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22/02/2013

Rassemblement à gauche du PS et d'Ecolo: ça bouge à partir de Charleroi

Rassemblement à gauche du PS et d'Ecolo:
ça bouge à partir de Charleroi
Nous reproduisons ci-dessous un communiqué de presse diffusé ce jour par la FGTB de Charleroi-Sud Hainaut. Il y a près d'un an, le premier mai 2012, la FGTB Charleroi-Sud Hainaut lançait un vigoureux appel au rassemblement à gauche du PS et d'Ecolo, afin de donner une alternative politique anticapitaliste à la gestion de l'austérité par la social-démocratie et les Verts. Notre site avait amplement répercuté cet appel (lire ici) et nous avons interviewé plusieurs syndicalistes à ce sujet (notamment Felipe Van Keirsbilck, Nico Cue, Daniel Richard,...lire ici). La Formation Lesoil a depuis lors contribué à alimenter le débat, notamment à son école anticapitaliste de printemps 2012 (lien) et en organisant des rencontres publiques, à Liège et à Verviers (lire ici). Un blog a en outre été créé pour alimenter la discussion  tous azimuts (lien). Ayant appuyé dès le début la démarche des syndicalistes carolos, la LCR ne peut qu'appuyer de toutes ses forces le processus en cours, auquel elle participe avec d'autres forces dans une ambiance constructive et fraternelle.
La LCR se réjouit tout particulièrement de l'intérêt de la CNE, côté syndical, et, côté politique, de l'implication unanime des formations de gauche
(LCR-Web) 

COMMUNIQUE DE PRESSE

Le 1er Mai 2012, la FGTB de Charleroi Sud Hainaut dénonçait l’austérité et l’absence de relais politique aux revendications du monde du travail. Dans son discours, le secrétaire régional interprofessionnel Daniel Piron appelait à un rassemblement politique à gauche du PS et d’ECOLO pour rendre espoir et dignité aux travailleurs et travailleuses.
Quelques semaines plus tard, le secrétaire général de la CNE, Felipe Van Keirsbilck, s’exprimait dans le même sens. Plusieurs responsables syndicaux faisaient de même.
Réunis ce 20/2 à l’initiative de la FGTB de Charleroi Sud Hainaut, et en présence d’une représentante de la CNE, des responsables du PTB, de la LCT, du MG, du PH, du Front de Gauche de Charleroi, du PSL, du PC et de la LCR décident de prendre leurs responsabilités et de répondre « présent » à ces différents appels.
Espérant que de plus en plus de forces syndicales, sociales et associatives les appuieront et les guideront dans cette voie, ces responsables décident de fonder un comité de soutien afin de commencer à concrétiser ces attentes. Ils veulent le faire avec toutes celles et ceux qui le souhaiteront, sans exclusives, dans le pluralisme et la démocratie la plus large.
Comme première étape, et en concertation avec les forces syndicales qui les ont interpellés, ils appellent à une journée de débat et de lutte fin avril. Au cours de celle-ci, ils proposeront à discussion et adopteront une déclaration commune.
Tous ensemble, contre l’austérité, la misère et l’injustice
Pour une alternative de gauche à la crise capitaliste.
 

30/04/2012

Entretien avec Daniel Richard, Secrétaire interprofessionnel de la FGTB de Verviers

Ce gouvernement, avec à sa tête un premier ministre socialiste, a lancé un vaste plan d’austérité et de régression sociale, avec, pour 2012, une facture de quelque 14 milliards d’euros, à payer, pour l’essentiel, par les travailleur/euse/s et les allocataires sociaux.
Qu’est-ce qui te scandalise plus dans ce premier train de mesures.

Daniel Richard : En tant que responsable syndical interprofessionnel, ce qui me révolte le plus, ce sont les mesures prises concernant le chômage. Ce sont des mesures qui visent à créer la division entre travailleurs avec ou sans emploi et qui frappent, d’une manière ou d’une autre, tous les chômeurs et chômeuses.
Ce qui est particulièrement odieux, c’est, d’une part, la dégressivité renforcée des allocations de chômage jusqu’à des montants minimum forfaitaires pour une majorité de chômeurs, et, d’autre part, la limitation à trois ans des allocations d’attente, rebaptisée allocations d’insertion, pour les jeunes sans emploi ou des travailleurs n’ayant pas suffisamment de jours de travail pour avoir droit  au chômage complet. Cette catégorie de personnes  devra frapper à la porte des CPAS des communes, qui sont déjà financièrement étranglées et ne pourront pas compter sur le pouvoir de tutelle régional qui, lui aussi, est désargenté.
On va donc assister à une paupérisation progressive et généralisée de la population déjà la plus fragilisée. Et, après ça, on va s’étonner du développement du travail au noir ! Et puis, et cela plaide pour la solidarité dans l’action entre travailleurs avec et sans emploi, cette précarisation renforcée et généralisée du marché du travail va tirer vers le bas les conditions de travail et de rémunération de tous les travailleurs.
Je note également que ces différentes mesures vont nous tomber dessus, et comme par hasard, soit après les élections communales de cette année, soit après les élections législatives de 2014 !

Pour les trois prochaines années, c’est déjà décidé, il faudra trouver encore 14 milliards d’euros pour réduire le déficit public. A quoi peut-on, doit-on encore s’attendre ?
Daniel Richard : A tout ! N’oublions pas que le plan d’austérité se situe dans le cadre européen, en liaison directe avec les décisions prises au sein du Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernements, avec, encore dernièrement, le fameux pacte Euro Plus le « Six Pack »), signé en mars 2012. Di Rupo, notre premier ministre l’a également signé. Il n’y a pas que les mesures prises pour l’équilibre budgétaire, mais aussi pour réduire la dette publique des Etats. En Belgique, la décision prise pour réduire la dette publique, en la faisant passer, dans un premier temps, de 100% à 80% du PIB entrainera une ponction du budget de l’Etat de quelque 5 milliards d’euros. Dès lors, aux 14 milliards d’euros, on peut y ajouter ces 5 milliards.
Je me rappelle d’une déclaration faire par Herman Van Rompuy, Président du Conseil européen : « La crise est une opportunité pour réussir des politiques qu’on n’aurait pu faire passer par la négociation ». En fait, c’est tout le « modèle social », construit au lendemain de la seconde guerre mondiale, qui est en train d’être liquidé.
Je suis en total accord avec la phrase qui introduit la » Lettre ouverte de la LCR aux syndicalistes » : « Nous ne sommes qu’au début d’une régression sociale qui vise à liquider ce qui reste de nos acquis sociaux, déjà terriblement mis à mal depuis trente ans ».
Ceux qui disent  que cette crise n’est qu’un mauvais moment à passer, faisons le gros dos, se trompent. Nous sommes dans une crise profonde, structurelle. Et l’objectif des forces en face, c’est la destruction du modèle social, construit au lendemain de la seconde guerre mondiale : la sécurité sociale, les services publics, l’emploi à durée indéterminée, etc. Leur objectif c’est également, ça va de pair, l’affaiblissement, voire la destruction de la force syndicale, qui est le premier frein à leur offensive, avec le regroupement des organisations de la gauche de gauche.
Si on ne procède pas à une redistribution radicale des richesses, du Capital vers le Travail et une réforme en profondeur de la fiscalité pour faire payer les gens au prorata de leurs revenus et patrimoines, alors, on peut s’attendre à des catastrophes sociales bien plus grandes encore.

Les syndicats se sont mobilisés contre le plan d’austérité, à travers des rassemblements, des manifestations, des grèves, en particulier la grève nationale interprofessionnelle du 30 janvier dernier.
Mais, cela n’a pas pour autant fait reculer le gouvernement, ni le parlement.
Quelles leçons en tires-tu pour le mouvement syndical qui, qu’on le veuille ou non, reste la force essentielle pour faire changer les choses ?      
Daniel Richard : D’abord, ces grèves n’ont pas été inutiles. Mais, nous sommes amenés à avoir un vrai débat sur la stratégie syndicale qui ne peut être postposé vu l’ampleur de l’offensive contre nos acquis.
Je pense d’abord qu’au sein de mouvement syndical, de mon organisation également, on ne fait  pas tous la même analyse de la crise de 2008. On n’est pas tous sur la même longueur d’onde en ce qui concerne l’analyse du rapport conflictuel central : Capital-Travail.
On risque aussi d’être seuls  au niveau wallon dans la confrontation avec les mesures prises au niveau fédéral, vu, par exemple, les réalités économiques différentes avec la Flandre, région plus riche.
Et puis, un des critères pour mener une politique progressiste, de gauche, c’est le refus de s’inscrire dans le cadre, défini et imposé, au niveau européen, pas seulement par les forces réactionnaires. J’ai déjà dit que notre premier ministre s’inscrivait dans ce cadre.

Pour le mouvement syndical, une des questions n’est-elle pas : comment inverser la tendance, comment changer les rapports de force capital-travail ?
Dans la « Lettre ouverte aux syndicalistes », nous considérons que le mouvement syndical doit passer de la défense à l’offensive, lutter pour imposer son propre programme, un programme d’urgence sociale, un programme anticapitaliste.
Quelles revendications t’apparaissent-elles urgentes et indispensables dans la lutte pour changer les rapports de force ?
Daniel Richard : les mesures prioritaires, mais qui sont difficiles à populariser, cela doit être les mesures fiscales, avec la progressivité de l’impôt, à travers la restauration des tranches d’imposition et la globalisation des revenus dans le calcul de l’impôt sur les personnes physiques, qui permet de faire contribuer d’autres revenus que ceux du Travail et d’établir une véritable justice fiscale. Ce sont des mesures faciles à prendre sur le plan technique. Cela implique la levée totale du secret bancaire. Cela implique aussi qu’on aborde le statut de la Belgique comme paradis fiscal, de manière claire.
Mais il y a aussi d’autres éléments. Va-t-on continuer cette gabegie des intérêts notionnels qui représentent annuellement un manque à gagner pour l’Etat de quelque 5 milliards d’euros bruts (3 milliards nets). Il y a aussi un autre combat à mener à propos de la dette publique, par exemple sur un audit de cette dette – à quoi a servi cette dette- pour déboucher logiquement sur une annulation de la dette illégitime et odieuse Est-ce qu’il n’y pas des parties de cette dette qu’on peut qualifier d’illégitime ? Le renflouement des banques, payé par un appauvrissement de la population, ça va directement à l’encontre des garanties données par la Constitution aux droits sociaux.
Il y a aussi le cadre européen à dénoncer. L’urgence est là aussi. Est-ce qu’on accepte que le gouvernement fasse passer, dans la Constitution, la « règle d’or », avec l’aval du parlement, sans débat populaire ?
On parle de relance économique. Mais quel type de développement voulons-nous, en voyant que la crise n’est pas seulement sur le plan économique. Il y a d’autres enjeux liés à cette crise économique : la crise alimentaire mondiale, la crise énergétique, le réchauffement climatique…
Le mouvement syndical doit s’emparer de toutes ces questions, les traduire en termes de revendications et de mobilisation.

Pour changer les rapports de force, il y a également la question des moyens d’action à la hauteur des défis et de l’ampleur de l’offensive d’un patronat, épaulé par le pouvoir politique. La perception, chez les travailleur/euse/s,  de manifestation et mobilisations sans lendemain est bien réelle.
Daniel Richard : Il suffit de voir ce qui nous attend dans les prochain mois et années pour se rendre compte de la nécessité d’élaborer, au niveau syndical, un plan d’action interprofessionnel, au niveau national et en front commun.
Il y a maintenant un calendrier  établi par les institutions européennes, semestre par semestre, avec des recommandations et injonctions sur l’index, sur les retraites, sur le déficit budgétaire, l’endettement, etc.
Il y a le calendrier en Belgique. En juin, les négociations sur le plan de relance, la compétitivité. En septembre, la liaison des allocations sociales au bien-être, avec la question de l’affectation ou non de 600 milliards d’euros à cette liaison. En automne, le démarrage de la discussion sur le nouvel accord interprofessionnel pour 2013-14. Et, pour moi, un relèvement important du salaire minimum interprofessionnel garanti doit en être un élément important. Et puis, le débat budgétaire va revenir tous les 6 mois. Et on sait bien que les 14 milliards d’euros pour éponger le déficit budgétaire en 2012, ce n’est qu’un début et que cela va se traduire par d’autres plans d’austérité et de régression sociale.
A ce propos, posons-nous la question à propos de l’offensive actuelle sur l’indexation des salaires. N’est-ce pas, en partie, une manœuvre habile, une manière d’agiter l’épouvantail pour faire avaler plus facilement de nouvelles mesures de régression sociale ?
Ma régionale syndicale demande, depuis 3 ans, un vrai débat dans nos instances, sur un plan de mobilisation, avec des objectifs et échéances précises.
Avec l’ampleur des attaques et des mesures de régression sociale qu’on vient de subir et ce qui nous attend pour la suite, ce débat n’en est que plus urgent.

Dans la Lettre ouverte, adressée par la LCR aux syndicalistes, nous soulevons également un autre rôle qu’il appartient, selon nous, au mouvement syndical de jouer : « le syndicat peut et doit favoriser la formation d’une alternative politique…qui soit aussi fidèle au monde du travail que les partis actuels  sont fidèles au capital ».
La critique du PS par des syndicalistes est montée d’un cran, après les mesures antisociales, prises par ce gouvernement, mené par un premier ministre socialiste. Le PS peut-il encore être le relais politique des aspirations et revendications du monde du travail ?

Action CGSP Verviers décembre 201
Daniel Richard : D’abord, c’est le rôle du syndicat, et même sa raison d’être, non seulement de défendre les travailleurs sur le terrain des entreprises, mais aussi d’imposer une autre politique.
Quand on voit le comportement politique des partis sociaux-démocrates et des gouvernements dirigés par ces partis,  en Grèce, en Espagne, au Portugal et également en Belgique, on n’est pas étonné de rencontrer des syndicalistes, membres du PS, qui se désaffilient de ce parti. Et si celui-ci continue à  porter et assumer ce type de politique, alors il faudra s’attendre à d’autres défections.
Si le PS peut-il être encore un relais politique pour le monde du travail ? Cela dépend de quoi on parle. Sur l’index, il est actuellement le relais de la revendication syndicale. Sur les mesures concernant les chômeurs, là, comme je l’ai dit, il s’est inscrit, avec le gouvernement Di Rupo, dans une attaque d’envergure des chômeurs. On peut continuer : Di Rupo et le PS assument le pacte « Euro Plus », avec ses directives de régression sociale pour les gouvernements de l’UE.
Ceci dit, je pense qu’il est nécessaire d’avoir, à la gauche du PS et d’Ecolo, une force politique plus importante, mieux structurée, plus crédible et unitaire que ce qui existe à l’heure actuelle. Et j’encourage un front de gauche, partageant et portant, sur le terrain politique, le programme de revendication de la FGTB wallonne par exemple.
Je peux comprendre que des secteurs du mouvement syndical, comme vient de le faire Daniel Piron, secrétaire régional de la FGTB de Charleroi-Sud Hainaut, appellent, dès aujourd’hui, à la création d’un nouveau parti qui puisse porter les revendications et besoins du monde du travail. Mais je me pose la question de l’impact électoral que pourrait avoir, aujourd’hui, une telle formation, comme d’ailleurs le parti que vient de créer Bernard Wesphael,  dans le contexte francophone en particulier, où le PS et Ecolo sont des formations politiques, avec des scores électoraux encore impressionnants, malgré les politiques qu’elles mènent.
Cela m’amène à avoir des doutes, non pas sur la nécessité  et l’utilité d’une gauche de gauche. C’est un ferment nécessaire pour nourrir et crédibiliser une alternative, y compris pour faire pression sur le PS.  Mais, sur l’impact électoral qu’elle peut avoir à l’heure actuelle, là je suis sceptique. L’expérience électorale de Gauches Unies, dans les années 1990, a certainement été pour beaucoup dans la disparition de GU.

Comment vois-tu la place et le rôle des formations de la gauche radicale (PTB, LCR, PSL, PC…) dans cette perspective de construction de l’alternative politique ?     
Daniel Richard : Comme syndicaliste, je l’ai dit, je souhaite que se construise, à la gauche du PS et Ecolo, une force politique plus importante, avec des organisations qui, tout en respectant l’identité de chacune, sache s’unifier sur des objectifs  communs. Et qu’elle puisse attirer, dans l’action,  sur les enjeux actuels, dans l’affrontement Capital-travail, des membres d’autres partis et des mouvements sociaux. Qu’elle puisse ainsi également secouer le PS.
Je constate que le PTB a l’ambition de se poser en axe central de ce rassemblement. C’est une démarche problématique qui peut empêcher  la constitution d’une force unitaire. J’ai lu les récentes déclarations de son porte-parole, avec une tonalité nouvelle, mettant l’accent sur la nécessité d’une convergence des gauches politiques. Cette ouverture ne m’apparait pas toujours traduite dans les faits par l’organisation qu’il représente. Rassembler implique généralement des renoncements…

Propos recueillis par Denis Horman, avril 2012 

18/03/2012

LA CRISE ET L’AUSTERITE VIENNENT DE LOIN. LES DIFFICULTES DU MOUVEMENT SYNDICAL AUSSI ! UNE ISSUE RESTE A TROUVER !

Une contribution d'Alain Van Praet
 
Il aura fallu 541 jours pour que le « gouvernement papillon « se libère de sa chrysalide, mais deux maigrelettes semaines pour qu’il concrétise son catalogue de mesures de régression sociale, au nom du nécessaire redressement des finances publiques, mises en péril par une crise de la dette alimentée par la gabegie du monde de la finance. Pour autant, nous ne sommes pas face à un revirement brutal dans les politiques menées par nos gouvernants, mais face à une nouvelle étape de la longue offensive menée par le capital, et le personnel  politique à son service, contre les conquêtes sociales du mouvement ouvrier. Pour mémoire, le profond état dépressif dans lequel est plongé le capitalisme ne date pas de 2007-2008, mais remonte à plus de trois décennies (retournement de la « phase (relativement) expansive » de l’après seconde guerre mondiale vers 1974-1975).
Depuis lors, le chômage de masse s’est incrusté dans nos sociétés et les politiques d’austérité sont devenues un must pour les différentes coalitions gouvernementales qui se sont succédées, avec des points communs : la fascination devant  l’idéologie néolibérale et une addiction à ses amères potions antisociales.
Les plus anciens se souviennent, par exemple, du gouvernement Martens-Gol, qui de 1981 à 1986, a lancé des trains de mesures « austéritaires » de très grande ampleur. « Austéritaire »,  car mélange décomplexé d’austérité et d’autoritarisme : avec le recours aux pouvoirs spéciaux pour imposer des mesures fortes comme la suppression de 4 indexations !
Naturellement, cette agression n’est pas restée sans résistance  de la part du mouvement syndical, qui a mené de nombreuses luttes. Mais celles-ci ne furent pas à la hauteur des coups de force gouvernementaux et se soldèrent finalement par un échec (l’impossibilité d’empêcher la mise en œuvre des mesures gouvernementales).
Dehaene et Martens
Beaucoup d’éléments jouèrent en défaveur des organisations syndicales. Le PS, alors dans l’opposition, restait au balcon. La direction de la CSC se montrait complaisante vis-à-vis d’une équipe dirigée par un homme fort du CVP, et Jef Houthuys se précipitait à Poupehan, rejoindre ses amis Martens, Dehaene et Fons Verplaetse, avec pour but de définir la marche à suivre pour neutraliser l’opposition de la rue ! De son côté, la FGTB organisait des mouvements de grève en ordre dispersé, sous la conduite d’une direction désorientée par le mépris affiché par les hommes forts du gouvernement envers les vieilles traditions de la concertation sociale. Et lorsque la dévaluation du franc belge fut décrétée, Georges Debunne ne trouva rien d’autre à dire qu’il fallait la « réussir » !
Puis vint un semblant d’éclaircie marqué par le « retour du cœur » et des amis de Guy Spitaels au gouvernement. De courte durée, car la réalité de la « rigueur » a vite repris le dessus. Impossible ici d’énumérer les multiples décisions négatives prises tout au long de ces années de plomb, mais on mentionnera quand même le « plan global », et plus près de nous le « pacte des générations ». Bien sûr, ces épisodes ont également été marqués par des luttes syndicales, de grandes manifestations et même des grèves générales, en front commun cette fois-ci. Hélas, souvent ces combats sont restés sans lendemains car très rapidement les directions sont retombées dans leur obsession de la concertation.
C’est aussi pendant toute cette période que des mesures lourdes de conséquence ont été ratifiées avec l’aval du PS : la loi sur les salaires de 1996 (le fameux carcan salarial), le traficotage de l’indexation (index santé et lissé), des privatisations sur fond de politique européenne de libéralisation et de déréglementation à tous vents, mais aussi de nombreuses attaques contre le mouvement syndical et le droit de grève notamment (de fréquents recours aux tribunaux, qui ont régulièrement imposé des astreintes pour forcer la levée des piquets).

Et nous voilà donc confrontés  à un bilan paradoxal :
·      Les syndicats défendent le secteur public et le service au public. Mais le processus de privatisation a entamé sa longue marche, et aucun grain de sable syndical n’a pu l’enrayer. Dans les moments décisifs, c’est même une coupable inertie qui a caractérisé l’attitude du mouvement syndical : pas une seule journée d’action, pas une seule journée de grève, rien que des déclarations ou des communiqués de presse insipides, sans réelle portée pratique !
·      Les syndicats défendent l’emploi. Mais ils ont donné leur aval à des réductions massives d’effectifs et négocié, sans grande réticence, des volets sociaux lors de chaque restructuration d’entreprises réputées « en difficulté ». Dans le même temps, la revendication centrale de la réduction généralisée du temps de travail a été reléguée, avec bien d’autres éléments programmatiques, dans les tiroirs poussiéreux des appareils.
·      Les syndicats défendent les conditions de travail. Mais celles-ci ne cessent de se dégrader (développement de la flexibilité, productivité exigée toujours plus élevée), entraînant un mal-être massif, la multiplication de maladies et d’accidents du travail.
·      Les syndicats défendent les salaires et le pouvoir d’achat. Mais ils on été incapables de préserver l’intégrité du système d’indexation et se plient à la contrainte de la « norme salariale » à l’occasion des négociations d’AIP !
·      Les syndicats défendent le bien-être de chacun et de chacune. Mais les travailleurs subissent des restructurations permanentes, des fermetures ou des délocalisations, avec pour corollaire le démantèlement des collectifs de travail, le recul des solidarités, le développement d’une société d’individus « atomisés ».
Tous ces revers découlent d’une impasse stratégique du mouvement syndical, d’une perte de repères idéologiques, de sa politique de cogestion et de copinage avec des «  amis politiques », des libertés prises avec la démocratie interne, de l’entretien habile d’une culture de la résignation, d’une absence d’alternative crédible.
Et nous nous retrouvons ainsi,  en ce début 2012, en mauvaise posture, dans une situation difficile et complexe.
Il est clair qu’un changement radical de cap s’impose, mais cela fait plus de  30 ans que cette problématique est posée, cela fait plus de 30 ans que des militants syndicalistes de gauche essaient de « bouger les lignes », et cela fait plus 30 ans que ce virage indispensable n’a pas été négocié.
Comment passer d’une position défensive à une position offensive ? Comment se débarrasser des politiques d’accompagnement de la crise du capitalisme et des attitudes conniventes avec ses thuriféraires, au profit d’une orientation contestataire? Comment sortir du piège de la concertation ininterrompue pour créer de nouveaux rapports de force favorables au mouvement syndical ? Comment abandonner un programme fragile de demi-mesures reposant sur des illusions (dans les vertus sociales et démocratiques de l’UE, par exemple) pour s’orienter vers de véritables solutions de rechange, en rupture avec un mode de production et de consommation qui nous conduit dans une dangereuse impasse ? Comment transformer des organisations devenues des machines à rendre des services et à payer des allocations de chômage en véritables organisations combatives ? Et comment un mouvement qui présente autant de lacunes pourrait-il jouer un rôle dans l’émergence d’une véritable alternative politique, à même de déboucher sur une transformation en profondeur de la société ?
On le voit, il y a vraiment matière à débattre.

Ce blog est dédié à ce type de discussion : je ne peux que vous inviter à vous précipiter sur vos claviers pour alimenter le débat. http://debat-syndicats.blogspot.com

13/02/2012

Négocier, négocier quoi ?


Dès le budget 2012 déposé, les syndicats ont déclaré qu’il était « déséquilibré » et « inéquitable ». On pourrait déjà dire beaucoup de choses de ces termes qui laissaient entendre que le front commun syndical s’imaginait que quelques corrections pourraient rendre les mesures plus acceptables. Il demandait une concertation en ce sens. A la mi-décembre le gouvernement leur répondit sans équivoque : il court-circuita le semblant de concertation en passant en force au parlement - et sans concertation - plusieurs mesures antisociales dans le domaine du chômage, du crédit-temps, de la prépension et de la pension. Les services publics lancèrent (en quelques jours) une grève le 22 décembre qui fut un succès. Un préavis de grève générale pour /ou au plus tard le 30 janvier était déposé, autre formule syndicale ambigüe. Tout autant que le « cahier de revendications » qui l’accompagnait et la prudence de sioux des directions syndicales qui avançaient sur la pointe des pieds dans la préparation de cette grève générale qui fut pourtant un succès.
Une fois ce cap franchi, le gouvernement fit semblant de renouer la négociation tout en affirmant que rien de fondamental ne serait changé aux textes votés. Finalement la principale « concession » du gouvernement fut d’accepter que ses textes comportaient de nombreuses erreurs et anomalies techniques qui les rendaient difficilement applicables immédiatement en l’état.
Des mesures condamnées par les syndicats depuis le début, ils ne sont parvenus qu’à retirer quelques virgules : des groupes de travail avec les cabinets, quelques « ouvertures pas encore concrétisées » (dixit une note syndicale !), la correction de mesures qui constituent une rupture de contrat vis-à-vis des personnes qui sont actuellement dans les différents systèmes modifiés (prépensions, allocations d’attente, crédit-temps, …).
Rien de fondamental avait dit le premier ministre, il en est ainsi.
Freddy Mathieu

26/01/2012

Le syndicalisme et les défis auxquels il est aujourd’hui confronté.

Le syndicalisme et les défis auxquels il est aujourd’hui confronté.

Une réaction d’Alain Van Praet
 

Le texte de la LCR est un texte important parce qu’il constitue une invitation à un débat stratégique sur le syndicalisme et les défis auxquels il est aujourd’hui confronté.

Il ne s’agit pas d’une discussion académique, car derrière les arguments que les uns et les autres pourront échanger sur ce blog, se cache une réalité, celle d’un mouvement syndical en difficulté et sur la défensive, désorienté par l’abandon de ses appuis politiques traditionnels, qui a perdu beaucoup de ses repères idéologiques et qui se retrouve orphelin d’une perspective « alternative » claire.

Confrontés à une offensive de grande ampleur orchestrée par les possédants et un personnel politique à leur service, les syndicats jouent leur avenir en tant qu’ « organisations crées par les salariés pour défendre leurs intérêts collectifs », des organisations suffisamment représentatives et fortes pour encore peser sur le cours de la lutte des classes. De nouveaux revers de grande ampleur dans les prochains mois pourraient sans conteste conduire à leur marginalisation, et affaiblir ainsi toutes celles et tous ceux qui subissent de plein fouet la crise du capitalisme.
Naturellement, tout ceci nécessiterait de longs développements, et la mobilisation pour la grève générale de ce lundi ne nous en donne pas le loisir. Je me contenterai d’énumérer, en style télégraphique, quelques pistes.

Comment redynamiser le syndicalisme, lui redonner des perspectives mobilisatrices, recréer un rapport de forces indispensable pour de nouveaux succès ?

  1. Se réapproprier (se remémorer + actualiser) les meilleures traditions du mouvement ouvrier en termes programmatiques et de combativité.
  2. Bousculer la « culture syndicale » aujourd’hui hégémonique. Renoncer à la « culture du renoncement », se débarrasser de la « culture de la résignation » face aux politiques rétro-libérales. Renouer avec une « culture de la contestation » (luttes) et de « l’affirmation » ( de ses valeurs et de ses revendications programmatiques, pour « changer le monde et changer la vie ») ;
  3. Abandonner le profil bas et le fatalisme actuels adoptés par les dirigeants syndicaux, au nom d’un réalisme bien irréaliste, un « réalisme qui gifle à la volée les réalistes » (pour reprendre le jolie formule du philosophe Daniel Bensaid), comme le démontrent les échecs et les reculs subis depuis 30 ans !
  4. Construire de meilleurs rapports de forces, ce qui passe par la mobilisation et la confrontation, dans l’unité la plus large des travailleurs. Il ne s’agit pas de « négocier chaque fois que c’est possible et de lutter quand c’est nécessaire », il s’agit de lutter chaque fois que c’est indispensable et de négocier une fois les conditions réunies pour imposer nos solutions de rechange !
  5. Modifier le mode de fonctionnement interne des syndicats. Pour un syndicalisme démocratique par « en –bas », favorisant un réel contrôle des organisations syndicales par leur membres, condition indispensable pour leur redonner confiance dans l’action collective, et pour restaurer ainsi la crédibilité et de l’efficacité syndicales.
  6. Préserver l’indépendance des organisations syndicales, par rapport aux différents pouvoirs, économique et politique.
  7. Renforcer le caractère internationaliste du mouvement syndical. La construction (libérale) de l’UE, la globalisation du mode de production et de consommation capitaliste, le caractère transnational de la « domination des dominants » mondialisent les enjeux et les combats. Les solidarités et les batailles communes par delà les frontières sont incontournables.
  8. Défendre un programme fort : la réduction généralisée du temps de travail pour relancer l’emploi (travailler moins, travailler tous) et ainsi garantir un job de qualité à chacune et à chacun ; un redéploiement des politiques fiscales pour éradiquer les inégalités ; aller chercher l’argent là où il se trouve pour aller là où il doit aller (refinancement des services publics, emploi, Sécurité sociale, …) ; remise en cause de la propriété capitaliste, notamment socialisation du secteur bancaire grand responsable de la situation actuelle ; dénonciation et annulation des dettes illégitimes ; etc.
  9. Résoudre la question du « relais politique » sans renoncer à l’autonomie du mouvement syndical.
Je reviendrai plus tard, de manière plus argumentée, sur ces considérations rapides.
 

Alain Van Praet