réponses,  intitulé «Indépendance syndicale et politique».

La responsabilité du mouvement syndical
«Le syndicat peut-il s’occuper de politique»? C’est la première question à laquelle la FGTB Carolo répond d’emblée: «Non seulement il le peut, mais il le doit». Et de rappeler la Déclaration de Principes de la FGTB mettant l’accent sur la défense d’un projet de société sans classes incompatible avec le capitalisme. Ce qui implique «l’abolition de ce système et son remplacement par un autre, socialiste et démocratique».
Pour la FGTB de Charleroi, «c’est au nom de notre objectif ultime d’une société sans classes que nous luttons contre le pouvoir de la minorité capitaliste et pour le pouvoir aux travailleurs et aux travailleuses. En ce sens-là, oui, nous devons nous occuper de politique».
Pour stopper la régression sociale et imposer des revendications anticapitalistes, «nous avons besoin en premier lieu d’un syndicalisme plus combatif et démocratique», souligne  la brochure de la FGTB Charleroi Sud Hainaut, qui précise en même temps que l’action syndicale ne suffit pas, qu’elle doit être prolongée par une action politique, à tous les niveaux de pouvoir: «Le syndicalisme pur, sans relais politique, n’est pas une solution».
Et là, le constat, déjà avancé dans l’appel du 1er mai 2012, est lucide et tranchant: «Ceux qui se disent nos ''amis politiques'' au parlement et au gouvernement, la social-démocratie et les Verts (…) se sont convertis aux dogmes néolibéraux de la compétitivité et de la privatisation (…). Ces partis ont collaboré et continuent à collaborer à construire l’Europe capitaliste, qui est une machine de guerre contre le monde du travail (…). Du Plan global aux mesures Di Ruppo, en passant par le pacte des générations, ils aident délibérément à faire passer la pilule de l’austérité contre la résistance syndicale». 
Les exemples de la Grèce, de la Grande-Bretagne, du Portugal, de l’Italie et de l’Espagne, avancés dans la brochure syndicale, montrent que les politiques gestionnaires, pratiquées et  appuyées par les partis sociaux-démocrates, ont fait et font le jeu de la droite et de la droite extrême: «Dans ces pays, cette droite en a profité pour former des gouvernements encore plus agressifs contre les travailleurs. Dans ces conditions, la stratégie de l’aiguillon est un piège mortel, nous devons en sortir d’urgence».
La FGTB de Charleroi veut-elle créer un nouveau parti politique?
«Non, nous ne créons pas un parti, ce n’est pas notre rôle. Nous proposons que la FGTB favorise activement l’apparition d’une nouvelle force anticapitaliste sur le champ politique et électoral. Ce n’est pas la même chose».
Comme Daniel Piron l’avait déjà signalé dans l’appel du 1er mai, la brochure souligne que cette force, ce regroupement, qui pourrait à terme devenir un parti, doit avoir pour vocation de s’élargir. Si, sur Charleroi, s’est formé un comité de soutien à l’appel, avec les partis de la gauche radicale, la FGTB de Charleroi invite les membres de gauche du PS et d’Ecolo à rejoindre la dynamique qui se met en place. Elle invite également les intellectuels de gauche, les militants associatifs à se solidariser avec l’appel.

Comment faire concrètement?
Pour la FGTB Charleroi Sud Hainaut, la première chose à faire, c’est de rompre les liens privilégiés avec le PS. C’est ce qu’elle a déjà fait depuis quelque années: «Il ne s’agit pas de dénoncer le PS comme un ennemi ou de le calomnier, mais de comprendre que les liens privilégiés de la FGTB avec le PS, dans le cadre de l ’Action Commune Socialiste, nous empêchent de sortir de la stratégie de l’aiguillon qui nous enfonce dans l’impasse».
En conclusion de la journée du 27 avril à Charleroi, Daniel Piron signalait que le comité de soutien à l’appel du 1er mai était chargé d’élaborer un plan d’urgence anticapitaliste. C’est la deuxième tâche évoquée dans la brochure: «Il s’agit d’élaborer le programme anticapitaliste que nous, en tant que syndicalistes, voulons voir relayé sur le terrain politique (...). Un programme anticapitaliste est la seule alternative possible face à la situation. Nous n’avons pas la prétention, à nous seuls, de l’élaborer dans toutes ses dimensions. Nous en proposerons une  première ébauche, à compléter et enrichir avec d’autres».
Quant au nouveau relais politique, là non plus, il ne s’agit pas seulement d’un relais politique de la FGTB: «Nous voulons que se forme un nouveau relais politique du monde du travail dans son ensemble». Le fait que, du côté chrétien, la CNE s’est associée à la démarche de l’appel du 1er mai est considéré par la FGTB de Charleroi comme un fait d’une très grande importance: «Cela montre que notre stratégie, loin d’être une source de division, peut contribuer au contraire à dépasser certaines divisions historiques du monde du travail».
Cette possibilité de convergence autour d’un projet politique commun n’est pas seulement perçue comme une chance par la FGTB de Charleroi, qui l’a stimulée. Cette démarche montre à la fois la lucidité et la responsabilité assumée par cette régionale syndicale, face à tous ces «experts» et politiciens qui nous prédisent la fin du tunnel pour bientôt: «Nous devons bien voir que cette possibilité de convergence trouve son origine fondamentale dans l’extrême gravité des menaces qui pèsent sur le monde du travail. La classe dominante européenne a lancé une attaque  frontale contre nos acquis sociaux et démocratiques. Elle peut feindre de lâcher un peu du lest à un moment pour éviter une explosion sociale ou une déroute électorale des partis établis. Mais elle n’a pas d’autre voie que de continuer son œuvre de destruction sociale et écologique pour le profit d’une minorité de la population».

Sans le PS, ce sera pire?
C’est parce que ce leitmotiv va inévitablement revenir dans la campagne électorale du PS que la FGTB de Charleroi pose elle-même la question: «Mais tout cela (l’appel du 1er mai, ndlr) n’est-il pas une dangereuse utopie, alors que la droite et le patronat sont à l’offensive et que la Belgique est «au bord du gouffre», ce qui fait courir de graves dangers à la Sécurité Sociale?».
«Au contraire», répond la FGTB régionale, «croire qu’en se pliant à la logique capitaliste, faire le gros dos en attendant que ça passe, cela va nous aider, c’est être particulièrement naïf. Nous sommes le dos au mur, nous n’avons pas d’autre issue que la lutte et l’unification internationale des luttes dans la perspective d’une autre Europe (…) et aider à l’émergence et au développement de cette force politique nouvelle, anticapitaliste, à gauche du PS et d’Ecolo, pour qu’elle devienne la plus large possible. Voilà la stratégie politique que nous proposons à la place de celle de l’aiguillon. C’est le sens de l’appel que nous avons lancé le premier mai 2012».
Quant au «sauvetage de la Belgique», c’est souvent un faux prétexte pour imposer des reculs sociaux: «Après 540 jours de négociations «communautaires», la note du premier ministre Di Rupo, au nom du compromis «pour sauver la Belgique», comprenait toute une série de revendications de la N-VA, alors même que ce parti n’était finalement pas partie prenante de la majorité gouvernementale».
Pour la FGTB Charleroi Sud Hainaut, la solidarité nationale, «celle de la solidarité de classe, celle des travailleurs», est fondamentale et «toute rupture de cette solidarité nationale conduit à moins de moyens pour organiser la solidarité». Et de prendre l’exemple de la Sécurité sociale,  sachant que  dans la prochaine campagne électorale, le PS reviendra sur un autre de ses leitmotiv: «Nous sommes le dernier rempart, au gouvernement, contre la scission de la Sécurité sociale»!
C’est vrai qu’une grande menace pèse sur notre Sécurité sociale. «Sa scission serait une catastrophe pour le monde du travail», reconnaît la régionale FGTB: «il faut l’éviter, mais comment? En acceptant la poursuite du démantèlement des acquis sociaux? En soutenant la monarchie, soi-disant ''trait d’union entre les Flamands et les wallons''. Ce choix entre la peste et le choléra est celui que le gouvernement Di Rupo nous impose. Nous le refusons».
Et là, la régionale FGTB avance une revendication qui devrait être portée par le mouvement syndical sur le terrain politique: «Nous disons aux politiques: la Sécurité sociale appartient aux travailleurs et travailleuses; les cotisations patronales ne sont pas des ''charges'', mais du salaire différé et collectivisé; nous exigeons la gestion ouvrière et démocratique de la Sécurité sociale».

Et notre indépendance syndicale dans tout ça?
«Nous sommes un contre-pouvoir indépendant de tout parti politique et nous le resterons toujours, même dans une société non capitaliste». Et la FGTB carolo de préciser: «Ce qui menace l’indépendance syndicale aujourd’hui, ce n’est pas que nous nous occupions de politique, c’est la manière dont nous nous en occupons (…). Nous organisons des mobilisations contre l’austérité et, systématiquement, la stratégie de l’aiguillon nous amène à sacrifier nos revendications pour ne pas mettre en danger la politique du PS et d’Ecolo, au nom de ce ''moindre mal''. On en arrive à un point tel aujourd’hui que certains responsables syndicaux, au nom de ce ''moindre mal'', ne veulent même plus organiser la lutte contre l’austérité».
La stratégie alternative proposée par la FGTB Charleroi Sud Hainaut permet, à ses yeux, de retrouver «une vraie indépendance syndicale»: élaborer nous-mêmes, en tant que mouvement syndical, notre programme de lutte, en fonction d’une seule préoccupation: les besoins des travailleur·euse·s. En les encourageant à s’impliquer activement et démocratiquement, afin que ce programme et ces luttes soient les leurs. «Alors, au lieu que les partis nous dictent leur politique, c’est nous qui exigerons des partis qu’ils s’engagent à lutter avec nous pour ce programme».
Tout en proposant que le mouvement syndical «favorise activement l’apparition d’une nouvelle force anticapitaliste sur le champ politique et électoral, une force aussi fidèle aux intérêts du monde du travail que les forces existantes sont fidèles aux intérêts des patrons», la régionale FGTB Charleroi Sud Hainaut tient à rappeler, en tant qu’organisation syndicale, son indépendance absolue vis-à-vis de tous les partis politiques.

En soutien à la démarche de la FGTB Charleroi Sud Hainaut
Ayant compris immédiatement l’importance de l’Appel lancé le premier mai 2012 par le secrétaire régional de la FGTB Charleroi Sud Hainaut, notre organisation, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) s’est investie activement dans le comité de soutien à cet appel.
Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de notre pays que des secteurs du mouvement syndical rompent avec le Parti socialiste, mais c’est la première fois qu’un pan entier de la FGTB se prononce pour une alternative politique à la gauche du PS et Ecolo et se met à agir concrètement pour favoriser le rassemblement et la structuration d’une nouvelle force politique anticapitaliste et son développement sur  le champ politique et électoral.
La LCR a compris immédiatement l’importance de cet événement. Elle appelle la gauche anticapitaliste à prendre ses responsabilités sans esprit de boutique pour que la brèche s’élargisse au maximum.

08/03/2013

« Le besoin de gauche est plus fort que jamais »



Une Interview de Felipe Van Keirsbilck, Secrétaire général de la Centrale Nationale des Employés (CNE-CSC) 


La Gauche : Cela fait près d'un an que la FGTB Charleroi a appelé à la création d'une alternative anticapitaliste à gauche du PS et d’Ecolo. Tu t'es prononcé sur cette question dans une interview de La Gauche en novembre 2012. La CNE a ensuite envoyé une représentante à la dernière réunion à Charleroi autour de cet appel. Est-ce qu’aujourd’hui la nécessité de cette alternative politique est toujours d’actualité ? Que signifie la présence de la CNE dans ce processus ?
Felipe Van Keirsbilck : La présence d’une représentante de la CNE à la dernière réunion était le reflet de notre intérêt pour la démarche de ce groupe unitaire en formation. L'actualité sociale et politique, avec les ravages des licenciements massifs et fermetures à Arcelor, Ford-Genk, et tout récemment Caterpillar, démontrent l’urgence du « besoin de gauche ». L'appel de Daniel Piron et ses camarades carolos est pertinent. Cette actualité prouve une fois encore que la politique libérale d’austérité menée en Belgique comme ailleurs en Europe détruit l’emploi. Nous avons conscience de la radicalité et de l’urgence de la situation européenne. Aujourd'hui plus que jamais, il faut arrêter les petits jeux de compromis, le consensus mou des partis du libéralisme social...Continuer les faux-semblants dans les débats politiques devient suicidaire pour les travailleurs, cela donne la dégressivité du chômage, les exclusions, le démantèlement des services publics, des prépensions et des conventions collectives, etc. Cette situation exige de nous le courage de s’exprimer clairement pour faire exister de  réelles alternatives de gauche.  Comme je le disais en novembre dernier, le besoin d’un grand parti de gauche se fait de plus en plus urgent chez nous. Nous avons besoin de réponses convaincantes et, en Belgique, le problème de la représentativité politique des intérêts des travailleurs n’est toujours pas résolu. Notre intervention ne signifie pas nécessairement d’abandonner nos attentes à l’égard du PS et d’Ecolo, voire du CDh, et c'est une des nuances que je souhaite apporter par rapport à l'appel de mai 2012. Aujourd’hui 80%, voire 90% de la population, ont des intérêts similaires concernant les politiques à mener, nous parlons des ouvriers, des employés, des cadres, des pensionnés, des petits indépendants, des chômeurs, des femmes, des jeunes, des migrants, etc… Toutes ces personnes ne trouvent pas aujourd’hui de grande force représentative de leurs intérêts. Il leur faut une force politique d'une taille significative, pas une force qui fait 3 ou 4% aux élections, même si ce résultat pourrait être vu comme positif au regard des résultats de la gauche radicale depuis 30 ans. Pour les syndicats c’est une urgence de faire réapparaître des forces politiques qui rompent dans les faits, dans les actes, avec le pouvoir de la finance, avec  les idées libérales dont la social-démocratie européenne (y compris une bonne part du PS) est complètement imprégnée. Nous avons besoin de partis qui défendent les intérêts de la majorité sociale. Ce besoin est toujours aussi clair qu’il y a 6 mois, il n’y a toujours rien de résolu à ce stade-ci, même si je salue l’initiative prise à Charleroi.
Quels ont été les échos à la CNE et plus largement à la CSC de l’appel de la FGTB Charleroi Sud Hainaut, et de ton interview en novembre ?
L’écho de l’appel fut limité dans l’opinion publique en général, mais j’ai reçu énormément de messages positifs de militants dans la CNE et ailleurs dans la CSC, les échos étaient vraiment positifs, parce que les demandes sont très fortes à l’idée de résoudre le problème de représentativité politique. Les syndicats doivent faire un travail pour qu’un ou plusieurs partis larges et réellement de gauche prennent place en Belgique. Ça pose la question de la stratégie à suivre, or les partis de la gauche radicale  ont différentes stratégies liées entre autres à leur implantation. Par exemple, le PTB n’a pas encore de députés et a un certain nombre d'élus locaux, là où le Mouvement de Gauche voudrait probablement conserver son député régional.
Lors de la dernière réunion à Charleroi, un communiqué unitaire fut rédigé, annonçant la création d’un comité de soutien à l’appel du Premier Mai 2012 et l’organisation d’une rencontre de lutte juste avant le Premier mai 2013, à l’issue de laquelle une déclaration sera adoptée. Quel est ton avis sur la création de ce comité ? Que penses-tu du fait que toutes les formations de la gauche radicale y soient présentes ? Quels sont les échos de cette nouvelle étape à la CNE et à la CSC ?
D'abord, un point très positif que je tiens à souligner, c'est le front commun qui se dessine sur cette question entre des composantes de la CSC et la FGTB, au départ  au niveau local, sur Charleroi - il faut bien commencer quelque part. Toutes les victoires sociales en Belgique ont été des victoires obtenues en front commun. Et il est également très positif que les différentes organisations de la gauche de gauche continuent à dialoguer. Troisième élément positif, l’idée d’adopter une déclaration en front commun pour le Premier mai constitue une réappropriation de la symbolique de lutte du Premier mai, par rapport à l’évolution de cette journée, aujourd'hui dépolitisée et presque folklorique, que le PS et même le MR tentent de récupérer. On pourrait rêver, comme dans tous les autres pays, d’en faire une fête unitaire et de lutte des travailleurs. L’histoire a fait que la CSC n’a  jamais mis à l’honneur cette journée, mais les temps changent et je me réjouis à l’idée de ce meeting unitaire. Cependant, j’ai aussi deux inquiétudes quant à la formation de ce comité de soutien, la première étant de clarifier que notre un soutien est non partisan et ne contribue au comité que pour signifier notre « besoin de gauche », pas un soutien à tel ou tel parti présent ou à venir. La CNE et la CSC ont une indépendance syndicale qu’elles n’abandonneront ni aujourd’hui ni demain, et ne peuvent s'identifier ou se réduire ni à un parti politique ni à un front d'organisations politiques tel que celui qui est en gestation. L’émergence souhaitable d’un front unitaire de gauche à la recherche d’unité et de cohérence ne signifie pas un chèque en blanc de la CNE. En cas de concrétisation vers un nouvelle force politique anti-austérité, la relation de la CNE avec celle-ci serait la même (exigeante et indépendante) qu’avec les autres organisations politiques. Nous attendons des partis de gauche, de tous les partis de gauche, qu’ils joignent les actes à la parole, qu’ils amènent la preuve que la gauche ce n’est pas juste une étiquette, mais bien le contenu du flacon. C’est pourquoi, pour nous, ce comité ne doit pas se constituer dans une démarche excluant a priori le PS et Ecolo.  Il ne serait pas opportun de déclarer que l’avenir des travailleurs se fera totalement en-dehors des membres des partis qui ont des restes d'une tradition et d'une histoire sociale et ouvrière. Il reste des militants au PS, chez Ecolo et même au CDH qui défendent une voix de gauche, et ces gens doivent être encouragés au lieu d’être rejetés loin du processus. Le comité devra choisir entre apporter son soutien à quelques partis ou bien constituer une unification de la gauche courageuse et claire.
Dans l'interview récente de Daniel Piron sur le site web de La Gauche, suite à la décision de créer ce comité, il a déclaré qu’il y a une différence entre l’indépendance syndicale et l’apolitisme, les syndicats ayant une responsabilité politique, d’où la nécessité d'aider un relais politique dont il faut pourtant rester indépendant. Partages-tu son point de vue ?
D’accord à 100% sur l’impossibilité de faire du syndicalisme « apolitique ». Ça n’aurait aucun sens ! Dès lors, contribuer à la construction d’un comité tout en gardant notre indépendance syndicale constitue le point le plus délicat pour les syndicalistes politisés mais non partisans. Cela constitue une réflexion importante pour les militants de la CNE. La coalition d’organisations va devoir travailler sur un contenu programmatique, une plateforme de défense des intérêts des travailleurs, se pencher sur la question de la dette, de la fiscalité, de l'Europe, des mesures d’austérité,… Sur ce point je suis complètement en accord avec Daniel, et nous jugerons les différents partis par rapport à leur contenu, qui devra être réellement de gauche. Ce qui compte c’est la rupture avec le libéralisme. Et pour cela ce serait bien de pouvoir compter sur des organisations politiques qui ont des députés. Un parti dont on soutiendrait la création aura pour point de départ la défense des intérêts des travailleurs au sens large. La CNE devra se prononcer et définir son implication en avançant comme organisation – et non pas au nom de quelques individus. Le point fondamental, en résumé, c'est d'aboutir à une base programmatique aussi radicale dans son contenu que l'est la situation actuelle, défendant la sécurité sociale, le plein emploi, le partage du temps de travail, et s’opposant à l’austérité sur une série de points concrets. C'est cette base programmatique à laquelle devrait s'atteler à l'avenir le comité de soutien unitaire, qui servira d'outil pour interpeller les formations politiques, et pourra aider à l'émergence d'une nouvelle force politique significative à gauche, et aider les partis qui se prétendent de gauche à gagner de la cohérence.
Justement, quelles sont les prochaines étapes pour la CNE ? Comment vois-tu son implication dans le comité ?
Avant tout nous allons prochainement avoir des discussions internes, un débat dans nos instances qui va se concentrer d’avantage sur la stratégie et les méthodes que sur l’objectif en soi, avec lequel nous sommes largement d'accord. Ensuite nous devrons nous concentrer sur la construction, en Belgique francophone, d’une coalition large des organisations qui partagent les mêmes intérêts, dans  la CSC et la FGTB. Et enfin, il va falloir se concentrer sur le contenu, sur la situation dramatique de l’Europe aujourd’hui, et établir un programme concret pour combattre la politique d’austérité.
Face à l'austérité et aux licenciements, des luttes plus ou moins importantes émergent un peu partout en Europe. Quels liens ou quelle relation dialectique vois-tu entre les luttes sociales et l'émergence d’une alternative politique ?
Le lien entre les luttes sociales et la question de l'alternative politique est bien évidemment très fort et direct, et d’autant plus marqué par la grande actualité politique. Les travailleurs de Caterpillar savent de quoi je parle... Les travailleurs, rouges et verts, cherchent des solutions et manifesteront d'ailleurs le 14 mars contre l’austérité imposée en Belgique et en Europe. Beaucoup de travailleurs sentent bien que ce qui leur arrive est lié aux politiques d’austérité. L'impact de l'austérité et de la crise en Europe pose à chaque fermeture ou licenciement massif, à chaque dégradation des conditions de travail, la question d'une alternative politique anti-austérité. Et il faut arrêter de s’emmêler les pinceaux dans les discussions stupides pour savoir s’il faut faire de la politique au plan national ou au plan européen. La force perverse du système politique européen est que le pouvoir y devient introuvable. C’est un jeu de miroirs : vous voulez confronter votre gouvernement national, on vous dit « le pouvoir c’est l’Europe » ; vous vous attaquez alors à l’Europe et on vous dit « ah mais ce sont les Etas qui décident ». Il faut briser les miroirs, comprendre le système comme un tout. Les luttes sociales et politiques sont en définitive inextricablement liées, et le renforcement des résistances sociales ne pourra qu'être utile à l'émergence de nouvelles grandes forces politiques de gauche, un bloc de gauche  contre l'austérité.
Interview réalisée par Charlotte et Mauro
publié sur www.lcr-lagauche.be/

20/02/2013

LES PROMENADES NORD-MIDI, ÇA SUFFIT !

Lutter contre le patronat et l'austérité gouvernementale ?
Oui, mais…
LES PROMENADES NORD-MIDI, ÇA SUFFIT !
Il faut un plan d’action, tous ensemble !
Grèves tournantes par province, avec la perspective d’une grève nationale
Jusqu’à satisfaction des revendications !
UN PROGRAMME SOCIAL D’URGENCE POUR CASSER LA CRISE
1. Retrait du blocage salarial, de la manipulation de l’index, des mesures contre les chômeurs
2. Non à l’annualisation du temps de travail et à la hausse des heures sup’
3. Stop à la précarité : un CDI pour toutes et tous
4. Statuts ouvriers/employés : harmonisation par le haut
5. Stop aux intérêts notionnels. Impôt sur la fortune
6. Stop aux baisses de cotisations patronales à la Sécurité sociale. Individualisation du droit aux allocations
7. Ford, Mittal : Unité ! Expropriation sans indemnités !
8. Audit de la dette et annulation de la dette illégitime. Nationalisation des banques sans rachat
9. Refinancement du secteur public et du non-marchand.
10. 32H sans perte de salaire. Plan public de transition écologique
POUR UNE AUTRE EUROPE ET UNE ALTERNATIVE ANTICAPITALISTE :
OUI A UN NOUVEAU PARTI DU MONDE DU TRAVAIL

télécharger le tract en PDF ici

17/11/2012

"La Libre" en parle...



"Un nouveau parti de gauche doit émerger"
"Ce sera peut-être un coup dans l'eau, mais cela va alimenter une demande sociale qui pourra peut-être, un jour, trouver une expression politique". "Il faut qu’émerge rapidement une force politique de gauche, suffisamment radicale pour affronter les dogmes néolibéraux et qui ait l’ambition de peser sur le cours des choses et de quitter la sphère protestataire." Celui qui s’exprime ainsi n’est pas un quidam, c’est Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général de la Centrale nationale des employés (CNE), une centrale qui compte au sein de la CSC, dans une interview publiée sur le site LCR-La Gauche (Ligue communiste révolutionnaire).

http://www.lcr-lagauche.be/cm/images/Rafik-2012/filip.jpgretrouvez l'interview complète de Felipe Van Keirbilck  sur notre site :
«Vivement un grand parti de gauche! » Une Interview de Felipe Van Keirsbilck, Secrétaire général de la Centrale Nationale des Employés (CNE-CSC) 
et l'article dans "La Libre" ici

 

20/06/2012

Trouver un travail même précaire ou tomber sous le seuil de pauvreté et l’exclusion !


Depuis 2004, l’accompagnement et le contrôle des travailleurs sans-emploi ont subi de profondes modifications. Présentée par les gouvernements successifs comme une façon d’aider les travailleurs sans emploi à mieux retrouver un travail, tout au contraire, cette politique d’activation des allocations de chômage fait peser sur eux la menace constante de suspensions ou d’exclusions. Ces changements répondent à deux impératifs : d’une part, faire rembourser par les personnes les plus fragilisées une dette dont elles ne sont pas responsables, puisque provoquée par les banques, les financiers spéculateurs et des actionnaires peu scrupuleux. D’autre part, faire pression sur les travailleurs sans emploi pour qu’ils acceptent n’importe quel boulot dans n’importe quelle condition et ainsi donner entière satisfaction au patronat qui veut un marché flexible du travail avec la main d’œuvre la moins chère possible (CDD, temps partiel, emplois intérimaires à la journée ou à la semaine pendant plusieurs années,…).
Les réformes sur le droit aux allocations de chômage et la précarisation du marché de l’emploi exercent une pression sur les conditions de travail et de salaire de tous. Le contrôle de la disponibilité des chômeurs organisé par l’ONEM, la transmission systématique des infos du FOREM vers l’ONEM provoquent déjà des dégâts sociaux importants depuis 2004. Les toutes dernières mesures prises par le gouvernement Di Rupo en matière d’allocations de chômage, directement liées au plan d’austérité inspiré par le pacte budgétaire européen, vont provoquer un véritable bain de sang social !

A la sortie de l’école, stage d’attente plus long et ensuite, allocations plus contrôlées !
A la sortie de l’école, le stage d’attente devient stage d’insertion et est allongé de trois mois. Il dure donc maintenant 12 mois au lieu de 9. Pendant cette période, il faudra faire la preuve d’une recherche active de travail et ne pas refuser une proposition de formation du service public régional de l’emploi. Le jeune sera convoqué tous les quatre mois dès le premier mois. Si ses efforts sont jugés insuffisants, il n’aura pas droit aux allocations. Avant le premier janvier 2012, les allocations auxquelles on pouvait prétendre après l’école s’appelaient allocations d’attente. Depuis le début de l’année, il s’agit d’allocations d’insertion. Une fois que le jeune y aura droit, il continuera d’être contrôlé et en cas d’évaluation négative, son allocation sera supprimée pendant six mois. En attendant les accords de coopération, le gouvernement fédéral fixerait dans un arrêté royal les procédures et les critères de contrôle des jeunes « allocataires d’insertion »
Au sortir de l’école, avant même d’avoir touché des allocations de chômage et souvent d’être syndiqués, les jeunes risquent déjà d’écoper de sanctions. S’ils atteignent les allocations d’insertion, pendant la durée de celles-ci, ils devront faire face à de multiples contrôles sous peine, au minimum, d’être suspendus durant de nombreux mois. Le contexte répressif augmente par rapport à eux comme s’ils étaient responsables du manque d’emploi ou du fait que les employeurs n’engagent pas sans exiger plusieurs années d’expérience, même quand se présentent à eux, de jeunes diplômés dans les métiers en pénurie. Dès le début du stage d’insertion, ils vivront avec ce couperet au-dessus de la tête alors que tout le monde sait que ceux qui intégreront le marché du travail, ne trouveront dans un premier temps que des emplois précaires, c’est-à-dire des CDD ou des contrats intérimaires ! Avec le volet emploi du plan de relance économique du gouvernement fédéral (qui devrait être finalisé d’ici fin juillet 2012) il se pourrait même que le seul accès au marché du travail se fasse dans un premier temps par le biais d’un stage en entreprise !

Les allocations d’insertion sont limitées dans le temps !
Depuis l’avènement du contrôle de la disponibilité des chômeurs en 2004, le PS et le CDH nous disaient que ce système constituait une protection contre la limitation des allocations de chômage dans le temps. Pour notre part, nous n’avons jamais cessé de démontrer qu’il était au contraire une porte grande ouverte vers cette limitation. Et nous y voici effectivement puisque les allocations dites maintenant d’insertion sont limitées à trois ans pour les cohabitants non privilégiés (peu importe leur âge) tandis que pour les cohabitants privilégiés, les isolés et les chefs de ménage, cette limitation à trois ans prend cours à partir de l’âge de 30 ans. Le délai de trois ans pourra être prolongé si le demandeur d’emploi a travaillé 156 jours durant les deux dernières années. Pour les personnes reconnues par le médecin de l’ONEM en incapacité d’au moins 33 %, cette limitation a été portée à 5 ans mais selon des infos encore officieuses, ces demandeurs d’emploi jusque là exempts du contrôle de la disponibilité, devraient, eux aussi, s’y soumettre.
Insistons sur le fait que la limitation dans le temps des allocations d’insertion ne concernent pas que les jeunes qui sortent de l’école. En effet, vu la crise économique structurelle du capitalisme et le manque de possibilités d’emploi depuis le début des années 80, un nombre important de travailleurs sans emploi sont restés en allocations d’insertion (anciennement d’attente) et n’ont jamais travaillé assez longtemps que pour percevoir des allocations de chômage sur la base d’un travail. Tous ceux-là aussi, chômeurs de longue durée,  en situation déjà très précaire, sont menacés d’exclusion au premier janvier 2015. Il s’agit donc également d’une attaque frontale contre tous les travailleurs sans emploi de longue durée, c’est-à-dire celles et ceux qui ont été peu à l’école, qui ont des difficultés de lecture et d’écriture et qui sont déjà dans des situations sociales inextricables. Les femmes cohabitantes, contraintes aux tâches ménagères et d’éducation des enfants et qui n’ont jamais travaillé le temps nécessaire  que pour pouvoir accéder aux allocations de chômage sur la base d’un travail, paieront elles aussi un lourd tribu à cette mesure de limitation dans le temps des allocations d’insertion. Les femmes seules avec enfants, qui doivent déjà affronter énormément de difficultés au quotidien et qui à cause de celles-ci, ont eu peu de possibilités pour accéder au travail ou au temps plein, feront aussi les frais de cette mesure.

La réforme des allocations de chômage :
Outre la dégressivité (voir plus bas), elle comprend plusieurs autres volets.
Contrôle de la disponibilité régionalisé et étendu aux plus de 50 ans !
Notons tout d’abord que le contrôle de la disponibilité organisé par l’ONEM depuis 2004 sera régionalisé. En Wallonie, ce contrôle serait pris en charge par un organisme d’intérêt public à créer mais cette info reste à vérifier. Signalons que la FGTB, principalement dans sa composante wallonne, a toujours revendiqué la suppression de ce système. Nous espérons que cette revendication continuera à s’exprimer avec la même teneur et la même force dans les semaines et les mois qui viennent. Depuis 2004, ECOLO s’est toujours prononcé contre ce contrôle. Mais alors, comment se fait-il que ce parti ait accepté ce transfert de compétence tel quel dans le cadre des négociations sur la réforme de l’état ? Etant au gouvernement wallon, acceptera-t-il sa mise en place sans le critiquer alors que celui-ci sera amplifié et étendu jusqu’à 55 ans en 2013 et jusqu’à 58 ans en 2016 et plus si les Régions le veulent ?
La notion d’emploi convenable modifiée
Auparavant, au bout de six mois, un travailleur sans emploi était obligé d’élargir sa recherche à d’autres domaines que le sien. Avec les mesures du gouvernement papillon, il devra le faire maintenant au bout de trois mois de chômage seulement. De plus, la distance jusqu’à laquelle un travail est considéré comme acceptable passe de 25 kms à 60 kms, et cela, quelle que soit la durée de déplacement.
Elargissement de l’obligation passive de disponibilité
Cette obligation sera élargie jusqu’à l’âge de 60 ans à partir de 2013. C’est-à-dire que les travailleurs sans emploi et les prépensionnés seront obligés d’accepter jusqu’à cette âge là toute offre d’emploi dite convenable !
Dégressivité des allocations de chômage
A partir du 1er novembre 2012, la dégressivité des allocations de chômage se mettra en place. Cette dégressivité constitue un véritable chantage imposé à tous les travailleurs sans emploi. S’ils ne trouvent pas de travail, ils tomberont au bout d’une certaine période dans des allocations de chômage en dessous des seuils de pauvreté européen. Deux cent mille personnes, principalement des chefs de ménage et des isolés risquent de tomber dans ce piège à la précarité tendu par le gouvernement papillon. Dans ces conditions, comment la Belgique compte-t-elle remplir ses engagements vis-à-vis de l’Europe qui étaient de réduire d’ici à 2020 de 380.000 le nombre de nos citoyens touchés par la pauvreté ? Comment un gouvernement, sensé travailler pour l’amélioration du bien être de toute la collectivité, peut-il ainsi décider volontairement de faire baisser les revenus du chômage en dessous des seuils de pauvreté et placer un nombre important de personnes dans des situations de dettes, de difficultés pour payer le loyer ou se loger, de gros problèmes pour se soigner ou même manger ! Comment feront-ils tous ces demandeurs d’emploi pour retrouver un travail avec toutes ces problèmes sur le dos ?
De plus, faire payer ainsi la facture aux chômeurs alors qu’il n’y a qu’une seule offre d’emploi disponible pour 25 demandeurs en Wallonie et que le gouvernement renonce à développer une politique publique de création d’emplois de qualité pour tous, c’est inadmissible !

 Voici les principales étapes de la dégressivité
des allocations de chômage :
PREMIERE PERIODE :
Dans la première phase de la  première période, les allocations seront plus élevées qu’actuellement. Les travailleurs sans emploi toucheront durant les trois premiers mois 65% du salaire brut perdu plafonné à 2370,76€ Les trois mois suivants tombent déjà à 60% du salaire brut perdu plafonné à 2370,76€
Dans la seconde phase de cette première période, pendant les six mois qui suivent, le travailleur sans emploi percevra une allocation calculée sur la base de 60% du salaire brut perdu plafonné à 2209,59€
SECONDE PERIODE :
Selon le passé professionnel de chaque demandeur d’emploi, elle pourra durer de 2 à 36 mois.
Dans la première phase de cette seconde période, pendant une période de 2 mois plus 2 mois par année de passé professionnel avec un maximum de 12 mois en tout, 60% du salaire brut perdu plafonné à 2064,81€ pour les chefs de ménage, 55% du salaire brut perdu plafonné à 2019,88€ pour les isolés et 40% du salaire brut perdu plafonné à 2019,88€ pour les cohabitants.
Dans la seconde phase de cette seconde période, pendant les 24 mois suivants maximum (toujours par tranche de deux mois supplémentaires par année de passé professionnel), les allocations diminueront chaque semestre pour tous les chômeurs jusqu’au forfait.
TROISIEME PERIODE EST EGALE AU FORFAIT :
Chef de ménage : 1090€
Isolé : 916€
Cohabitant : 484€































Rupture avec le caractère assurantiel des allocations de chômage :
Depuis 2004, toutes les mesures de réforme des allocations de chômage, y compris celles qui concernent l’accompagnement des chômeurs organisées par le service public régional de l’emploi, rendent complètement aléatoires la protection sociale de tous les travailleurs victimes de licenciements souvent dus à des restructurations ou délocalisations voulues par des actionnaires avides d’augmenter leurs profits personnels. Le contrôle de la disponibilité, l’accompagnement individualisé des services régionaux de l’emploi, la transmission systématique des données de ces services vers l’ONEM, le stage d’attente qui devient stage d’insertion, imposent aux jeunes et aux travailleurs sans emploi de prouver qu’ils recherchent activement du travail pour avoir accès aux allocations de chômage ou pour pouvoir continuer à en bénéficier. Depuis 2004, nous sommes entrés dans l’ère de la sécurité sociale au mérite. Pour les plus jeunes, ouvrir le droit aux allocations d’insertion va dépendre d’obligations à respecter pendant la période de stage et pour tous les chômeurs, depuis 2004, pour garder les allocations, il faut respecter des conditions subjectives fixées par l’ONEM ou les services régionaux de l’emploi dans des contrats. Soumis à de multiples évaluations, tous les travailleurs sans emploi sont susceptibles de subir un jour ou l’autre une sanction. Avec la limitation dans le temps des allocations d’insertion et la dégressivité des allocations de chômage, le gouvernement papillon vient de franchir une étape supplémentaire. Alors que le contrôle de la disponibilité impose l’obligation de faire la preuve de recherches actives d’un travail, maintenant, en plus, il va falloir absolument en trouver un, même précaire, pour échapper à l’exclusion ou à de maigres allocations ! la Sécurité Sociale constituait le premier rempart contre la pauvreté. Grâce aux gouvernements qui se sont succédé depuis 2004, ce n’est plus le cas. Dès lors, pas étonnant que le nombre de personnes confrontées à la pauvreté ait augmenté fortement dans notre pays et que les CPAS se sentent démunis face à l’afflux des demandes d’aides sociales qu’ils doivent assumer sans refinancement. Et comme devoir accepter n’importe quel travail va devenir nécessaire pour échapper aux sanctions ou à la dégressivité, le fait de travailler ne sera pas non plus la garantie de sortir de la précarité. Les patrons se frottent les mains car ils vont pouvoir exploiter la main d’œuvre disponible aux conditions qu’ils souhaitent. De plus, dans le cadre de la politique de relance économique voulue par le gouvernement, ils vont continuer à bénéficier de baisses de charge et d’avantages fiscaux sans contrepartie !

Stop à la chasse aux chômeurs, annulation de la dette, retour au caractère assurantiel des allocations de chômage !
Ce ne sont pas les chômeurs qui sont indisponibles, c’est l’emploi ! Ce ne sont pas les jeunes, les femmes ni l’ensemble des travailleurs qui sont responsables des crises financières et de la dette ! Dès lors, par nos mobilisations, nous devons imposer des revendications qui font payer les crises par ceux qui les ont provoquées ainsi qu’une politique qui rétablit le caractère assurantiel des allocations de chômage et la création d’emplois de qualité pour tous.
Ce sont les banques qui ont provoqué la dette par des opérations de spéculation financière. Celle-ci doit être soumise à un audit. Le gouvernement ne devrait pas imposer le remboursement des parties illégitimes de la dette aux travailleurs avec ou sans emploi. Ces derniers voient leurs droits réduits à néant tandis que les banquiers ont bénéficié de centaines de milliards pour se renflouer. Réduire cette soi-disant dette publique que le gouvernement (c’est-à-dire toute la collectivité) aurait vis-à-vis des banques et des marchés financiers, c’est  démanteler nos droits sociaux et nos services publics. C’est favoriser la précarisation du marché du travail. STOP, nous sommes la majorité de la population! Nous n’avons pas à payer pour une minorité qui veut encore plus de richesses alors qu’elle en possède déjà une toute grande partie ! Nous revendiquons l’annulation de la dette illégitime ainsi que le retrait de toutes les mesures prises contre les chômeurs depuis 2004.
- Création d’emplois de qualité pour tous !
Ce dont la population a besoin, c’est d’une véritable politique de création d’emplois de qualité pour tous.
C’est possible, par :
-  la réduction du temps de travail, sans augmentation de la flexibilité, sans perte de salaire et avec embauches compensatoires.
-  Un plan public de création d’emplois qui soit respectueux de l’équilibre écologique, dans des activités qui correspondent aux besoins sociaux de toute la collectivité.
Ces deux mesures essentielles pourraient être financées par l’annulation de la dette illégitime, un impôt plus juste et plus progressif, la suppression des intérêts notionnels, une lutte efficace contre la fraude fiscale (20 milliards par an), une taxe sur les transactions financières,…
Pour que tous nous puissions avoir accès à une vie décente, il faudra imposer par nos luttes une répartition équitable des richesses pour une politique assurant à chacune et chacun un emploi de qualité et le maintien d’une sécurité sociale forte qui protège véritablement de la pauvreté. Au lieu de faire la chasse aux chômeurs, les pouvoirs publics devraient s’inspirer de nos propositions car ils devraient être au service de la majorité de la population et pas, comme actuellement, à celui d’une minorité de financiers et de gros actionnaires avides de profits.

Freddy Bouchez
Coordinateur de l’ASBL CEPRé (Centre d’Education Populaire Régional)
Militant de la FGTB/Centre.

16/06/2012

SETCa Charleroi : la Gauche est-elle soluble dans l’austérité ?


Ce jeudi 14 juin, le SETCa de Charleroi a offert une tribune aux partis « de gauche » devant son Comité Exécutif. C’est évidemment dans le cadre de la dynamique lancée par la FGTB Charleroi le 1er mai autour de la constitution d’une force politique à gauche du PS et d’Ecolo que cette initiative se situe. Devant quelques dizaines de militants, le Secrétaire Général du SETCa, Rudy Pirquet, plante d’emblée de débat dans un cadre clair : les partis de gauche doivent-ils se retrouver dans un gouvernement pour appliquer des mesures de droite ? Sont-ils encore de gauche ?
En obtenant la parole en première, Ozlem Ozen, vice-présidente de la Fédération PS de Charleroi et députée fédérale, n’avait pas vraiment un cadeau. Il fallait un certain courage pour oser dire que « le PS se bat pour faire barrage au maximum aux politiques libérales »… et d’ajouter que c’est grâce au PS qu’on n’a pas de nouveaux impôts et qu’on a gardé l’index ! Elle reprend alors tout les arguments (« le moindre mal », « sans nous, ce serait pire, regardez la Grèce et la Roumanie », « on a augmenté le salaire minimum, ailleurs il baisse », « on n’a pas limité le chômage dans le temps ») que le Secrétaire de la FGTB avait démonté lors de son discours de 1er Mai.
Benjamin Dusaussois pour le PSL et Bernard Wesphael (MG en constitution) repartent du cadre européen, niveau auquel de nombreuses politiques d’austérité sont élaborées. B Wesphael, rappelle qu’il fut seul en 2005 à voter contre le traité constitutionnel européen, au niveau Wallon. Il rappelle qu’à l’époque la Confédération Européenne des Syndicats était pour…
Au nom de la LCR, Freddy Mathieu a rappelé la « lettre ouverte aux syndicalistes » qui circule dans les milieux syndicaux depuis la mi-janvier : partant du constat que la social-démocratie (rose ou verte) est totalement convertie « au marché » il décrit comment le mouvement syndical a été conduit dans une impasse. Les « relais politiques » et la « courroie de transmission » fonctionnent à contresens, pour faire passer les mesures antisociales auprès des travailleurs. Il prend à contrepied les arguments de la représentante du PS en décrivant comment trente années du PS au pouvoir ont abouti au détricotage de la Sécurité Sociale (notamment en matière de chômage et de pensions) et à la « note Di Rupo » de juillet 2011, un copié/collé du fameux « modèle allemand » qui brade les conditions de travail et la protection sociale. Si le syndicat veut sortir de cette ornière, dit-il, il doit prendre des initiatives, en toute indépendance. Cela changerait la donne à gauche.
Germain Mugemangango (du PTB) a acté plusieurs points de convergence avec les trois intervenants qui le précédaient. Il a marqué son intérêt pours les déclarations de Daniel Piron le 1er mai, mais il pense que les organisations de la gauche radicale doivent prendre des initiatives diverses (notamment lors de scrutins comme les élections communales) pour se rapprocher et offrir la réponse unitaire attendue par le syndicat.
Isabelle Meerhaeghe (Ecolo) a critiqué vertement le PS mais n’a pas pu démarquer la politique gouvernementale d’Ecolo aux gouvernements, wallon et communautaire, de « la bonne gouvernance » qui est un des thèmes chers aux milieux pro-austérité européens. Elle s’est empêtrée dans une pseudo explication du vote des écologistes en soutien au MES (« le mécanisme pas le traité »)… Ce qui lui valut une réplique vive de Freddy Mathieu et Bernard Wesphael à propos des conséquences automatiques, inéluctables d’une acceptation parlementaire de ces nouveaux mécanismes européens. « Des gouverneurs intouchables, incontrôlables, décideront du montant que les pays devront débourser pour aider d’autres pays à aider leurs banques comme en Espagne, sans débat, sans décisions démocratiques et puis on nous redira encore que c’est l’Europe qui décide au-dessus » s’emporte Freddy Mathieu d’accord avec B. Wesphael pour dire que le mouvement syndical doit bloquer ce dossier par une mobilisation urgente et vigoureuse.
Plusieurs militants de l’Exécutif du SETCa sont intervenus notamment à propos de la coupure qui s’approfondit entre le PS et les travailleurs, à propos de l’index, de la pauvreté galopante, particulièrement dans la région de Charleroi.
Dans la deuxième partie du débat, la question centrale était de définir les possibilités de « création d’un nouvelle force politique à gauche du PS et d’Ecolo » ainsi que l’exprimait la FGTB le 1er mai. Rudy Piquet rappelle que Paul Magnette trouve cette proposition « folklorique »…
C’est Freddy Mathieu qui ouvrait le feu sur cette question. « Pour la LCR dit-il, petite organisation on ne vient pas vendre nos salades, on pense que c’est au mouvement syndical de donner le tempo et le contenu d’un telle dynamique, il en a la représentativité (3 millions de syndiqués) ; la compétence, l’expertise (il défend au quotidien les travailleurs avec ou sans emploi et connait leurs situations concrètes) ; les forces militantes (des milliers de délégués dévoués, élus par les travailleurs). » L’addition des petites forces des petites organisations de la gauche radicale est souhaitable mais pas suffisante, estime t’il, on a besoin d’une autre alchimie pour (re)construire une vrai parti de classe qui s’appuie avant tout sur la lutte des travailleurs. Appuyant les  interventions dans la salle, il continue « C’est totalement réducteur de dire que c’est le PS qui a sauvé l’index ; la droite et les milieux patronaux ont peur d’attaquer de front sur cette question à cause de la force de mobilisation syndicale qui reste, malgré les coups, relativement intacte, nous ne pouvons compter que sur nos forces».
Bernard Wespahael estime qu’avec la création du MG il n’y a rien à créer en plus, se défendant de diviser la gauche, comme certains le lui ont reproché personnellement. Le PSL s’est dit d’accord avec la notion de « parti de classe » plaidant pour un vrai débat entre les différents courants de la gauche radicale qui devraient y coexister. Le PTB et Ecolo sont restés assez évasifs sur cette question. Ecolo en particulier se limitant à reparler des « convergences à gauche », projet sans lendemains du PS pour phagocyter Ecolo,  auxquelles le parti vert préfère une « gauche réunie, pluraliste », comment ? avec qui ?
Ce débat a mis en évidence la recherche d’alternatives chez les militants syndicaux, mais aussi l’immense travail de conviction qui doit être fait avec les bases syndicales que l’offensive idéologique de la droite, soutenue et répercutée par la pseudo-gauche, a labouré pendant des décennies.

Correspondant
14 juin 2012