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21/06/2013

Le temps des équilibristes…


Par Farid Khalmat

Des orages violents, des inondations et le début d’été pourri, que pouvait rêver de mieux le premier Di Rupo ? Les gens seront ainsi moins enclins à se préoccuper des mauvais coups qui se préparent au gouvernement. Au menu un trio spécialement mijoté par nos chefs : le dossier du statut ouvrier/employé, le blocage salarial, et de nouvelles coupes budgétaires, avec en toile de fond une dérive autoritaire, anti-démocratique dont le TSCG est la clef de voute.

Dossier ouvrier-employé : je te tiens, tu me tiens par la barbichette
Dans ce dossier, politiques, responsables patronaux et syndicaux semblent d’accord sur un point : il faut « trouver une  solution rapidement sinon… » Sinon quoi ? Sinon dès le 9 juillet un travailleur qui viendrait à être licencié par son employeur (par les temps qui courent il n’est pas sûr qu’il le veuille vraiment) serait en droit de réclamer un préavis équitable ! Notons donc au passage que  ce que cherchent désespérément les « interlocuteurs sociaux » serait un compromis en-dessous de ce droit…
Aujourd’hui en Belgique 70% des travailleurs ont droit, en cas de licenciement, à des préavis équivalents à ceux des « employés », ceci grâce à des Conventions Collectives qui ont déjà réduit, grâce au combat syndical, les discriminations que subissaient les ouvriers. Toute harmonisation vers le bas serait donc un recul pour la grande majorité des travailleurs et donc une victoire pour les employeurs qui pourraient ainsi avoir les mains libres pour « dégraisser » plus facilement. Et il n’est pas certain que les quelques petites miettes accordées aux 30% qui ont aujourd’hui une moins bonne protection contre le licenciement tiendraient longtemps face à l’offensive patronale généralisée.
Il faut bien constater que les directions syndicales n’ont pas mis toute la pression nécessaire pour faire comprendre cet enjeu et surtout pour mobiliser en conséquence. Elles se sont laissées trainer jusqu’à la veille des vacances et la date fatidique du 8 juillet. De plus elles sont entrées dans le jeu du gouvernement en se renvoyant la « patate » chaude à tour de rôle. Le dossier qui était sur la table du gouvernement leur a été renvoyé et est actuellement traité par les interlocuteurs sociaux qui doivent répondre à 12 questions contenues dans la demande du gouvernement. Bien évidemment les patrons bloquent ces négociations.
Au cours d’une réunion récente de son bureau, la FGTB est amenée à constater « nous devons rapidement communiquer, sensibiliser et mobiliser sur ce dossier. A ce propos, le Bureau FGTB du 25 juin 2013 fera le point et tirera les conclusions. En d’autres termes, en cas d’échec de la négociation, il faut poursuivre notre pression sur le monde patronal, lequel exerce aussi son lobby et est derrière les idées imbuvables sur le dossier employé-ouvrier ».
On pourrait s’attendre à ce que « communiquer, sensibiliser et mobiliser » conduise à « passer à l’action » mais non ! La conclusion serait plutôt comme les patrons, « d’exercer un lobby ». Sur qui ?
Du côté des directions syndicales ont n’a pas trop envie, à un an des élections, de fragiliser un peu plus « les relais ». Les « relais » fonctionnent très bien mais dans l’autre sens : le PS met la pression pour éviter de devoir prendre lui-même des mesures impopulaires. Il a besoin d’un paravent. Il fait appel « au sens des responsabilités » des syndicats et prépare déjà son explication habituelle : « on se bat comme de beaux diables mais on n’est pas seuls au gouvernement, nous serions obligés d’accepter un compromis avec la droite du gouvernement ». Bref ce qui est demandé aux syndicats c’est de définir eux-mêmes les reculs qu’ils sont prêts à accepter !
C’est donc un vrai parcours d’équilibriste auquel se  livrent les directions syndicales et le gouvernement.

Renouer avec le combat
Il est clair que la stratégie actuelle des directions syndicales conduit les travailleurs à une nouvelle impasse.
Même si les vacances approchent il faut tout faire pour bloquer le détricotage des droits sociaux. Dans le dossier du statut ouvrier-employé, il faut refuser de se laisser entraîner dans des replis corporatistes et des querelles stériles entre centrales et entre syndicats. Il faut remettre la solidarité à l’ordre du jour. Contrairement à ce que peuvent laisser penser certains, un compromis sur ce dossier ne freinera pas de nouvelles exigences patronales, en particulier dans l’autre dossier brûlant : le blocage (en fait la diminution) des salaires.

Farid Khalmat - 21 juin 2013

26/04/2013

réaction aux propos inacceptables de Paul Magnette...

Le Setca (Liège et Charleroi) réagit aux propos inacceptables de Paul Magnette.
Le président du PS joue la partition de la droite !


Ce 25 avril 2013, les travailleurs menaient partout des actions contre les mesures
antisociales du gouvernement et les projets de régression sociale dont la principale concerne l'harmonisation des statuts ouvriers-employés, ce BHV social (dixit Paul Magnette).
C'est cette date qu'a choisi le président du parti socialiste Paul Magnette pour déclarer sur les ondes de bel-RTL que son parti était prêt à sacrifier les conquêtes sociales des 1,7millions d'employés que compte notre pays. Chiffre auquel il faut ajouter de très nombreux ouvriers.
Par cette déclaration, le président d'un parti que l'on finira par ne plus qualifier de socialiste,déclare la guerre aux employés mais aussi aux ouvriers, c'est-à-dire à l'ensemble des travailleurs de ce pays.
Après avoir lâché sur l'index, le PS lâcherait donc sur la question du statut. En quelques jours, deux points de rupture pour nous sont donc franchis
par le parti qui, à la veille de chaque élection, se dit notre relais.
En juin 2014, les 1,7 millions d'employés pourraient tenir compte de ce que le PS aura voté dans ce dossier. Avec les ouvriers, c'est donc plus de 3 millions d'électeurs que le PS attaque.

Ceci constitue un énième avertissement. Et nous n'hésiterons pas, comme nous l'avons montré aujourd'hui, à passer de la parole aux actes... Contrairement au PS

Égidio Di Panfilo, Secrétaire Général du SETCa-Liège et Rudy Pirquet, Secrétaire général du SETCa-Charleroi

28/01/2013

Arcelor-Mittal Liège : Le bain de sang social continue



Une seule solution : l’expropriation sous contrôle ouvrier !
Ce jeudi matin (24/01), lors d’un conseil d’entreprise extraordinaire, la direction d’Arcelor-Mittal a confirmé sa décision de démanteler, de fait, l’ensemble de son implantation, en région liégeoise. C’est donc le spectre de la perte de 10.000 emplois, directs et indirects, qui plane sur la région liégeoise.
Après avoir déjà fermé la phase à chaud,  entraînant la perte que quelque 800 emplois, elle vient d’annoncer la suppression de 7 lignes de la phase à froid, avec des usines, présentées pourtant comme l’avenir de la sidérurgie ;  ce qui devrait entrainer la suppression de 1.300 emplois directs, sur les 2.000 actuels. Il resterait moins de 1.000 emplois directs, dans la sidérurgie liégeoise. Pour combien de temps encore ? On en était encore à plus de 5.000, en 2005 !
Cette direction cynique, arrogante et sans scrupules –elle renie systématiquement ses engagements- a trouvé encore un nouveau prétexte pour avancer, dans son nouveau plan de fermetures : les syndicats du secteur avaient eu l’outrecuidance de conditionner leur signature du volet social, pour « le chaud », à un plan d’investissement industriel précis, pour la phase à froid.
L’affaire est entendue. Les syndicats liégeois, le SETCa et la FGTB durcissent le ton : « Mittal Go Home » !
Au-delà du lancement de ce mot d’ordre, qui est le seul à même de donner un véritable coup d’arrêt au bain de sang social,  maintenir l’emploi et sauver la sidérurgie, la question est comment le concrétiser.
Ce qui s’est passé, suite à la décision de Mittal de fermer la phase à chaud, est éclairant : les organisations syndicales se sont engluées, pendant plus d’un an, dans la « procédure Renault », sans un véritable plan de mobilisation, une radicalisation de l’action et une démarche offensive vis-à-vis du pouvoir politique, régional et fédéral.
Aujourd’hui, devant ce tremblement de terre, les mots d’ordre de grève sur tous les sites liégeois, de manifestation à Luxembourg, en liaison  avec les organisations syndicales des sièges Arcelor-Mittal, dans d’autres pays, sont déjà avancés par les organisations syndicales.
Mais l’arme de grève, avec occupation de sites, n’apparait-elle pas, de toute évidence, comme indispensable, pour organiser le mouvement de grève, pour contrôler et empêcher les manœuvres patronales. Mittal aurait-il pu, s’il y avait eu occupation,  vider tous les stocks et les délocaliser un peu partout ? Plus de 7.000 tonnes viennent d’être évacuées, et cela, avant l’annonce de nouvelles suppressions de lignes dans le « froid » !
Dans les années 1970, à Glaverbel-Charleroi, les verriers en grève ont pu faire reculer la multinationale BSN-Gervais-Danone, qui avait décidé de démanteler le secteur verrier régional. A plusieurs reprises, ils ont fait grève, avec occupation de sièges verriers et la création de comités de grève
La multinationale Arcelor –Mittal se porte bien et son PDG, Lakshmi Mittal est une des plus grosses fortunes mondiales. La multinationale a sucé tout ce qu’elle pouvait, avalant subventions et aides diverses et utilisant, jusqu’à la corde, tous les moyens de ne pas payer l’impôt. Pour les années 2010 à 2012, elle a payé zéro euro d’impôts, sur notre territoire.
Alors, comme Mittal  continue,  de plus belle, sa course au maximum de profit, sur le dos des travailleurs et en les projetant dans des drames familiaux et sociaux, il n’y pas 36 solutions : il faut l’exproprier, sans indemnisation – à la rigueur pour un euro symbolique- et sous contrôle ouvrier. Que le gouvernement de la Région wallonne prenne ses responsabilités, avec le gouvernement fédéral.
Mais, pour cela – cela parait tellement évident-, il s’agit de changer les rapports de force, tant vis-à-vis de Mittal que du pouvoir politique. Ce sont les sidérurgistes liégeois qui doivent compter sur leurs propres forces, avec la solidarité des travailleurs de la région et de la population.
Nous sommes tous concernés par l’enjeu de ce combat et son issue. La solidarité avec les travailleurs d’Arcelor- Mittal se pose en termes concrets.
La LCR, jeudi  24 janvier

30/11/2012

Budget 2013 : motion du SETCa BHV

  • motion adoptée ce 30 novembre à l'unanimité par le SETCa BHV concernant le budget 2013.
"Motion concernant le budget 2013

Nous, les membres du Comité Exécutif du SETCA Bruxelles-Halle-Vilvorde, estimons concernant le budget 2013 :
- qu'il n'est pas question que le syndicat soit le complice de la destruction sociale organisée par le gouvernement. Ce budget irresponsable place les travailleurs et allocataires sociaux dans la spirale infernale de la récession. Le gouvernement ne fait que donner un coup d'accélérateur à la précarité.
- que ce budget est totalement inéquitable. Le fameux effort collectif n'est supporté que par les citoyens ordinaires. Les sociétés, les millionnaires et les fraudeurs sont totalement épargnés que du contraire (réductions de cotisations sociales - prolongation des intérêts notionnels - amnistie fiscale)
- que ce budget retire aux organisations syndicales la plus importante de leurs prérogatives : le droit de négocier librement les évolutions salariales.
Nous rejetons totalement le budget 2013 et mettrons en oeuvre tout ce qui est nécessaire pour être entendu.
De plus, nous attendons du gouvernement que les intérêts notionnels dont l'inefficacité sociale a été largement démontrée soient supprimés sur le champs comme déjà réclamé par la FGTB.
Nous exigeons conformément à la volonté de plus de 75% de la population du pays qu'un impôt sur les fortunes soit instauré et refusons qu'une poignée de favorisés se fasse faire des lois sur mesure et dicte le budget aux représentants du peuple."

16/06/2012

SETCa Charleroi : la Gauche est-elle soluble dans l’austérité ?


Ce jeudi 14 juin, le SETCa de Charleroi a offert une tribune aux partis « de gauche » devant son Comité Exécutif. C’est évidemment dans le cadre de la dynamique lancée par la FGTB Charleroi le 1er mai autour de la constitution d’une force politique à gauche du PS et d’Ecolo que cette initiative se situe. Devant quelques dizaines de militants, le Secrétaire Général du SETCa, Rudy Pirquet, plante d’emblée de débat dans un cadre clair : les partis de gauche doivent-ils se retrouver dans un gouvernement pour appliquer des mesures de droite ? Sont-ils encore de gauche ?
En obtenant la parole en première, Ozlem Ozen, vice-présidente de la Fédération PS de Charleroi et députée fédérale, n’avait pas vraiment un cadeau. Il fallait un certain courage pour oser dire que « le PS se bat pour faire barrage au maximum aux politiques libérales »… et d’ajouter que c’est grâce au PS qu’on n’a pas de nouveaux impôts et qu’on a gardé l’index ! Elle reprend alors tout les arguments (« le moindre mal », « sans nous, ce serait pire, regardez la Grèce et la Roumanie », « on a augmenté le salaire minimum, ailleurs il baisse », « on n’a pas limité le chômage dans le temps ») que le Secrétaire de la FGTB avait démonté lors de son discours de 1er Mai.
Benjamin Dusaussois pour le PSL et Bernard Wesphael (MG en constitution) repartent du cadre européen, niveau auquel de nombreuses politiques d’austérité sont élaborées. B Wesphael, rappelle qu’il fut seul en 2005 à voter contre le traité constitutionnel européen, au niveau Wallon. Il rappelle qu’à l’époque la Confédération Européenne des Syndicats était pour…
Au nom de la LCR, Freddy Mathieu a rappelé la « lettre ouverte aux syndicalistes » qui circule dans les milieux syndicaux depuis la mi-janvier : partant du constat que la social-démocratie (rose ou verte) est totalement convertie « au marché » il décrit comment le mouvement syndical a été conduit dans une impasse. Les « relais politiques » et la « courroie de transmission » fonctionnent à contresens, pour faire passer les mesures antisociales auprès des travailleurs. Il prend à contrepied les arguments de la représentante du PS en décrivant comment trente années du PS au pouvoir ont abouti au détricotage de la Sécurité Sociale (notamment en matière de chômage et de pensions) et à la « note Di Rupo » de juillet 2011, un copié/collé du fameux « modèle allemand » qui brade les conditions de travail et la protection sociale. Si le syndicat veut sortir de cette ornière, dit-il, il doit prendre des initiatives, en toute indépendance. Cela changerait la donne à gauche.
Germain Mugemangango (du PTB) a acté plusieurs points de convergence avec les trois intervenants qui le précédaient. Il a marqué son intérêt pours les déclarations de Daniel Piron le 1er mai, mais il pense que les organisations de la gauche radicale doivent prendre des initiatives diverses (notamment lors de scrutins comme les élections communales) pour se rapprocher et offrir la réponse unitaire attendue par le syndicat.
Isabelle Meerhaeghe (Ecolo) a critiqué vertement le PS mais n’a pas pu démarquer la politique gouvernementale d’Ecolo aux gouvernements, wallon et communautaire, de « la bonne gouvernance » qui est un des thèmes chers aux milieux pro-austérité européens. Elle s’est empêtrée dans une pseudo explication du vote des écologistes en soutien au MES (« le mécanisme pas le traité »)… Ce qui lui valut une réplique vive de Freddy Mathieu et Bernard Wesphael à propos des conséquences automatiques, inéluctables d’une acceptation parlementaire de ces nouveaux mécanismes européens. « Des gouverneurs intouchables, incontrôlables, décideront du montant que les pays devront débourser pour aider d’autres pays à aider leurs banques comme en Espagne, sans débat, sans décisions démocratiques et puis on nous redira encore que c’est l’Europe qui décide au-dessus » s’emporte Freddy Mathieu d’accord avec B. Wesphael pour dire que le mouvement syndical doit bloquer ce dossier par une mobilisation urgente et vigoureuse.
Plusieurs militants de l’Exécutif du SETCa sont intervenus notamment à propos de la coupure qui s’approfondit entre le PS et les travailleurs, à propos de l’index, de la pauvreté galopante, particulièrement dans la région de Charleroi.
Dans la deuxième partie du débat, la question centrale était de définir les possibilités de « création d’un nouvelle force politique à gauche du PS et d’Ecolo » ainsi que l’exprimait la FGTB le 1er mai. Rudy Piquet rappelle que Paul Magnette trouve cette proposition « folklorique »…
C’est Freddy Mathieu qui ouvrait le feu sur cette question. « Pour la LCR dit-il, petite organisation on ne vient pas vendre nos salades, on pense que c’est au mouvement syndical de donner le tempo et le contenu d’un telle dynamique, il en a la représentativité (3 millions de syndiqués) ; la compétence, l’expertise (il défend au quotidien les travailleurs avec ou sans emploi et connait leurs situations concrètes) ; les forces militantes (des milliers de délégués dévoués, élus par les travailleurs). » L’addition des petites forces des petites organisations de la gauche radicale est souhaitable mais pas suffisante, estime t’il, on a besoin d’une autre alchimie pour (re)construire une vrai parti de classe qui s’appuie avant tout sur la lutte des travailleurs. Appuyant les  interventions dans la salle, il continue « C’est totalement réducteur de dire que c’est le PS qui a sauvé l’index ; la droite et les milieux patronaux ont peur d’attaquer de front sur cette question à cause de la force de mobilisation syndicale qui reste, malgré les coups, relativement intacte, nous ne pouvons compter que sur nos forces».
Bernard Wespahael estime qu’avec la création du MG il n’y a rien à créer en plus, se défendant de diviser la gauche, comme certains le lui ont reproché personnellement. Le PSL s’est dit d’accord avec la notion de « parti de classe » plaidant pour un vrai débat entre les différents courants de la gauche radicale qui devraient y coexister. Le PTB et Ecolo sont restés assez évasifs sur cette question. Ecolo en particulier se limitant à reparler des « convergences à gauche », projet sans lendemains du PS pour phagocyter Ecolo,  auxquelles le parti vert préfère une « gauche réunie, pluraliste », comment ? avec qui ?
Ce débat a mis en évidence la recherche d’alternatives chez les militants syndicaux, mais aussi l’immense travail de conviction qui doit être fait avec les bases syndicales que l’offensive idéologique de la droite, soutenue et répercutée par la pseudo-gauche, a labouré pendant des décennies.

Correspondant
14 juin 2012

29/04/2012

Entretien avec Egidio Di Panfilo, Secrétaire général du SETCa Liège


Dans l’interview qu’il a donnée récemment à un quotidien francophone, Elio Di Rupo déclarait : « Il faut de la rigueur, mais on ne doit pas casser notre modèle social ».
Que penses-tu de cette déclaration ?

Egidio Di Panfilo : je constate que, dans toute une série de pays européens, les gouvernements mettent en place des plans d’austérité qui provoquent un appauvrissement de couches de plus en plus grandes des populations, avec de terribles souffrances. La Grèce en est un des exemples les plus dramatiques. Partout, les mesures prises visent à attaquer durement ce qui reste de nos conquêtes sociales. Et la Belgique ne fait pas exception. Le gouvernement, avec un premier ministre issu d’un parti dit socialiste, vient d’imposer une première vague de mesures d’austérité et de régression sociale d’une ampleur qu’on n’avait pas connue jusqu’à présent. Et les économies chiffrées à prendre, d’ici 2015,  pour résorber le déficit budgétaire nous indiquent bien que les attaques sur ce qu’était notre « modèle social » vont continuer.
Nous sommes à un moment charnière de l’histoire sociale de l’Europe et de notre pays.

On a connu récemment des mobilisations syndicales importantes contre ce premier train de mesures d’austérité : la grève de 24 heures dans les services publics en décembre 2011 et surtout la grève nationale, interprofessionnelle, en front commun syndical du 30 janvier 2012. Mais, sur l’essentiel de mesures prises, ces mobilisations n’ont pas fait reculer le gouvernement. Quelles leçons en tires-tu au niveau syndical ? Les plans et les moyens de mobilisation sont-ils à la hauteur des défis rencontrés ?   

Egidio Di Panfilo : nous avons un problème de mobilisation. Ce n’est pas seulement la couche des cadres syndicaux, des délégués qui doit être mobilisée, mais l’ensemble des travailleur/euse/s. Il nous fait mobiliser le plus largement possible. Je pense, entre autre, à ces centaines de milliers de chômeur/euse/s qui subissent le plus la régression sociale et qui ne sont pas mobilisés.
Il nous faut  mener un travail d’information en profondeur, ouvrir les yeux sur ce qui nous attend, comme en Allemagne, par exemple. Il y en encore qui ose parler de « modèle allemand ».
Il nous faut, comme mouvement syndical, créer et renforcer les liens entre travailleurs et allocataires sociaux, avec les autres mouvements sociaux.
Dans ce pays, travailleurs et travailleuses syndiqué/e/s, du privé et des services publics, affilié/e/s aux trois syndicats, FGTB, CSC, Libéraux, nous représentons une force de quelque 3,5 millions de personnes. Une force qui devrait être en mesure de faire barrage au rouleau compresseur sur nos conquêtes sociales. Effectivement, face aux terribles défis qui sont devant nous, nous devons tirer les leçons sur nos plans et moyens d’action.

Dans la « Lettre ouverte aux syndicalistes », nous faisons le constat, et nous ne sommes pas seuls à le dire, que le mouvement syndical est à la croisée des chemins. Va-t-il passer de la défensive à l’offensive ? Va-t-il avoir la capacité et la volonté de mobiliser sur un programme clair, un programme anticapitaliste, d’urgence sociale ?     

Egidio Di Panfilo : D’abord, il faut le rappeler, le mouvement syndical tient un rôle central pour combattre l’austérité. Il doit être un contre-pouvoir.
Dans les mobilisations récentes, notre position de départ a été de dire clairement stop à ces mesures de régression sociale, car ce n’est pas aux travailleur/euse/s, aux allocataires sociaux de faire les frais de la crise. C’est aux capitalistes de payer leurs crises.
Nous avons un programme d’urgence sociale. Avant tout, il faut préserver le pouvoir d’achat des travailleurs et allocataire sociaux. Il y a la question salariale. Pourquoi devrions-nous céder à tout ce matraquage sur la compétitivité, quand beaucoup de grosses entreprises redistribuent à leurs actionnaires des dividendes extraordinaires ?
Bien sûr, il y a aussi l’urgence d’une autre fiscalité, une justice fiscale, qui est quand même la meilleure manière de redistribuer les richesses produites par les travailleurs.
Sans oublier ces fameux intérêts notionnels et tous ces cadeaux aux entreprises, surtout aux multinationales qui ne paient quasiment pas d’impôts, sans pour autant investir dans la production, préserver et créer de l’emploi.
Il nous faut effectivement avancer des objectifs clairs et qui, inévitablement, attaquent de front les intérêts des capitalistes et des groupes financiers. Je pense à la revendication avancée par le SETCA Liège, mais aussi la FGTB Liégeoise concernant la fermeture de la phase à chaud de ArcelorMittal Liège,  décrétée par son PDG, Lakshmi Mittal, 6ème fortune mondiale. Cette revendication, c’est la nationalisation, régionalisation ou mise sous statut public d’ArcelorMittal Liège, en dégageant Mittal et en se réappropriant les outils. Bien sûr, ça ne nous tombera pas tout cuit. Là aussi, ça implique  un véritable plan de mobilisation.
Projet irréaliste ? Nous avons organisé une visite, dans le Land allemand de la Saar, où se trouve une entreprise sidérurgique, ex-propriété de Mittal, qui a été reprise par le gouvernement du Land, en partenariat avec les travailleurs et qui fonctionne très bien.

Au-delà et en liaison avec les problèmes de stratégie syndicale, va se poser, selon nous, de plus en plus le problème de l’alternative politique.
Dans notre Lettre ouverte aux syndicalistes, nous écrivons : « le syndicat ne peut évidemment pas se transformer en parti. Par contre, il peut et doit favoriser la formation d’une alternative politique. Il peut et doit exiger de celles et ceux qui se réclament du monde du travail sur le terrain politique qu’ils s’unissent pour porter ensemble un programme de gauche. Il peut et doit exiger que cette alternative soit aussi fidèle au monde du travail que les partis actuels sont fidèles au capital ». Et, dans ces partis actuels, nous pointons également le Parti socialiste.
Comment vois-tu ce problème du relais politique du monde du travail et le rôle du syndicat dans cette démarche ?

Egidio Di Panfilo : je ne suis pas demandeur pour que le syndicat pousse à la formation d’un nouveau parti politique. D’abord parce que je ne vois pas actuellement un leader, comme par exemple Jean-Luc Mélanchon en France, capable d’unir derrière lui des forces syndicales. Et puis, nous ne pouvons pas nous couper totalement des relais qu’a la FGTB, en région francophone, avec le PS, même si les lignes directrices du PS ne nous conviennent pas du tout. Nous avions d’ailleurs écrit, il y a un peu plus d’un an au PS, en plaidant pour qu’il ne rentre pas dans un nouveau gouvernement qui serait de droite.
Il y a encore des gens à gauche dans le PS et nous espérons encore que des élus, des parlementaires de ce parti relaient et défendent les revendications syndicales.
Mais le jour où le PS devrait céder sur l’indexation des salaires, alors, pour moi,  cela devra entrainer la rupture entre la FGTB et le PS.   

Et la gauche radicale, la gauche de gauche, comment la perçois-tu, le PTB, la LCR, PSL, le PC… ?

Egidio Di Panfilo : Même si elle est encore relativement petite, elle joue un rôle important dans l’élaboration et la mise en œuvre d’une alternative politique, à la gauche du PS et Ecolo. Encore faut-il que les éléments d’alternatives, avancés par les uns et les autres, soient suffisamment crédibles et compréhensibles par des couches plus larges de la population. Et aussi  que cette gauche sache dépasser ses divisions et les problèmes de personnalités.
Je m’en voudrais de ne pas mentionner une chose qui m’inquiète profondément, c’est le score de Marine Le Pen en France et de constater son impact chez les travailleurs, confirmé par un sondage IFOP, et surtout chez les exclus de la société.
Alors, j’en suis bien conscient,  cela doit nous pousser, comme syndicalistes, à être une véritable force pour le changement, pour répondre aux aspirations, aux revendications, aux  besoins concrets des gens.

Propos recueillis par Denis Horman, avril 2012.