12/03/2013

Pour un écosyndicalisme de combat !

Par Daniel Tanuro

Quel est le point commun entre la volonté de GDF Suez de relancer les centrales nucléaires de Doel 2 et de Tihange 3, d’une part, et les fermetures d’Arcelor Mittal, de Ford Genk et de Caterpillar Gosselies, d’autre part ? L’impasse historique du capitalisme. Aveuglé par la concurrence, obnubilé par l’appât du gain, ce système absurde n’a plus rien d’autre à offrir à l’humanité que la destruction sociale et écologique.
Alors que les richesses accumulées seraient plus que suffisantes pour assurer le « buen vivir » de toutes et tous sur cette Terre, les patrons et les gouvernements à leur service sèment le malheur des 99% en tronçonnant les salaires, l’emploi et la protection sociale. Alors que les connaissances scientifiques et techniques permettraient de léguer un environnement de qualité à nos enfants, la course au profit empoisonne l’eau, l’air et les sols tout en provoquant une catastrophe climatique irréversible, aux conséquences sociales incalculables.
Vingt-quatre millions de chômeurs et de chômeuses dans l’Union Européenne, et ce n’est pas fini. Que faire ? Premièrement, résister et s’organiser pour la résistance la plus massive, opiniâtre et déterminée possible. Le temps du syndicalisme bureaucratique est définitivement révolu.
Les actions presse-bouton et les promenades Nord-Midi, ça suffit. L’heure de la bataille a sonné. Face à la brutalité des patrons voyous et à la perfidie des politiciens, il n’est d’autre solution que de renouer avec les meilleures traditions des luttes pour l’émancipation : la participation de toutes et tous au combat par la démocratie la plus large, l’occupation des entreprises, l’élection de comités de grève.  La concertation est morte, place à la lutte de classe !
Deuxièmement, élaborer un programme à la hauteur des enjeux. Une fiscalité juste, l’annulation de la dette illégitime et la réduction radicale du temps de travail sans perte de salaire et avec embauche sont des éléments clé. Mais il faut aller plus loin et, là aussi, l’histoire nous livre ses enseignements. Dans les années cinquante du siècle passé, sentant venir la crise du charbon et de l’acier provoquée par le parasitisme des holdings, la gauche de la FGTB proposait un programme de réformes de structures anticapitalistes dont la clé de voûte était la nationalisation sous contrôle ouvrier et sans rachat des secteurs de l’énergie et de la finance. Quoiqu’adopté en congrès et porté dans la rue par la grève générale de l’hiver 60, ce programme a ensuite été rangé au rayon des accessoires. Un demi-siècle plus tard, on paie cher cet abandon. Mais ce programme existe toujours. Sortons-le des tiroirs ! Inspirons-nous en pour jeter les bases d’une politique alternative et tracer un chemin vers l’abolition du capitalisme.
Evidemment, le monde a bien changé. Il y a la mondialisation du capital, l’Union Européenne et… la crise écologique. Ces changements majeurs sont source de désarroi. En particulier, face à la destruction de l’emploi, nombreux sont les syndicalistes qui croient pouvoir remettre la défense de l’environnement à plus tard. Ils ont doublement tort. D’abord parce que les pauvres sont les premières victimes du massacre de la planète. Ensuite parce que la réponse au saccage capitaliste est un élément décisif de l’alternative.
Eviter des catastrophes écologiques implique de réaliser dans l’urgence une gigantesque mutation vers une économie sans carbone fossile ni énergie nucléaire. Il s’agit d’isoler tout le parc immobilier, de généraliser des transports publics gratuits et de qualité, de bâtir un nouveau système énergétique décentralisé et 100% renouvelable, de sortir de l’agrobusiness… Le marché ne le fera pas, ou trop peu et trop tard, et à coups d’injustices supplémentaires. Le défi ne peut être relevé que par un plan public européen mobilisant au service de la collectivité les richesses volées par le capital. Certes, ce plan implique de sortir du tout automobile, de réduire la production matérielle et les transports. Mais, pour le mettre en œuvre, on a besoin d’industrie et d’ouvriers, de verre et d’acier, d’engins et de machines, d’ingénieurs et d’employés !
Voilà le constat sur base duquel la gauche syndicale d’aujourd’hui devrait élaborer un programme écosocialiste d’ensemble, cohérent, et dont la formidable légitimité sociale lui permettra de gagner l’hégémonie. Les obstacles sont formidables. Les affronter jusqu’au bout requerra notamment de forger un nouvel instrument politique. Mais il n’y a tout simplement pas d’autre voie.

Daniel Tanuro

publié sur www.lcr-lagauche.be

08/03/2013

« Le besoin de gauche est plus fort que jamais »



Une Interview de Felipe Van Keirsbilck, Secrétaire général de la Centrale Nationale des Employés (CNE-CSC) 


La Gauche : Cela fait près d'un an que la FGTB Charleroi a appelé à la création d'une alternative anticapitaliste à gauche du PS et d’Ecolo. Tu t'es prononcé sur cette question dans une interview de La Gauche en novembre 2012. La CNE a ensuite envoyé une représentante à la dernière réunion à Charleroi autour de cet appel. Est-ce qu’aujourd’hui la nécessité de cette alternative politique est toujours d’actualité ? Que signifie la présence de la CNE dans ce processus ?
Felipe Van Keirsbilck : La présence d’une représentante de la CNE à la dernière réunion était le reflet de notre intérêt pour la démarche de ce groupe unitaire en formation. L'actualité sociale et politique, avec les ravages des licenciements massifs et fermetures à Arcelor, Ford-Genk, et tout récemment Caterpillar, démontrent l’urgence du « besoin de gauche ». L'appel de Daniel Piron et ses camarades carolos est pertinent. Cette actualité prouve une fois encore que la politique libérale d’austérité menée en Belgique comme ailleurs en Europe détruit l’emploi. Nous avons conscience de la radicalité et de l’urgence de la situation européenne. Aujourd'hui plus que jamais, il faut arrêter les petits jeux de compromis, le consensus mou des partis du libéralisme social...Continuer les faux-semblants dans les débats politiques devient suicidaire pour les travailleurs, cela donne la dégressivité du chômage, les exclusions, le démantèlement des services publics, des prépensions et des conventions collectives, etc. Cette situation exige de nous le courage de s’exprimer clairement pour faire exister de  réelles alternatives de gauche.  Comme je le disais en novembre dernier, le besoin d’un grand parti de gauche se fait de plus en plus urgent chez nous. Nous avons besoin de réponses convaincantes et, en Belgique, le problème de la représentativité politique des intérêts des travailleurs n’est toujours pas résolu. Notre intervention ne signifie pas nécessairement d’abandonner nos attentes à l’égard du PS et d’Ecolo, voire du CDh, et c'est une des nuances que je souhaite apporter par rapport à l'appel de mai 2012. Aujourd’hui 80%, voire 90% de la population, ont des intérêts similaires concernant les politiques à mener, nous parlons des ouvriers, des employés, des cadres, des pensionnés, des petits indépendants, des chômeurs, des femmes, des jeunes, des migrants, etc… Toutes ces personnes ne trouvent pas aujourd’hui de grande force représentative de leurs intérêts. Il leur faut une force politique d'une taille significative, pas une force qui fait 3 ou 4% aux élections, même si ce résultat pourrait être vu comme positif au regard des résultats de la gauche radicale depuis 30 ans. Pour les syndicats c’est une urgence de faire réapparaître des forces politiques qui rompent dans les faits, dans les actes, avec le pouvoir de la finance, avec  les idées libérales dont la social-démocratie européenne (y compris une bonne part du PS) est complètement imprégnée. Nous avons besoin de partis qui défendent les intérêts de la majorité sociale. Ce besoin est toujours aussi clair qu’il y a 6 mois, il n’y a toujours rien de résolu à ce stade-ci, même si je salue l’initiative prise à Charleroi.
Quels ont été les échos à la CNE et plus largement à la CSC de l’appel de la FGTB Charleroi Sud Hainaut, et de ton interview en novembre ?
L’écho de l’appel fut limité dans l’opinion publique en général, mais j’ai reçu énormément de messages positifs de militants dans la CNE et ailleurs dans la CSC, les échos étaient vraiment positifs, parce que les demandes sont très fortes à l’idée de résoudre le problème de représentativité politique. Les syndicats doivent faire un travail pour qu’un ou plusieurs partis larges et réellement de gauche prennent place en Belgique. Ça pose la question de la stratégie à suivre, or les partis de la gauche radicale  ont différentes stratégies liées entre autres à leur implantation. Par exemple, le PTB n’a pas encore de députés et a un certain nombre d'élus locaux, là où le Mouvement de Gauche voudrait probablement conserver son député régional.
Lors de la dernière réunion à Charleroi, un communiqué unitaire fut rédigé, annonçant la création d’un comité de soutien à l’appel du Premier Mai 2012 et l’organisation d’une rencontre de lutte juste avant le Premier mai 2013, à l’issue de laquelle une déclaration sera adoptée. Quel est ton avis sur la création de ce comité ? Que penses-tu du fait que toutes les formations de la gauche radicale y soient présentes ? Quels sont les échos de cette nouvelle étape à la CNE et à la CSC ?
D'abord, un point très positif que je tiens à souligner, c'est le front commun qui se dessine sur cette question entre des composantes de la CSC et la FGTB, au départ  au niveau local, sur Charleroi - il faut bien commencer quelque part. Toutes les victoires sociales en Belgique ont été des victoires obtenues en front commun. Et il est également très positif que les différentes organisations de la gauche de gauche continuent à dialoguer. Troisième élément positif, l’idée d’adopter une déclaration en front commun pour le Premier mai constitue une réappropriation de la symbolique de lutte du Premier mai, par rapport à l’évolution de cette journée, aujourd'hui dépolitisée et presque folklorique, que le PS et même le MR tentent de récupérer. On pourrait rêver, comme dans tous les autres pays, d’en faire une fête unitaire et de lutte des travailleurs. L’histoire a fait que la CSC n’a  jamais mis à l’honneur cette journée, mais les temps changent et je me réjouis à l’idée de ce meeting unitaire. Cependant, j’ai aussi deux inquiétudes quant à la formation de ce comité de soutien, la première étant de clarifier que notre un soutien est non partisan et ne contribue au comité que pour signifier notre « besoin de gauche », pas un soutien à tel ou tel parti présent ou à venir. La CNE et la CSC ont une indépendance syndicale qu’elles n’abandonneront ni aujourd’hui ni demain, et ne peuvent s'identifier ou se réduire ni à un parti politique ni à un front d'organisations politiques tel que celui qui est en gestation. L’émergence souhaitable d’un front unitaire de gauche à la recherche d’unité et de cohérence ne signifie pas un chèque en blanc de la CNE. En cas de concrétisation vers un nouvelle force politique anti-austérité, la relation de la CNE avec celle-ci serait la même (exigeante et indépendante) qu’avec les autres organisations politiques. Nous attendons des partis de gauche, de tous les partis de gauche, qu’ils joignent les actes à la parole, qu’ils amènent la preuve que la gauche ce n’est pas juste une étiquette, mais bien le contenu du flacon. C’est pourquoi, pour nous, ce comité ne doit pas se constituer dans une démarche excluant a priori le PS et Ecolo.  Il ne serait pas opportun de déclarer que l’avenir des travailleurs se fera totalement en-dehors des membres des partis qui ont des restes d'une tradition et d'une histoire sociale et ouvrière. Il reste des militants au PS, chez Ecolo et même au CDH qui défendent une voix de gauche, et ces gens doivent être encouragés au lieu d’être rejetés loin du processus. Le comité devra choisir entre apporter son soutien à quelques partis ou bien constituer une unification de la gauche courageuse et claire.
Dans l'interview récente de Daniel Piron sur le site web de La Gauche, suite à la décision de créer ce comité, il a déclaré qu’il y a une différence entre l’indépendance syndicale et l’apolitisme, les syndicats ayant une responsabilité politique, d’où la nécessité d'aider un relais politique dont il faut pourtant rester indépendant. Partages-tu son point de vue ?
D’accord à 100% sur l’impossibilité de faire du syndicalisme « apolitique ». Ça n’aurait aucun sens ! Dès lors, contribuer à la construction d’un comité tout en gardant notre indépendance syndicale constitue le point le plus délicat pour les syndicalistes politisés mais non partisans. Cela constitue une réflexion importante pour les militants de la CNE. La coalition d’organisations va devoir travailler sur un contenu programmatique, une plateforme de défense des intérêts des travailleurs, se pencher sur la question de la dette, de la fiscalité, de l'Europe, des mesures d’austérité,… Sur ce point je suis complètement en accord avec Daniel, et nous jugerons les différents partis par rapport à leur contenu, qui devra être réellement de gauche. Ce qui compte c’est la rupture avec le libéralisme. Et pour cela ce serait bien de pouvoir compter sur des organisations politiques qui ont des députés. Un parti dont on soutiendrait la création aura pour point de départ la défense des intérêts des travailleurs au sens large. La CNE devra se prononcer et définir son implication en avançant comme organisation – et non pas au nom de quelques individus. Le point fondamental, en résumé, c'est d'aboutir à une base programmatique aussi radicale dans son contenu que l'est la situation actuelle, défendant la sécurité sociale, le plein emploi, le partage du temps de travail, et s’opposant à l’austérité sur une série de points concrets. C'est cette base programmatique à laquelle devrait s'atteler à l'avenir le comité de soutien unitaire, qui servira d'outil pour interpeller les formations politiques, et pourra aider à l'émergence d'une nouvelle force politique significative à gauche, et aider les partis qui se prétendent de gauche à gagner de la cohérence.
Justement, quelles sont les prochaines étapes pour la CNE ? Comment vois-tu son implication dans le comité ?
Avant tout nous allons prochainement avoir des discussions internes, un débat dans nos instances qui va se concentrer d’avantage sur la stratégie et les méthodes que sur l’objectif en soi, avec lequel nous sommes largement d'accord. Ensuite nous devrons nous concentrer sur la construction, en Belgique francophone, d’une coalition large des organisations qui partagent les mêmes intérêts, dans  la CSC et la FGTB. Et enfin, il va falloir se concentrer sur le contenu, sur la situation dramatique de l’Europe aujourd’hui, et établir un programme concret pour combattre la politique d’austérité.
Face à l'austérité et aux licenciements, des luttes plus ou moins importantes émergent un peu partout en Europe. Quels liens ou quelle relation dialectique vois-tu entre les luttes sociales et l'émergence d’une alternative politique ?
Le lien entre les luttes sociales et la question de l'alternative politique est bien évidemment très fort et direct, et d’autant plus marqué par la grande actualité politique. Les travailleurs de Caterpillar savent de quoi je parle... Les travailleurs, rouges et verts, cherchent des solutions et manifesteront d'ailleurs le 14 mars contre l’austérité imposée en Belgique et en Europe. Beaucoup de travailleurs sentent bien que ce qui leur arrive est lié aux politiques d’austérité. L'impact de l'austérité et de la crise en Europe pose à chaque fermeture ou licenciement massif, à chaque dégradation des conditions de travail, la question d'une alternative politique anti-austérité. Et il faut arrêter de s’emmêler les pinceaux dans les discussions stupides pour savoir s’il faut faire de la politique au plan national ou au plan européen. La force perverse du système politique européen est que le pouvoir y devient introuvable. C’est un jeu de miroirs : vous voulez confronter votre gouvernement national, on vous dit « le pouvoir c’est l’Europe » ; vous vous attaquez alors à l’Europe et on vous dit « ah mais ce sont les Etas qui décident ». Il faut briser les miroirs, comprendre le système comme un tout. Les luttes sociales et politiques sont en définitive inextricablement liées, et le renforcement des résistances sociales ne pourra qu'être utile à l'émergence de nouvelles grandes forces politiques de gauche, un bloc de gauche  contre l'austérité.
Interview réalisée par Charlotte et Mauro
publié sur www.lcr-lagauche.be/

27/02/2013

La CNE appelle à des actions plus dures, dont la grève générale si nécessaire

27/02/13 : Communiqué
La CNE appelle à des actions plus dures, dont la grève générale si nécessaire

Ce mercredi 27 février, le gouvernement a rencontré les interlocuteurs sociaux pour « relancer » la concertation sociale.
La manifestation nationale du 21 février a rassemblé 40.000 travailleurs de tous les secteurs et de toutes les régions, avec trois exigences claires: la liberté de négocier les salaires, une bonne protection contre le licenciement pour tous et une taxe sur les grosses fortunes.
Depuis, le gouvernement n'a donné aucune réponse satisfaisante à ces revendications. Pire : il exclut les secteurs sociaux des réductions de cotisations sociales et détruit ainsi la possibilité de créer 1500 emplois utiles et bénéfiques pour la société.
Manifestement, l'idéologie libérale rend sourd. C'est pourquoi nous devons nous exprimer plus clairement. La CNE appelle donc à des actions plus dures durant le mois de mars, notamment le 14, journée d’actions européennes. La grève générale est nécessaire.
 

24/02/2013

Daniel Piron et la FGTB Charleroi persistent et signent : "Il faut un levier politique pour concrétiser les revendications du monde du travail"

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Daniel Piron et la FGTB Charleroi persistent et signent : "Il faut un levier politique pour concrétiser les revendications du monde du travail"

La Gauche : Il y a près d'un an, la FGTB Charleroi Sud-Hainaut lançait un appel à un rassemblement à gauche du PS et d'Ecolo, pour présenter une alternative politique anticapitaliste. Le contexte actuel vous incite-t-il à maintenir le cap?

Daniel Piron : Plus que jamais ! Le contexte ne s'est pas amélioré en un an. Il s'est plutôt détérioré. Il n'y a aucune différence avec la situation qui nous a motivés à lancer cet appel. Même si nous savons qu'il faut prendre le temps de construire une telle alternative politique, nous savons aussi qu'il y a urgence face à la situation politique, sociale et économique. Il y a donc toujours la nécessité de créer une grande force politique, on n'est pas encore au stade du parti, à gauche du PS et d'Ecolo.
Comment juges-tu l'écho de cet appel, quelles réactions avez-vous reçues, notamment de la part d'autres syndicalistes?
Pour l'instant, à l'intérieur de la FGTB, les échos n'ont pas été très nombreux. Il n'y a pas eu beaucoup de réactions. Ce qui est réjouissant, de notre point de vue, c'est la position de Felipe Van Keirsbilck et de ses camarades à la CNE. La CNE, c'est une centrale importante de la CSC, ce n'est pas rien de les voir s'impliquer à leur tour dans le processus. Du côté des militants de la FGTB, à Charleroi nous avons eu de nombreux militants sensibles à cet appel, qui nous ont interpellés et qui voulaient connaître l'avancement du projet. Des militants d'autres régionales de la FGTB ont également réagi positivement, que ce soit à Liège, à La Louvière ou à Verviers par exemple. C'est plus au niveau des structures de la FGTB, des centrales et des régionales, qu'il n'y a pas encore eu, à ce stade-ci, de réelles réponses à cette initiative.
Le communiqué que vous avez diffusé évoque la création d'un comité de soutien avec toutes les organisations de gauche et une première étape: une rencontre de lutte et de débat, avant le premier mai prochain, au cours de laquelle sera adoptée une déclaration commune. Cela vous satisfait?
Pour nous, il s'agit en fait de prendre les choses comme elles viennent. Dès le début, nous avons prévenu que nous ne voulions pas précipiter le processus, aller trop rapidement. Les différentes formations politiques qui ont répondu favorablement à l'appel (NDLR : il s'agit pour le moment du PTB, de la LCT, du MG, du PH, du Front de Gauche de Charleroi, du PSL, du PC et de la LCR) n'ont pas pour habitude de travailler ensemble. C'est pourquoi nous avons été ravis et très satisfaits, avec nos camarades de la FGTB Charleroi Sud-Hainaut, de voir que l'ensemble de ces forces étaient enfin prêtes à travailler ensemble, ce qui est déjà significatif ! A l'extérieur des participants à la réunion, un certain nombre de personnes ont été agréablement surprises de voir que l'ensemble de la gauche radicale est volontaire pour prendre part à ce comité. On aurait tout à fait pu imaginer que ces organisations se déchirent. C'est déjà un pas en avant, mais l'avenir nous dira comment cela va évoluer. Nous ne voulons pas faire de plans sur la comète, je le répète, mais avancer pas à pas. Nous ne boudons pas notre plaisir avec ce résultat qu'est l'organisation unitaire de la journée de lutte programmée pour la fin avril.
En posant la question du débouché politique et en affirmant que vous voulez contribuer à la résoudre, vous adoptez une démarche  inhabituelle dans le mouvement syndical. Abandonnez-vous l'indépendance syndicale? Comment voyez-vous le rôle respectif du syndicat et des partis?
Pour nous, il ne s'agit en aucun cas d'abandonner notre indépendance syndicale. Le syndicat est un contre-pouvoir, tandis que le parti politique vise la conquête du pouvoir. Cela étant, il y a une grande différence entre l'indépendance syndicale et l'apolitisme. Nous avons la responsabilité de nous prononcer sur ce qui se passe au niveau politique. Nous savons aussi qu'il faut un levier politique pour parvenir à concrétiser les revendications du monde du travail. Un parti anticapitaliste qui atteint une taille critique fait partie des outils pour renverser la vapeur par rapport aux choix dominants actuellement. L'optique que nous défendons est donc celle d'aider à la création d'un relais politique, mais avec lequel nous ne serons pas « cul et chemise » ! En effet, si demain ce grand parti à gauche voit le jour, il ne sera pas nécessairement à l'abri de dérives. Je suis d'ailleurs persuadé que nos camarades de l'époque des débuts du POB à la fin du XIXème siècle se retourneraient dans leur tombe en voyant le PS d'aujourd'hui. Pourtant, ce parti, ils l'ont soutenu et il a contribué à des victoires du monde du travail à l'époque. Donc, nous ne voulons vendre notre âme à qui que ce soit. Nous devons créer des relais vers les partis en phase avec nos revendications. Mais si d'aventure cette future force politique devait faillir, nous serions alors aussi critiques que nous le sommes avec le PS aujourd'hui.
Quel message souhaitez-vous faire passer suite à cette dernière réunion ?
Nous souhaitons tous que ce comité de soutien s'étende et s'élargisse encore et que de nombreux autres le rejoignent. Ceux qui ont la gauche dans leur cœur et sont convaincus que le système capitaliste va droit dans le mur ont toute leur place dans cette démarche et nous serions vraiment heureux de les y accueillir. « Dans le pluralisme et la démocratie la plus large», comme le dit notre communiqué du 22 février !
Propos recueillis par Mauro Gasparini

© photo : LCR-SAP

Daniel Piron sera présent à l'école anticapitaliste de printemps où il participera au débat sur l'alternative politique, le samedi 16 mars après-midi. Voir programme ici

22/02/2013

Rassemblement à gauche du PS et d'Ecolo: ça bouge à partir de Charleroi

Rassemblement à gauche du PS et d'Ecolo:
ça bouge à partir de Charleroi
Nous reproduisons ci-dessous un communiqué de presse diffusé ce jour par la FGTB de Charleroi-Sud Hainaut. Il y a près d'un an, le premier mai 2012, la FGTB Charleroi-Sud Hainaut lançait un vigoureux appel au rassemblement à gauche du PS et d'Ecolo, afin de donner une alternative politique anticapitaliste à la gestion de l'austérité par la social-démocratie et les Verts. Notre site avait amplement répercuté cet appel (lire ici) et nous avons interviewé plusieurs syndicalistes à ce sujet (notamment Felipe Van Keirsbilck, Nico Cue, Daniel Richard,...lire ici). La Formation Lesoil a depuis lors contribué à alimenter le débat, notamment à son école anticapitaliste de printemps 2012 (lien) et en organisant des rencontres publiques, à Liège et à Verviers (lire ici). Un blog a en outre été créé pour alimenter la discussion  tous azimuts (lien). Ayant appuyé dès le début la démarche des syndicalistes carolos, la LCR ne peut qu'appuyer de toutes ses forces le processus en cours, auquel elle participe avec d'autres forces dans une ambiance constructive et fraternelle.
La LCR se réjouit tout particulièrement de l'intérêt de la CNE, côté syndical, et, côté politique, de l'implication unanime des formations de gauche
(LCR-Web) 

COMMUNIQUE DE PRESSE

Le 1er Mai 2012, la FGTB de Charleroi Sud Hainaut dénonçait l’austérité et l’absence de relais politique aux revendications du monde du travail. Dans son discours, le secrétaire régional interprofessionnel Daniel Piron appelait à un rassemblement politique à gauche du PS et d’ECOLO pour rendre espoir et dignité aux travailleurs et travailleuses.
Quelques semaines plus tard, le secrétaire général de la CNE, Felipe Van Keirsbilck, s’exprimait dans le même sens. Plusieurs responsables syndicaux faisaient de même.
Réunis ce 20/2 à l’initiative de la FGTB de Charleroi Sud Hainaut, et en présence d’une représentante de la CNE, des responsables du PTB, de la LCT, du MG, du PH, du Front de Gauche de Charleroi, du PSL, du PC et de la LCR décident de prendre leurs responsabilités et de répondre « présent » à ces différents appels.
Espérant que de plus en plus de forces syndicales, sociales et associatives les appuieront et les guideront dans cette voie, ces responsables décident de fonder un comité de soutien afin de commencer à concrétiser ces attentes. Ils veulent le faire avec toutes celles et ceux qui le souhaiteront, sans exclusives, dans le pluralisme et la démocratie la plus large.
Comme première étape, et en concertation avec les forces syndicales qui les ont interpellés, ils appellent à une journée de débat et de lutte fin avril. Au cours de celle-ci, ils proposeront à discussion et adopteront une déclaration commune.
Tous ensemble, contre l’austérité, la misère et l’injustice
Pour une alternative de gauche à la crise capitaliste.
 

21 février: un succès et puis après?

Nous étions 40 000, de Flandre, de Wallonie et de Bruxelles. Cette fois, on ne peut pas parler d’une mobilisation à plusieurs vitesses: la FGTB et la CSC avaient bien mobilisé et les trains de Bruges et de Hasselt étaient aussi pleins que ceux de Charleroi ou de Liège. Tôt dans la matinée, différentes centrales syndicales avaient fait le tour des fédérations patronales de leur secteur, mené des actions à la Bourse, etc. Ce fut ensuite la manifestation, massive, avec tout de même un petit détour par rapport au parcours habituel. Dans beaucoup de villes, les transports en commun ont en outre fait grève. A Gand, plusieurs crèches de la ville étaient fermées également. Les ouvriers et les employés de Ford étaient massivement présents, de même que ceux d’Arcelor-Mittal et les sous-traitants. Ensemble, ils ont pris la tête de la manifestation, et à juste titre.

La question clé est évidemment: que faire maintenant? Quelques heures à peine après la manifestation, le kerncabinet annonçait qu’il n’était en tout cas pas question d’assouplir si peu que ce soit la norme salariale, alors qu’une sérieuse adaptation de celle-ci, voire une suppression était une des revendications principales de la plupart des manifestants. I lest permi de douter que le gouvernement ait l’intention de faire la moindre concession aux autres revendications du front commun  syndical.

Non, c’est clair: si nous voulons imposer nos revendications, mettre le cap sur une autre politique, une politique sociale, nous ne poiuvons compter que sur notre propre action, massive et persévérante.

Renforcer la résistance sociale

Nous avons besoin d’un plan d’action clair, autour de revendications qui ne se limitent pas à arrondir les angles les plus teranchants de la régression sociale. Nous avons besoin de grèves régionales tournantes par province, avec manifestations régionales, en préparation d’une grève nationale si nécessaire. Osons lutter, osons lutter pour gagner!

Contruire la résistance politique

A l’heure qu’il est, le mouvement syndical n’a tout simplement plus aucun ami dans le gouvernement. Qui fera croire que Johan Vande Lanotte va protéger l’index? Que Monica De Coninck va défendre les intérêts des chômeuses et des chômeurs? Que Bogaert va se ranger soudainement aux côtés des fonctionnaires fédéraux? Qui croit encore que Di Rupo et Onkelinkx représentent un “moindre mal”? N’est-il pas évident qu’ils préparent un mal plus grande encore? La FGTB et la CSC doivent rapidement et clairement rompre avec ces faus “amis” qui les bombardent et les agressent sans répit.

Le mouvement ouvrier, dans toutes ses composantes, doit oser poser lui-même ses propres revendications et les défendre. Les syndicalistes doivent même aller plus loin: favoriser la formation d’une alternative politique radicale, démocratique, sociale et pluraliste, comme la FGTB de Charleroi et la CNE l’ont proposé. Et toutes les organisations anticapitalistes devraient prendre leurs responsabilités pour que cette alternative se concrétise, dans l’intérêt de tous les travailleurs, avec ou sans emploi, hommes ou femmes, Belges ou d’origine étrangère. En tant que plus grand parti de la gauche radicale, le PTB pourrait jouer ici un rôle positif, s’il le voulait. Un an après l’appel du Premier Mai de la FGTB de Charleroi-Sud Hainaut, il est temps de se mettre au travail, tous ensemble.

Mener le débat stratégique

Il n’est malheureusement que trop évident que cette conception reste aujourd’hui très minoritaire dans le mouvement syndical. Une grande partie des directions syndicales reste attachée à la concertation sociale, bien que celle-ci ne signifie plus rien d’autre qu’une succession de concessions faites au patronat et à son gouvernement. Certains dirigeants syndicaux veulent transformer le syndicat en organisation de service et voient l’action de masse solidaire comme une reliquat du passé. Certains autres veulent bien mobiliser, mais avec un pied sur le frein, histoire de ne pas gêner les “amis politiques” au gouvernement. Des divergences qui ne sont pas discutées à fond, des problèmes qui ne sont pas résolus: dans les syndicats comme ailleurs cela débouche sur la frustration et la démoralisation, dans l’appareil mais aussi et surtout à la base, qui subit quotidiennement les conséquences de la crise et des mesures d’austérité. Tout cela risque de diminuer dramatiquement la capacité de résistance. Pour sortir de cette voie sans issue, un vrai débat démocratique est nécessaire au sein du mouvement syndical, dans le but d’élaborer une stratégie adaptée aux énormes défis, d’organiser la résistance et de remporter des victoires.

C’est pourquoi nous plaidons pour que les prochains congrès de la FGTB et de la CSC soient transformés en congrès stratégiques, avec une large participation de la base. Cette perspective devrait être défendue par la gauche dans les syndicats, par tous les syndicalistes conscients qu’il est moins cinq si nous ne voulons pas évoluer vers des situations à la portugaise ou à l’espagnole.

Ensemble dans la résistance sociale, ensemble pour une alternative politique!

Par Thomas Weyts


Photos  : Sébastien Brulez, Isabelle Marchal, Thierry Tillier 

20/02/2013

LES PROMENADES NORD-MIDI, ÇA SUFFIT !

Lutter contre le patronat et l'austérité gouvernementale ?
Oui, mais…
LES PROMENADES NORD-MIDI, ÇA SUFFIT !
Il faut un plan d’action, tous ensemble !
Grèves tournantes par province, avec la perspective d’une grève nationale
Jusqu’à satisfaction des revendications !
UN PROGRAMME SOCIAL D’URGENCE POUR CASSER LA CRISE
1. Retrait du blocage salarial, de la manipulation de l’index, des mesures contre les chômeurs
2. Non à l’annualisation du temps de travail et à la hausse des heures sup’
3. Stop à la précarité : un CDI pour toutes et tous
4. Statuts ouvriers/employés : harmonisation par le haut
5. Stop aux intérêts notionnels. Impôt sur la fortune
6. Stop aux baisses de cotisations patronales à la Sécurité sociale. Individualisation du droit aux allocations
7. Ford, Mittal : Unité ! Expropriation sans indemnités !
8. Audit de la dette et annulation de la dette illégitime. Nationalisation des banques sans rachat
9. Refinancement du secteur public et du non-marchand.
10. 32H sans perte de salaire. Plan public de transition écologique
POUR UNE AUTRE EUROPE ET UNE ALTERNATIVE ANTICAPITALISTE :
OUI A UN NOUVEAU PARTI DU MONDE DU TRAVAIL

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