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07/06/2013

2ème lettre ouverte aux syndicalistes




Pour une résistance sociale sans concessions à l'austérité 
Pour une alternative politique au social-libéralisme

Camarades,
Le monde du travail est soumis à rude épreuve et c'est de mal en pis. La crise s'ins­talle durablem­ent en Eu­rope et pèse sur les rapports de forces entre le patronat et le monde du travail.Thatcher a passé l'arme à gauche et les théories néolibérales perdent du terrain. Mais elles pren­nent de plus en plus la forme d'un dogme au service des 1% les plus riches de la société. Le capitalisme néo­libéral est toujours debout, car les travailleurs sont contraints de lutter entreprise par en­treprise, secteur par secteur, pays par pays. Cela crée un sentiment d'impuis­san­ce. Alors que nous aurions besoin d'un contre-projet social pour convaincre de larges couches de la population : une société avec une égalité sociale et des droits démocratiques pour tous et pour toutes, avec la sau­vegarde de la nature.

Le « moindre mal »  ne fait pas notre affaire
La gauche social-libérale (le PS et le sp.a) quand ils ne reprennent pas entièrement la propagande média­tique des « experts » sur « la crise, la dette, la compétitivité et le vieillissement », nous resservent la même ren­gaine: « C'est la faute à l'Union européenne, à la N-VA, aux libéraux ! ». Pour ajouter: « Sans nous, ce se­rait pire ! ».
Vraiment ? En Grèce, en Espagne et au Portugal ce sont les partis-frères du PS et du sp.a qui ont amorcé le tournant vers le tsunami de l'austérité. Ils ont tout simplement fait le boulot de la droite. En France, le PS est seul au pouvoir. Mis à part le droit au mariage pour tous, rien ne distingue la politique du PS français de celle de Sarkozy : guerre au Mali, CRS contre grévistes chez PSA, police dans les banlieues. Au niveau européen, rien ne différencie la politique du PS de celle de la droite. Tous votent de la même manière les mêmes traités d'austérité. Rappelons-nous la fin des années 1990, quand les partis socialistes étaient majoritaires dans 13 gouvernements sur 15 en Europe : ça n'a en rien freiné la frénésie libérale de l'Union européenne créée par et pour la bourgeoisie. Paul Magnette et Bruno Tobback ne trompent quasiment personne avec leur énième ra­valement de façade du PS et du sp.a. Qu'ils arrêtent de nous ressortir ces vieux tours de passe-passe !  Cela ne prend plus !
En Europe, les patrons ont décidé de profiter de la crise ca­pitaliste pour nous ramener loin en arrière sur le plan social : privatisations des services publics, dérégulation des lois sociales, blocage des salaires,  attaques sur les soins de santé, sur les pensions, sur les allocations de chômage, etc. Une stratégie qui a d'abord été testée  sur la population de l'Europe du Sud et de l'Est, destinée à devenir pour le Nord de l'Europe (sur­tout pour l'Allemagne) ce qu'est le Mexique pour les USA. Une fois que la population de l'Europe du Sud et de l'Est de l'Europe sera entièrement plongée dans la misère, celle des autres pays (comme la Belgique) sera vouée à subir le même sort, probablement avec un rythme un peu plus lent.
Résistance sociale
Il faut résister à ce rouleau compresseur qui broie les conquêtes sociales arrachées par nos anciens Le monde du travail et le mouvement syndical sont dans le collimateur. Dans le camp d'en face, on ne « chôme » pas. pour préparer des nouvelles contre-réformes. Chez nous, le gouvernement Di Rupo et les gouvernements ré­gionaux (auxquels participent les verts à Bruxelles et en Wallonie) multiplient les mauvais coups: 23 mil­liards de coupes budgé­taires, baisse des salaires réels de 0,4 % et gel des salaires pour au moins 6 ans, 5.000 pertes d’emplois dans la fonction publique, coupes sombres à la Poste et à la SNCB, démantèle­ment des pré­pensions et abaissement du montant réel des pen­sions, limitation dans le temps des allocations de chômage par leur abaissement radical sous le seuil de pauvreté, gel des dépenses de soins de santé, hausse des tarifs dans les transports publics et suppression de lignes, restrictions budgétaires dans les com­munes et les CPAS... On ne compte plus les fermetures dans l'industrie (ArcelorMittal, Ford-Genk, Duferco) et les pertes massives d'emplois (Caterpillar). Dans le secteur tertiaire, les employés des banques et du commerce ne sont pas épargnés.  Et ce n'est qu'un début, si on ne les arrête pas.
D'autre part, des partis comme l'Open VLD et la N-VA se déchaînent dans la presse et à la télé pour re­mettre en question le paiement des allocations de chômage par les syndicats, Si une telle menace était mise en appli­cation elle affaiblirait considérable­ment les syndicats qui perdraient sans doute des dizaines de mil­liers d'affi­liés qui seront victimes de la réforme des nouvelles règles d'indemnisation des chômeurs contre lesquelles les syndicats, dans leur ensemble, ne se sont pas suffisamment battus. Mais il y a aussi eu les at­taques du sp.a contre le droit de  grève dans les transports publics, celles de la N-VA contre le mouvement ouvrier chrétien flamand (ACW) et les insultes de Di Rupo contre des syndi­calistes CGSP : "Vous conduisez les citoyens vers l'abîme".
Partout en Europe, les conventions collectives de secteur et les contrats à durée indéterminée sont remises en cause: en Grèce, en Italie, mais aussi en France, en Belgique avec l'acceptation par les syndicats d''avoir recours au travail intérimaire pour rempla­cer la période d'essai légale d'un contrat de travail, Les budgets des États membres de l'Union européenne sont maintenant soumis à la Commission avant d’être discutés par les parlements nationaux.
La classe dominante voudrait que les syndicats se réduisent à des organismes de services individuels aux af­filiés et se limitent à organiser de temps en temps une journée d'action sans lendemain pour fatiguer les mi­litants les plus combatifs, faire baisser la tension sociale et finir par négocier un mauvais compromis qui ava­lise de nouveaux reculs sociaux.  La norme salariale imposée par le gouvernement risque d'être assortie de sanctions contre les employeurs qui signeraient des conventions de secteur et d'entreprise plus favorables aux travailleurs. Pourquoi le gouvernement et les patrons se gêneraient-ils quand ils ont en face d'eux des direc­tions syndicales effrayées par la perspective d'engager une lutte acharnée ?
Pour un syndicalisme combatif et démocratique
Toutes ces attaques patronales ne seraient pas possible si les organisations syndicales avaient un vrai plan de bataille. L'incurie bureaucratique de certaines directions syndicales, voire la complicité de certains diri­geants (FGTB ou CSC) qui démobilisent les militants par des promenades syndicales entre la gare du Nord et celle du Midi sans revendications concrètes, sans plan de bataille et sans lendemain conduit à la démobili­sation, à la résignation et à la défaite. Les directions syndicales viennent d'accepter la hausse des heures sup­plémentaires et de nouvelles baisses de cotisations patronales à la sécurité sociale pour un montant de 270 millions. Alors que les dividendes des entreprises du BEL20 sont en hausse de 10% en 2012 et atteignent près de 7 milliards!
Pour Anne Demelenne et Rudy De Leeuw (FGTB-ABVV), pour Claude Rolin et Marc Leemans (CSC-ACV), le rôle des syndicats dans la période actuelle consiste à accompagner les contre-réformes néolibérales, de sauver quelques miettes et de présenter ces reculs, inconcevables encore il y a 10 ans, comme des vic­toires ! Et avec en primes les félicitations adressées au PS ! Pis encore, le président de l'aile flamande des mé­tallos FGTB (ABVV-Metaal) assume pu­bliquement qu'il ne sert à rien de mobiliser parce qu'il ne veut pas faire tomber le gouvernement et il prône le sabotage des actions décidées par l'ensemble de la FGTB ! Au sein de la FGTB il est de plus en plus question de divisions :entre centrales (entre les centrales ouvrières et le SETCa, entre centrales du privé et la CGSP) et de discours à relents communautaires. Alors que la solidarité interprofessionnelle, entre travailleurs flamands, bruxellois et wallons est plus indispensable que jamais !
Hélas ce n'est pas tout : le « plan d'action » de la FGTB avec des actions locales et des manifestations sans perspectives est encore bien trop faible ne serait-ce que pour bloquer les mesures d'austérité et risque ainsi de provoquer la démoralisation. Et du côté de la CSC c'est encore pis dans l'ensemble.
Les beaux discours dans la presse syn­dicale n'y changeront rien. La bourgeoisie utilise le PS, le sp.a et dans leur sillage les directions syndicales comme amortisseurs de la souffrance et de la colère des travailleurs. C'est un beau jeu de dupes. Faire semblant de lutter pour ne pas mettre en danger le gouvernement, ça suffit ! Cette politique favorise le sauve-qui peut, le replis égoïste sur soi qui menace le syndicalisme d'une débâcle funeste. Nous avons un besoin urgent d'un vrai plan d'action dé­battu et élaboré de la base au sommet. Sans quoi , la lutte des classes, au vu de la violence des 1%  qui nous dominent ressemblera à  une corrida, avec le capital dans le rôle du matador.
Une alternative politique pour le monde du travail
Pour vaincre il est essentiel de se dresser sur deux jambes: la lutte sociale et l'alternative politique. En Grèce, une ving­taine de journées de grèves interprofessionnelles, des manifestations massives de rue, des occupations d'entreprises n'ont pas suffi, notamment parce qu'il n'y a pas eu d'articulation entre le mouve­ment social et une alternative politique anticapitaliste. Le défit est de regrouper, autour d'une alterna­tive politique de classe contre le capitalisme, les forces de toutes celles et ceux qui luttent au quotidien contre ce système. Forger un outil politique augmentant la force de frappe des re­vendications sociales, et amenant aux luttes une perspective politique permettant de reprendre confiance. Alors que le paysage politique est du­rablement déstabilisé par l'austérité dans de nombreux pays d'Europe, aucune force politique en Belgique, pas même le PTB, ne peut actuellement répondre à de telles exigences.
En Flandre des voix s'élèvent dans le Mouvement Ouvrier Chrétien (ACW) pour rompre avec le CD&V mouillé jusqu'au cou dans la crise bancaire et l'austérité néolibérale, Du côté francophone, l'appel du 1er Mai 2012 de la FGTB de Charle­roi pour une nouvelle force politique anticapitaliste à gauche du PS et d’Écolo, a projeté la question sur la place publique et on en discute dans des assem­blées de travailleurs et de délégués. A la Centrale Nationale des Employés (CSC) aussi on en discute . Un comité de soutien unitaire de la gauche, avec notamment le PTB, la LCR, le PC, le PSL, le Mouvement de Gauche et d'autre a vu le jour dé­but 2013. Le projet est de soutenir l'émer­gence d'une telle force tout en préser­vant l'indépendance syndicale. Un meeting historique convoqué en front commun FGTB-CNE s'est tenu à Charleroi le 27 avril, avec le sou­tien de toutes les organisations de gauche.
Un débat démocratique sur la stratégie syndicale
Dans la mesure où les dirigeants syndicaux actuels nous conduisent à l'impasse, il faut un large débat dé­mocratique au sein de la FGTB et de la CSC Un débat qui débouche sur des congrès extraordinaires d'orien­tation permettant d'organiser valablement la résistance sociale.
Il est impératif que les organisations syndicales changent de cours de toute urgence afin de défendre les in­térêts de tous les travailleurs. Sans résistance sociale acharnée, une alternative politique de gauche n'a aucune chance. Sans alternative politique de gauche, les syndicats resteront prisonniers de la politique du « moindre mal» et du PS. La victime des contre-réformes sociales sera incontestablement toute la population labo­rieuse : hommes et femmes avec ou sans emploi, jeunes, chômeurs, pensionnés, malades , etc.
Les travailleurs en lutte pour leur emploi, les militants syndicaux combatifs et les mouvements sociaux mi­litants en dehors des syndicats, ont tout intérêt à se coordonner et à mettre sur pied une stratégie pour gagner, sans attendre les directives "d'en haut" qui ne viendront sans doute pas. Dans nos centrales syndicales  défen­dons une orientation interprofessionnelle de combat. La bataille sur le terrain social et politique est étroite­ment liée, le renforcement de la résistance sociale est un élément important pour la création d'un bloc de mouvements sociaux et politiques de gauche capable de faire capoter les mesures d'austérité,
Il n'existe pour le moment en Belgique pas de formule de coalition gouvernementale en mesure de dé­fendre les intérêts de la population laborieuse  et capable d'organiser la résistance. Si nous ne mettons pas, par la lutte, les questions sociales à l'ordre du jour, si nous sommes vaincus sans résistance, si nous ne réus­sissons pas à court terme de construire une alternative politique et sociale, on est foutu. Et cela  ouvrira la voie à la N-VA et au MR pour un nouveau train de mesures anti-sociales encore plus dures que ce que nous subissons aujourd'hui. Il en va du maintien d'une série de réalisations historiques du mouvement ouvrier dans ce pays: la sécurité sociale, l'index, la place des syndicats, les conventions collectives. Tout cela risque d'être remis en cause par les ultras du patronat dont la N-VA ne représente que la partie visible de l'iceberg. Prenons notre avenir en mains ! Dressons-nous et luttons debout sur nos deux jambes : la résistance sociale et une al­ternative  politique anticapitaliste. Oser lutter, oser pour gagner!


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30/04/2013

Se taire ou se résigner, jamais !

  • Le lundi 29 avril plus de 10.000 manifestants ont défilé dans les rues de Charleroi. Une manifestation en Front Commun Syndical pour exiger la fin du massacre de l'emploi dans la région. (voir compte-rendu ici) Nous publions ici le discours très combatif de Carlo Briscolini, Président de la régionale FGTB. 

Citoyenne, Camarade,

Aujourd’hui nous sommes plus de 12.000 manifestants dans les rues de Charleroi. Pour notre emploi, l’avenir de nos enfants et de notre région. « Charleroi se bat pour l’emploi » « Charleroi vivra ».

De cette tribune, nous tenons à remercier toutes les délégations qui sont venues nous rejoindre. De Wallonie, de Bruxelles ou de Flandre, nous saluons votre présence et votre démarche de solidarité. Wij wensen, vanop deze tribune, alle delegaties te bedanken die ons vandaag zijn komen vervoegen. Vanuit Wallonië, Brussel of vanuit Vlaanderen, bedankt voor jullie aanwezigheid en voor deze uiting van solidariteit. Merci aussi à l’Union des commerçants et artisans de Charleroi. Vous avez décidé de participer solidairement à cette marche pour l’emploi en ouvrant plus tard vos enseignes et en apposant plus de 600 de nos affiches. C’est un geste fort que nous apprécions.

22/02/2013

21 février: un succès et puis après?

Nous étions 40 000, de Flandre, de Wallonie et de Bruxelles. Cette fois, on ne peut pas parler d’une mobilisation à plusieurs vitesses: la FGTB et la CSC avaient bien mobilisé et les trains de Bruges et de Hasselt étaient aussi pleins que ceux de Charleroi ou de Liège. Tôt dans la matinée, différentes centrales syndicales avaient fait le tour des fédérations patronales de leur secteur, mené des actions à la Bourse, etc. Ce fut ensuite la manifestation, massive, avec tout de même un petit détour par rapport au parcours habituel. Dans beaucoup de villes, les transports en commun ont en outre fait grève. A Gand, plusieurs crèches de la ville étaient fermées également. Les ouvriers et les employés de Ford étaient massivement présents, de même que ceux d’Arcelor-Mittal et les sous-traitants. Ensemble, ils ont pris la tête de la manifestation, et à juste titre.

La question clé est évidemment: que faire maintenant? Quelques heures à peine après la manifestation, le kerncabinet annonçait qu’il n’était en tout cas pas question d’assouplir si peu que ce soit la norme salariale, alors qu’une sérieuse adaptation de celle-ci, voire une suppression était une des revendications principales de la plupart des manifestants. I lest permi de douter que le gouvernement ait l’intention de faire la moindre concession aux autres revendications du front commun  syndical.

Non, c’est clair: si nous voulons imposer nos revendications, mettre le cap sur une autre politique, une politique sociale, nous ne poiuvons compter que sur notre propre action, massive et persévérante.

Renforcer la résistance sociale

Nous avons besoin d’un plan d’action clair, autour de revendications qui ne se limitent pas à arrondir les angles les plus teranchants de la régression sociale. Nous avons besoin de grèves régionales tournantes par province, avec manifestations régionales, en préparation d’une grève nationale si nécessaire. Osons lutter, osons lutter pour gagner!

Contruire la résistance politique

A l’heure qu’il est, le mouvement syndical n’a tout simplement plus aucun ami dans le gouvernement. Qui fera croire que Johan Vande Lanotte va protéger l’index? Que Monica De Coninck va défendre les intérêts des chômeuses et des chômeurs? Que Bogaert va se ranger soudainement aux côtés des fonctionnaires fédéraux? Qui croit encore que Di Rupo et Onkelinkx représentent un “moindre mal”? N’est-il pas évident qu’ils préparent un mal plus grande encore? La FGTB et la CSC doivent rapidement et clairement rompre avec ces faus “amis” qui les bombardent et les agressent sans répit.

Le mouvement ouvrier, dans toutes ses composantes, doit oser poser lui-même ses propres revendications et les défendre. Les syndicalistes doivent même aller plus loin: favoriser la formation d’une alternative politique radicale, démocratique, sociale et pluraliste, comme la FGTB de Charleroi et la CNE l’ont proposé. Et toutes les organisations anticapitalistes devraient prendre leurs responsabilités pour que cette alternative se concrétise, dans l’intérêt de tous les travailleurs, avec ou sans emploi, hommes ou femmes, Belges ou d’origine étrangère. En tant que plus grand parti de la gauche radicale, le PTB pourrait jouer ici un rôle positif, s’il le voulait. Un an après l’appel du Premier Mai de la FGTB de Charleroi-Sud Hainaut, il est temps de se mettre au travail, tous ensemble.

Mener le débat stratégique

Il n’est malheureusement que trop évident que cette conception reste aujourd’hui très minoritaire dans le mouvement syndical. Une grande partie des directions syndicales reste attachée à la concertation sociale, bien que celle-ci ne signifie plus rien d’autre qu’une succession de concessions faites au patronat et à son gouvernement. Certains dirigeants syndicaux veulent transformer le syndicat en organisation de service et voient l’action de masse solidaire comme une reliquat du passé. Certains autres veulent bien mobiliser, mais avec un pied sur le frein, histoire de ne pas gêner les “amis politiques” au gouvernement. Des divergences qui ne sont pas discutées à fond, des problèmes qui ne sont pas résolus: dans les syndicats comme ailleurs cela débouche sur la frustration et la démoralisation, dans l’appareil mais aussi et surtout à la base, qui subit quotidiennement les conséquences de la crise et des mesures d’austérité. Tout cela risque de diminuer dramatiquement la capacité de résistance. Pour sortir de cette voie sans issue, un vrai débat démocratique est nécessaire au sein du mouvement syndical, dans le but d’élaborer une stratégie adaptée aux énormes défis, d’organiser la résistance et de remporter des victoires.

C’est pourquoi nous plaidons pour que les prochains congrès de la FGTB et de la CSC soient transformés en congrès stratégiques, avec une large participation de la base. Cette perspective devrait être défendue par la gauche dans les syndicats, par tous les syndicalistes conscients qu’il est moins cinq si nous ne voulons pas évoluer vers des situations à la portugaise ou à l’espagnole.

Ensemble dans la résistance sociale, ensemble pour une alternative politique!

Par Thomas Weyts


Photos  : Sébastien Brulez, Isabelle Marchal, Thierry Tillier 

20/02/2013

LES PROMENADES NORD-MIDI, ÇA SUFFIT !

Lutter contre le patronat et l'austérité gouvernementale ?
Oui, mais…
LES PROMENADES NORD-MIDI, ÇA SUFFIT !
Il faut un plan d’action, tous ensemble !
Grèves tournantes par province, avec la perspective d’une grève nationale
Jusqu’à satisfaction des revendications !
UN PROGRAMME SOCIAL D’URGENCE POUR CASSER LA CRISE
1. Retrait du blocage salarial, de la manipulation de l’index, des mesures contre les chômeurs
2. Non à l’annualisation du temps de travail et à la hausse des heures sup’
3. Stop à la précarité : un CDI pour toutes et tous
4. Statuts ouvriers/employés : harmonisation par le haut
5. Stop aux intérêts notionnels. Impôt sur la fortune
6. Stop aux baisses de cotisations patronales à la Sécurité sociale. Individualisation du droit aux allocations
7. Ford, Mittal : Unité ! Expropriation sans indemnités !
8. Audit de la dette et annulation de la dette illégitime. Nationalisation des banques sans rachat
9. Refinancement du secteur public et du non-marchand.
10. 32H sans perte de salaire. Plan public de transition écologique
POUR UNE AUTRE EUROPE ET UNE ALTERNATIVE ANTICAPITALISTE :
OUI A UN NOUVEAU PARTI DU MONDE DU TRAVAIL

télécharger le tract en PDF ici

18/03/2012

LA CRISE ET L’AUSTERITE VIENNENT DE LOIN. LES DIFFICULTES DU MOUVEMENT SYNDICAL AUSSI ! UNE ISSUE RESTE A TROUVER !

Une contribution d'Alain Van Praet
 
Il aura fallu 541 jours pour que le « gouvernement papillon « se libère de sa chrysalide, mais deux maigrelettes semaines pour qu’il concrétise son catalogue de mesures de régression sociale, au nom du nécessaire redressement des finances publiques, mises en péril par une crise de la dette alimentée par la gabegie du monde de la finance. Pour autant, nous ne sommes pas face à un revirement brutal dans les politiques menées par nos gouvernants, mais face à une nouvelle étape de la longue offensive menée par le capital, et le personnel  politique à son service, contre les conquêtes sociales du mouvement ouvrier. Pour mémoire, le profond état dépressif dans lequel est plongé le capitalisme ne date pas de 2007-2008, mais remonte à plus de trois décennies (retournement de la « phase (relativement) expansive » de l’après seconde guerre mondiale vers 1974-1975).
Depuis lors, le chômage de masse s’est incrusté dans nos sociétés et les politiques d’austérité sont devenues un must pour les différentes coalitions gouvernementales qui se sont succédées, avec des points communs : la fascination devant  l’idéologie néolibérale et une addiction à ses amères potions antisociales.
Les plus anciens se souviennent, par exemple, du gouvernement Martens-Gol, qui de 1981 à 1986, a lancé des trains de mesures « austéritaires » de très grande ampleur. « Austéritaire »,  car mélange décomplexé d’austérité et d’autoritarisme : avec le recours aux pouvoirs spéciaux pour imposer des mesures fortes comme la suppression de 4 indexations !
Naturellement, cette agression n’est pas restée sans résistance  de la part du mouvement syndical, qui a mené de nombreuses luttes. Mais celles-ci ne furent pas à la hauteur des coups de force gouvernementaux et se soldèrent finalement par un échec (l’impossibilité d’empêcher la mise en œuvre des mesures gouvernementales).
Dehaene et Martens
Beaucoup d’éléments jouèrent en défaveur des organisations syndicales. Le PS, alors dans l’opposition, restait au balcon. La direction de la CSC se montrait complaisante vis-à-vis d’une équipe dirigée par un homme fort du CVP, et Jef Houthuys se précipitait à Poupehan, rejoindre ses amis Martens, Dehaene et Fons Verplaetse, avec pour but de définir la marche à suivre pour neutraliser l’opposition de la rue ! De son côté, la FGTB organisait des mouvements de grève en ordre dispersé, sous la conduite d’une direction désorientée par le mépris affiché par les hommes forts du gouvernement envers les vieilles traditions de la concertation sociale. Et lorsque la dévaluation du franc belge fut décrétée, Georges Debunne ne trouva rien d’autre à dire qu’il fallait la « réussir » !
Puis vint un semblant d’éclaircie marqué par le « retour du cœur » et des amis de Guy Spitaels au gouvernement. De courte durée, car la réalité de la « rigueur » a vite repris le dessus. Impossible ici d’énumérer les multiples décisions négatives prises tout au long de ces années de plomb, mais on mentionnera quand même le « plan global », et plus près de nous le « pacte des générations ». Bien sûr, ces épisodes ont également été marqués par des luttes syndicales, de grandes manifestations et même des grèves générales, en front commun cette fois-ci. Hélas, souvent ces combats sont restés sans lendemains car très rapidement les directions sont retombées dans leur obsession de la concertation.
C’est aussi pendant toute cette période que des mesures lourdes de conséquence ont été ratifiées avec l’aval du PS : la loi sur les salaires de 1996 (le fameux carcan salarial), le traficotage de l’indexation (index santé et lissé), des privatisations sur fond de politique européenne de libéralisation et de déréglementation à tous vents, mais aussi de nombreuses attaques contre le mouvement syndical et le droit de grève notamment (de fréquents recours aux tribunaux, qui ont régulièrement imposé des astreintes pour forcer la levée des piquets).

Et nous voilà donc confrontés  à un bilan paradoxal :
·      Les syndicats défendent le secteur public et le service au public. Mais le processus de privatisation a entamé sa longue marche, et aucun grain de sable syndical n’a pu l’enrayer. Dans les moments décisifs, c’est même une coupable inertie qui a caractérisé l’attitude du mouvement syndical : pas une seule journée d’action, pas une seule journée de grève, rien que des déclarations ou des communiqués de presse insipides, sans réelle portée pratique !
·      Les syndicats défendent l’emploi. Mais ils ont donné leur aval à des réductions massives d’effectifs et négocié, sans grande réticence, des volets sociaux lors de chaque restructuration d’entreprises réputées « en difficulté ». Dans le même temps, la revendication centrale de la réduction généralisée du temps de travail a été reléguée, avec bien d’autres éléments programmatiques, dans les tiroirs poussiéreux des appareils.
·      Les syndicats défendent les conditions de travail. Mais celles-ci ne cessent de se dégrader (développement de la flexibilité, productivité exigée toujours plus élevée), entraînant un mal-être massif, la multiplication de maladies et d’accidents du travail.
·      Les syndicats défendent les salaires et le pouvoir d’achat. Mais ils on été incapables de préserver l’intégrité du système d’indexation et se plient à la contrainte de la « norme salariale » à l’occasion des négociations d’AIP !
·      Les syndicats défendent le bien-être de chacun et de chacune. Mais les travailleurs subissent des restructurations permanentes, des fermetures ou des délocalisations, avec pour corollaire le démantèlement des collectifs de travail, le recul des solidarités, le développement d’une société d’individus « atomisés ».
Tous ces revers découlent d’une impasse stratégique du mouvement syndical, d’une perte de repères idéologiques, de sa politique de cogestion et de copinage avec des «  amis politiques », des libertés prises avec la démocratie interne, de l’entretien habile d’une culture de la résignation, d’une absence d’alternative crédible.
Et nous nous retrouvons ainsi,  en ce début 2012, en mauvaise posture, dans une situation difficile et complexe.
Il est clair qu’un changement radical de cap s’impose, mais cela fait plus de  30 ans que cette problématique est posée, cela fait plus de 30 ans que des militants syndicalistes de gauche essaient de « bouger les lignes », et cela fait plus 30 ans que ce virage indispensable n’a pas été négocié.
Comment passer d’une position défensive à une position offensive ? Comment se débarrasser des politiques d’accompagnement de la crise du capitalisme et des attitudes conniventes avec ses thuriféraires, au profit d’une orientation contestataire? Comment sortir du piège de la concertation ininterrompue pour créer de nouveaux rapports de force favorables au mouvement syndical ? Comment abandonner un programme fragile de demi-mesures reposant sur des illusions (dans les vertus sociales et démocratiques de l’UE, par exemple) pour s’orienter vers de véritables solutions de rechange, en rupture avec un mode de production et de consommation qui nous conduit dans une dangereuse impasse ? Comment transformer des organisations devenues des machines à rendre des services et à payer des allocations de chômage en véritables organisations combatives ? Et comment un mouvement qui présente autant de lacunes pourrait-il jouer un rôle dans l’émergence d’une véritable alternative politique, à même de déboucher sur une transformation en profondeur de la société ?
On le voit, il y a vraiment matière à débattre.

Ce blog est dédié à ce type de discussion : je ne peux que vous inviter à vous précipiter sur vos claviers pour alimenter le débat. http://debat-syndicats.blogspot.com

29/01/2012

Carton rouge à la Ministre de l’emploi

« C’est un animal qu’on prend par le collier, pas un être humain ! »
Les idées de la nouvelle ministre de l'Emploi, Monica De Coninck, dévoilées cette semaine dans "La Libre Belgique", irritent les Travailleurs sans emploi (TSE) de la CSC.
Madame la Ministre,
Après avoir lu vos propos dans la Libre Belgique du mardi 24 janvier 2O12, les Travailleurs Sans Emploi de la CSC tiennent à vous délivrer un carton rouge.
Les travailleurs sans emploi sont des êtres humains et pas des condamnés de droit commun à qui on inflige des peines de substitution.
Vos propos sont pour nous une insulte, un manque de respect et une stigmatisation nuisible.
Nous ne comprenons pas comment il est possible de tenir ce genre de propos populistes.
Le crédit‐temps* que vous remettez en question est une mesure qui permettait aux travailleurs de plus de 5O ans de lever le pied tout en gardant l’autre pied dans l’emploi à mi‐temps ou à 4/5. Le crédit-temps permettait aussi à un demandeur d’emploi qui a les deux pieds hors de l’emploi, de le(s) remplacer.
Nous ne pensions pas devoir vous le rappeler si rapidement, mais puisque vous nous y obligez… :
‐ s’il y a des chômeurs, c’est qu’il n’y a pas d’emploi ;
‐ c’est l’emploi qui est indisponible et pas les chômeurs ;
‐ en Wallonie, il y a en moyenne une offre d’emploi du Forem pour trente personnes ;
‐ à Bruxelles, dans certaines communes, la situation du chômage des jeunes et des moins jeunes est encore plus catastrophique;
‐ le dernier rapport annuel de l’Onem indiquait que le nombre de demandeurs d’emploi indemnisé était de 45O.261 en 2000 et 440.72O en 2O10 ;
‐ en 2000, l’Onem a sanctionné 34.284 demandeurs d’emploi et 108.156 demandeurs d’emploi en
2010.
C’est un fait : en Belgique, on ne chasse pas l’emploi, mais bien les chômeurs sanctionnés de ne pas trouver ce qui n’existe pas. Il faudra bien plus de 9OOO « articles 60 » pour faire face au nombre de sanctions qui explosent, aux milliers de jeunes qui seront exclus des allocations d’insertion après 3 ans et aux dizaines de milliers de familles qui vont basculer dans la pauvreté avec la dégressivité accrue des allocations de chômage. Pour survivre, le travail au noir risque d’être la sortie de secours pour ces dizaines de milliers d’exclus.
Selon vos dires, « il y a suffisamment d’emplois pour tout le monde ». Nous vous demandons dès lors de nous transmettre les 44O.OOO offres d’emplois disponibles actuellement.
Nous en avons bien besoin pour y envoyer les demandeurs d’emploi que nous rencontrons au quotidien.
Cela pourrait aussi intéresser les organismes de placement. En effet, dans une évaluation de la 1ere phase de l’accompagnement individualisé, les conseillers du Forem soulevaient comme difficulté majeure le fait d’accompagner des demandeurs d’emploi dans un contexte où les perspectives d’emploi sont beaucoup trop faibles par rapport au nombre de demandeurs d’emploi activés.
Nous ajoutons que c’est sans compter l’absence de considération quant au caractère convenable de l’emploi soi‐disant disponible. Nous avons travaillé avec les demandeurs d’emploi sur la question de l’emploi convenable et nous avons 20 propositions concrètes pour plus d’emplois en quantité et en qualité.
Nos propositions sont basées sur des enquêtes, sur l’écoute respectueuse, sur des échanges avec les travailleurs sans emploi. Elles ne reposent pas sur des préjugés.
Un autre débat qui selon nous doit être objectivé est celui des pénuries. Une réflexion macroéconomique, assortie d’une meilleure prise en considération de la situation de chaque métier, aideront à apporter les bonnes réponses aux vrais problèmes. Par exemple : pourquoi tant d’infirmières quittent le métier après quelques années dans la profession ? Les solutions passent par les employeurs, les conditions de travail, les organismes de placement aussi. Dire que c’est un manque de motivation et de disponibilité, c’est faire du populisme et se tromper dans les constats et les solutions qui pourraient en découler.
Les problèmes de l’emploi et du chômage sont complexes. Il est donc de la responsabilité de l’ensemble des acteurs d’éviter les simplismes. Comme organisation syndicale, nous prônons plutôt la mise en place d’une concertation sociale qui permettra davantage de prendre cette problématique de manière globale et de réunir l’ensemble des acteurs autour d’une même table.
Par conséquent, nous tenons à vous faire savoir que nous ne voulons pas de vos emplois kleenex, Madame la Ministre.
Savez vous qu’une étude récente d’Eurostat vient de donner un « triple A » aux demandeurs d’emplois de Belgique ? Contrairement aux idées reçues, ils ne se trouvent pas derrière l’Allemagne, les Pays scandinaves, l’Angleterre. Ils arrivent en première position dans l’UE des 27 sur le critère « être actif sur le marché du travail ».
Nous osons penser que vos maladresses et vos erreurs de jugement sont le fait de l’enthousiasme inhérent à vos nouvelles prises de responsabilité.
Derrière le carton rouge que nous vous brandissons aujourd’hui, nous sommes prêts à vous faire partager humblement notre expérience de terrain, nos constats, nos propositions dans le cadre d’un contrat que nous pourrions construire et évaluer ensemble.

         Pedro Rodriguez
         Responsable National
         Des Travailleurs Sans Emploi de la CSC
*Nous serions intéressés de connaître la disposition réglementaire qui permet à une travailleuse de prendre un crédit‐ temps à temps plein pendant quinze ans comme vous affirmez aussi dans l’interview de la Libre Belgique. Cette réglementation et votre affirmation sont selon nous de la pure fantaisie qui ne colle pas vraiment à l’image et au rôle d’une ou d’un ministre.